CHAPITRE IV
Jamais, de mémoire du plus ancien membre de la Chambre, il ne s'était vu autour de Westminster Hall une telle agitation que dans la matinée du 13. La police eut peine ùen tenir libres les approches, et elle ne laissa entrer dans l'enceinte aucun étranger, à l'exception des Pairs. La foule de ces derniers était si grande que leur présence eut sur le débat une influence visible. Seymour même, qui avait été précédemment speaker, et qui, à ce titre, aurait dû se souvenir tout particulièrement de la dignité des Communes, s'oublia au point de dire une fois : « Mylords. » Fenwick, après avoir été remis dans les formes par les shériffs de Londres au sergent d'armes, fut placé à la barre, assisté par deux avocats qu'employaient généralement les accusés jacobites, sir Thomas Powis et sir Barthélémy Shower. Le conseil nommé par la Chambre se présenta pour soutenir le bill.
L'interrogatoire des témoins et les plaidoiries des avocats occupèrent trois jours. Porter fut cité à la barre et examiné. Il fut établi, non pas, il est vrai, par des preuves légales, mais par ces preuves morales qui déterminent en général la conduite des hommes dans les affaires de la vie commune, qu'il fallait attribuer l'absence de Goodman à un plan conçu et exécuté par les amis de Fenwick, au su de ce dernier. Après un vif débat, la Chambre admit la preuve accessoire . de tout ce qu'aurait pu prouver Goodman, s'il eût été pré- : sent. Sa déclaration, faite sous serment et signée de sa main, fut mise sous les yeux de la Chambre. Quelques-uns des membres du grand-jury, qui avaient rendu le bill contre sir John, exposèrent ce que Goodman avait attesté devant eux sous la foi du serment, et leur témoignage fut confirmé par les membres d'un jury de jugement, qui avaient condamné un autre conspirateur. Aucun témoignage ne fut produit en faveur du prisonnier. Après que les conseils eurent parlé pour et contre lui, il fut reconduit dans sa prison '. Alors commença la lutte véritable. Elle fut longue et violente. La Chambre siégea à plusieurs reprises depuis le point du jour jusqu'à près de minuit. Une fois le speaker resta au fauteuil quinze heures de suite. Les étrangers furent
1 Procès -Verbaux des Communes, 13, 1G, 17 novembre; Poursuites contre sir John Fenwick.
admis dans l'enceinte, car la Chambre comprit que, puisqu'elle s'érigeait en tribunal, elle devait, comme un tribunal, siéger les portes ouvertes '. La substance des débats nous a donc été continuée dans un compte-rendu, maigre, sans doute, quand on le compare aux comptes-rendus de notre temps, mais plus complet qu'on ne les trouve en général à cette époque. Tous les personnages marquants de la Chambre prirent part à la discussion. Le bill fut combattu par Finch avec cette rhétorique abondante et sonore qui lui fit donner le nom de Langue d'Argent ; par Howe avec tout ce qu'il y avait d'acerbe dans son esprit comme dans son caractère ; par Seymour avec l'énergie qui lui était habituelle; enfin, parHarley, avec ce ton de solennité qui lui était particulier. Dans l'autre parti, Montagne déploya toutes les qualités d'un orateur politique consommé, et trouva clans Littleton un appui chaleureux. Mais au premier rang des deux partis adverses brillèrent deux légistes distingués, Simon Harcourt et Williams Cowper. Tous deux appartenaient à une famille honorable, tous deux se faisaient remarquer par la beauté de leur personne et la grâce de leurs manières, tous deux étaient renommés par leur éloquence, tous deux aimaient la science et les hommes de savoir. Ajoutous que tous deux s'étaient rendus fameux dans leur jeunesse par leur prodigalité et leur amour du plaisir. La dissipation les avait ruinés, la pauvreté les fit des hommes laborieux, et, bien que fort jeunes encore, à la manière du moins dont l'âge se compte dans les écoles de droit (Hareourt n'avait que trente-six ans et Cowper trente-deux), ils étaient déjà à la tête du barreau. Ils étaient destinés à s'élever plus haut encore, à porter le Grand-Sceau du royaume et à devenir les fondateurs de maisons patriciennes. En politique, ils étaient diamétralement opposés l'un à l'autre. Hareourt avait vu la Révolution avec dégoût, avait refusé de siéger à la Convention, avait difficilement plié sa conscience au serment, et n'avait signé l'Association que tardivement et auv répugnance. Cowper, au contraire, avait pris les armes pour le prince d'Orange et un Parlement libre; dans la
1 Lctlrc à uuami en justification des poursuites dirigées contra sir John Ferroick, IC97.