‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 212 sur 246 · CHAPITRE ÎV · texte numérisé non relu

CHAPITRE ÎV

courte et bruyante campagne qui précéda la fuite de Jacques, il s'était distingué par son courage et son intelligence. Depuis que Somers était venu s'asseoir sur le sac de laine, les officiers judiciaires de la couronne n'avaient pas fait une bien belle figure dans la Chambre-Basse, là, pas plus qu'ailleurs, du reste, et Cowper avait dû plus d'une fois suppléer à leur insuffisance. Lors du procès de Parkins, son habileté avait pour ainsi dire reconquis le verdict que l'incapacité du solliciteur général avait un moment compromis. Aux élections générales de 1695, il avait été élu membre pour Hertford, et il avait à peine pris sa place dans la Chambre que déjà il occupait un rang élevé parmi les orateurs parlementaires. De longues années plus tard, Chesterfield, dans une de ses lettres à son fils, représenta Cowper comme un orateur qui n'ouvrait jamais la bouche sans exciter des applaudissements, mais qui était faible dans le raisonnement, et qui dut au charme singulier de son style, à son organe, à son action, l'influence qu'il exerça longtemps sur de grandes assemblées. Assurément, Chesterfield était assez heureusement doué du côté de l'intelligence pour être bon juge en celte matière. Mais il faut se souvenir que l'objet de ses lettres était d'exalter le bon goût et la politesse en opposition à des qualités d'un ordre plus relevé. C'était donc chez lui une habitude, un système d'attribuer les succès des personnages les plus éminents de son temps à leur supériorité, non pas dans les connaissances sérieuses, dans les talents solides, mais dans les grâces superficielles de la diction et des manières. Il alla même jusqu'à dire de Marlborough que c'était un homme d'une capacité très-ordinaire qui ne dut qu'à sa parfaite éducation et à l'exquise élégance de sa parole de s'être élevé du sein de la pauvreté et de l'obscurité au faite du pouvoir et de la gloire. Disons-le hardiment : Chesterfield a été injuste pour Marlborough et Cowper. Le général qui sauva l'empire et conquit les Pays-Bas était certainement quelque chose de plus qu'un beau gentilhomme, et le juge qui présida pendant neuf ans la cour de la Chancellerie aux applaudissements de tous les partis, devait aussi être quelque chose de mieux qu'un beau diseur.

nuand on étudie avec attention et impartialité le compte rendu des débats, on reste convaincu que sur un grand nomut. 39

bre de points qui furent discutés avec une extrême étendue etavecune extrême animation, les Whigs eurent une supériorité marquée dans les arguments, mais que, sur le fond de la question, la raison fut du côté des Tories.

Il était vrai que l'évidence du crime de haute trahison imputé à Fenwick résultait de preuves qui ne pouvaient laisser le moindre doute dans l'esprit d'aucun homme de bon sens, et que le coupable eût été jugé d'après les règles strictes de la loi, si en commettant un second crime il ne s'était soustrait de lui-même àla justice des tribunaux ordinaires. Il n'était pas moins vrai que la manière même dont il avait manifesté son repentir et imploré son pardon, constituait un nouveau délit qui venait grossir la liste des autres; en effet, en affectant de faire une confession parfaitement sincère, il avait avec une adresse perfide dissimulé tout ce qu'il était dans l'intérêt du gouvernement de divulguer, et au contraire proclamé tout haut tout ce qu'il était dans l'intérêt du gouvernement d'ensevelir dans un profond silence. Ce serait un grand malheur si Fenwick échappait aux atteintes de la justice du pays. Il était évident qu'on ne pouvait lui appliquer qu'un bill de peines et pénalités, et il était incontestable qu'un grand nombre de lois exceptionnelles de cette espèce avaient déjà passé, et qu'aucune d'elles n'avait passé dans un cas où la culpabilité fût plus évidente, et où toutes les formes tutélaires de la justice eussent été mieux observées.

Toutes ces propositions, les Whigs semblaient les avoir établies d'une manière complète. Ils eurent aussi un avantage marqué dans la discussion qui s'éleva au sujet de la règle qui dans les cas de haute trahison exige deux témoins. Il faut le dire, cette règle est absurde. Il est impossible de comprendre pourquoi le témoignage, qui serait sullisant s'il s'agissait de prouver qu'un individu a tiré sur l'un de ses concitoyens, ne le serait plus s'il s'agissait de prouver que ce même homme a tiré sur son souverain. Il est de toute impossibilité de poser en principe général que l'assertion de deux témoins est plus convaincante que celle d'un seul. La déclaration faite par un seul témoin peut être en ellemême très-probable, ei celle faite par deux témoins pleine d'extravagance. L'affirmation d'un seul témoin peut ne p.is être contredite. Celle au contraire de deux témoins peut

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