CHAPITRE IV
l'être par quatre autres. Une foule de circonstances peuvent venir corroborer la déposition d'un seul témoin, tandis que celle de deux témoins peut n'être confirmée par rien. Le seul témoin peut être Tillotson ou Ken, et les deux témoins Titus Oates et Bedloë.
Les chefs du parti tory n'en soutenaient pas moins avec véhémence que la loi qui exigeait deux témoins était d'obligation universelle et éternelle, que c'était à la fois une loi de nature et une loi de Dieu. Seymour cita le livre des Nombres et celui du Deutéronome pour prouver qu'un homme ne doit pas être condamné à mort par la bouche d'un seul témoin. « Caïphe et son conseil, dit Harley, invoquèrent sans scrupule leur intérêt pour justifier leur violation de la justice. Ils dirent, et nous avons entendu dire plus d'une fois comme eux : « Il faut que nous mettions cet homme à mort, autrement les Romains viendront et nous enlèveront notre place, et détruiront notre nation. » Et cependant Caïphe et son conseil, en commettant cet abominable assassinat juridique, n'osèrent pas mettre de côté la loi sacrée qui exige deux témoins. » — « Jésabel, elle-même, s'écria un autre orateur, n'osa dépouiller Naboth de sa vigne que quand elle eut suborné deux enfants de Bélial pour rendre contre lui un faux témoignage. » — « Enfin, demandait l'opposition, s'il avait suffi du témoignage d'un grave vieillard, que serait devenue la vertueuse Susanne? » A cette dernière allusion, les cris de « apocryphe! apocryphe 1 » éclatèrent dans les rangs des membres de la Basse-Église l.
Montague réfuta victorieusement ces arguments dont n'étaient pas dupes ceux-là mêmes qui s'en servaient, et la victoire de l'orateur whig fut aussi complète que facile. « Cette loi, une loi éternelle! Mais où était-elle, celte loi éternelle, avant le règne d'Edouard VI? où est-elle maintenant, si ce n'est dans des statuts qui ne se rapportent qu'à une trèspetite classe de délits? Si les textes qu'on cite du Pentateuque, si les précédents qu'on emprunte à la conduite de Caïphe et de son conseil prouvent quelque chose, ils prouvent que toute la jurisprudence criminelle du royaume n'est qu'un amas d'injustices et d'impiétés. Un seul témoin suf-
' C'est L'Hermitage qui parle de cet incident.
fit pour convaincre un assassin, l'auteur d'un vol avec effraction, un voleur de grand chemin, un incendiaire, un ravisseur. Bien plus, il y a des cas de haute trahison où la loi n'exige qu'un seul témoin. Un seul témoin peut envoyer à Tyburn une bande de rogneurs de monnaie et de faux monnayeurs. Prétendez-vous dire que toute la partie de la loi qui est relative au témoignage, et d'après laquelle on juge depuis des siècles dans ce pays les délits contre les personnes et les biens, est vicieuse et a besoin d'être refondue? Si ce n'est pas cela, que voulez-vous? vous êtes forcés d'admettre que ce que nous vous proposons en ce moment d'abolir, c'est non pas un commandement divin d'obligation universelle et éternelle, mais simplement une règle de notre procédure nationale qui ne s'applique qu'à deux ou trois crimes, qui n'a pas été mise en vigueur depuis cent cinquante ans, qui tire toute son autorité d'un acte du Parlement, et que, par conséquent, un autre acte du Parlement peut abroger ou suspendre sans offenser Dieu ni les hommes.» Il était beaucoup moins facile de répondre aux chefs de l'opposition quand ils représentaient le danger de briser la ligne de démarcation qui sépare les fonctions du législateur de celles du juge. « Cet homme, disaient-ils, peut être un mauvais Anglais, mais cependant sa cause peut être celle de tous les bons Anglais. L'année dernière, ce n'est pas loin de nous, nous passâmes un acte pour régler la procédure des tribunaux ordinaires dans le cas de haute trahison. Nous passâmes cet acte, parce que nous crûmes que dans ces tribunaux la vie d'un citoyen ennemi du gouvernement n'était pas alors suffisamment assurée. Et pourtant elle l'était beaucoup plus qu'elle ne le sera si cette Chambre s'arroge les fonctions de cour de justice suprême en matière politique. » L'opposition exalta l'ancien mode national dujugemenl par douze citoyens loyaux et probes, et, en effet, les avantages de ce mode de jugement dans les affaires politiques sont évidents. On laisse au prisonnier la faculté de récuser autant de jurés qu'il veut, en alléguant ses motifs, et un nombre considérable sans alléguer de motifs. A partir du moment où ils sont investis de leur courte magistrature jusqu'au moment où ils la déposent, on tient les douze jurés séparés du reste de lu, société, et toutes les précautions pos-