CHAPITRE IV
tables traîtres. Quelques Whigs implacables, dont la démission de Godolphin n'avait point désarmé la haine ardente qu'ils nourrissaient contre lui, exprimèrent des doutes sur la question de savoir s'il fallait considérer le mémoire de Fenvvick comme un tout et le condamner dans son ensemble. Mais après un débat, dans lequel Montague se distingua tout particulièrement, la motion passa. Une ou deux voix crièrent : Non, non ; mais personne n'osa demander la division.
Bill d'Altainder contre Fenwick.
Jusque-là tout marchait paisiblement, mais peu d'instants après, la tempête éclata. Les mots terribles, Billd'Attainder, furent prononcés, et soulevèrent aussitôt dans toute leur fureur les passions des deux partis. Les Tories avaient été pris à l'improviste, et un grand nombre d'entre eux avaient quitté la salle. Ceux qui restaient déclarèrent avec violence qu'ils ne consentiraient jamais à une telle violation des premiers principes de la justice. L'ardeur des Whigs n'était pas moins vive, et, de plus, leurs rangs étaient compacts. La motion ayant pour objet d'obtenir l'autorisation de présenter le Bill d'Altainder contre sir John Fenwick fut votée, à une heure fort avancée dans la nuit, par cent soixante-dixneuf voix contre soixante-une, mais il était évident que la lutte serait longue et rude '.
En effet, rarement l'esprit de parti avait été aussi fortement excité. Des deux côtés sans doute, au fond de toute cette passion, il y avait de l'honnêteté; mais, des deux côtés aussi, un œil observateur aurait pu découvrir la crainte, la haine et la cupidité déguisées sous les grands mots spécieux de la justice et du bien public. La chaleur funeste des factions suscita et développa rapidement ces êtres malfaisants, rebuts de toute société, ensevelis depuis longtemps dans un profond engourdissement, espions dont le gouver-
' Le récit des événements de ce jour est puisé dans les Procès-Verbaux des Communes, dans l'ouvrage précieux intitulé : Poursuites du Parlement contre sir John Fenwick, Baronnet, à propos d'un Bill d'Altainder pour crime de haute-trahison, 1696. Voir aussi la lettre de Vernon à Shrewsbury, du 6 novembre 1696, ainsi que celle de Somers à Shrewsbury, du 7 novembre. On voit dans ces deux lettres que les chefs whigs eurent une peine extrême à obtenir l'absolution de Godolphin.
nement ne voulait plus, misérables convaincus de faux témoignages, portant la trace du fouet ou du fer chaud, ou dont les oreilles avaient été mutilées par les ciseaux. Fuller lui-même espéra trouver encore des dupes pour l'écouter. Le monde l'avait oublié depuis qu'il avait été attaché au pilori. Il poussa l'effronterie jusqu'à écrire au président de la Chambre, demandant à être entendu à la barre, et promettant des révélations importantes au sujet de Fenwick et des autres. Le 9 septembre, le président informa la Chambre de cette communication, mais la Chambre lit de la lettre de ce misérable le cas qu'elle méritait en refusant d'en entendre même la lecture.
Débals de la Chambre des Communes sur le Bill d'Attainder.
Le même jour, le Bill d'Attainder, qui avait été préparé par l'Attorney et le Solliciteur Général, fut présenté et lu une première fois. La Chambre était nombreuse et le débat fut vif. John Mauley, membre pourBosseney, l'un de ces Tories zélés, qui, dans la session précédente, s'étaient longtemps refusés à signer l'Association, accusa la majorité, en termes qui étaient loin d'être mesurés, de servilisme envers la cour et de trahison envers le peuple, dont elle sacriliait les libertés. On lui imposa silence, et, malgré ses elforts pour expliquer ses paroles, il fut envoyé à la Tour. Seymour parla avec force contre le bill, et rappela le discours prononcé par César dans le sénat romain, celui par lequel il s'opposa à ce que les complices de Catilina fussent mis à mort d'une manière irrégulière. Un orateur whig lit cette remarque sanglante, que le digne baronnet avait oublié que César fut fortement soupçonné d'avoir trempé lui-même dans la conjuration de Catilina ». A cette première lecture, cent quatrevingt seize voix votèrent pour le bill, et cent quatre contre. Une copie en fut envoyée à Fenwick, afin qu'il pût préparer sa défense. 11 demanda à être entendu par conseil ; la Chambre lui accorda sa requête, et fixa le 13 pour l'entendre.
' Procès-Verbaux des Communes, 9 octobre 1696 ; Vernonà Shrewsbury, 10 novembre. L'éditeur des Procès d'Etat se Irompe quand il suppose que ce fui dans le débat du 13 que fui l'aile celle citation du discours de César.