‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 215 sur 246 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

dents en faveur de ce bill et même en faveur d'un bill beaucoup plus sujet à objection. Mais ajoutait-elle : quand on parcourt notre histoire, on est tenté de considérer ces précédents plutôt comme des avertissements que comme des exemples. Il est arrivé plus d'une fois qu'un acte d'attainder passé dans un accès de servilisme ou d'animosité a été, quand la fortune a changé ou que la passion s'est refroidie, rappelé et solennellement flétri comme une injustice. C'est ainsi que, dans un temps éloigné, l'acte passé contre Roger Mortimer, dans le paroxysme d'un ressentiment que rien n'avait provoqué, fut, dans un moment plus calme, révoqué par cette raison que quelque coupable qu'eût été Mortimer, il n'avait pas été complètement libre dans sa défense. C'est ainsi que de nos jours le bill qui a condamné Strafford a été annulé sans qu'une seule voix se soit élevée contre cette mesure réparatrice. Et il ne faut pas oublier, disait encore l'opposition, que soit par la vertu de la loi ordinaire des causes et des effets, soit par le jugement extraordinaire de la Providence, les personnes qui se sont montrées le plus ardentes à voter des bills de peines et pénalités ont péri par ces bills mêmes. Nul n'a fait un usage moins scrupuleux du pouvoir législatif pour la destruction de ses ennemis que Thomas Cromwell, et c'est par un usage peu scrupuleux du pouvoir législatif qu'il fut lui-même renversé. S'il est vrai que l'infortuné gentilhomme dont le sort tremble en ce moment dans la balance de votre justice ait lui-même pris part à des poursuites semblables à celles qui sont aujourd'hui dirigées contre lui, n'est-ce pas là un fait qui doit nous inspirer des réflexions très-sérieuses? Ceux qui rappellent d'une manière insultante à Fenvvick qu'il a voté autrefois en faveur du bill qui a frappé Monmouth, on leur rappellera peut-être à leur tour d'une manière insultante et dans quelque heure sombre et terrible qu'ils ont voté en faveur du bill qui a frappé Fenwick. Souvenons-nous des vicissitudes dont nous avons été témoins et que tant d'exemples signalés de l'inconstance de la fortune nous enseignent la modération dans la prospérité. Nous doutions-nous , quand nous voyions ce courtisan comblé à Whitehall des marques de la faveur royale, ce général entouré à Hounslow de toute la pompe militaire, que nous vivrions assez pour le voir aujourd'hui assis à cette

barre et attendant son arrêt de notre bouche? Et qui nous assure que nous-mêmes un jour, dans l'affliction de nos âmes, nous n'invoquerons pas vainement ces lois si douces que nous traitons maintenant si légèrement? Dieu nous préserve de jamais retomber sous le joug de la tyrannie! Mais Dieu veuille par-dessus tout que nos tyrans ne puissent jamais invoquer, en justification des mesures oppressives qu ils pourraient faire peser sur nous, des précédents fournis par

nous-mêmes !» . . ■ • .

Ces arguments, développés avec habileté, produisirent une vive impression sur un grand nombre de Whigs modères. Montague fit tous ses efforts pour rallier ses partisans. Nous possédons encore l'esquisse grossière d'une péroraison qui dut faire un grand effet. En voici ou à peu près la substance. « Prenons garde, Messieurs, de ne point fournir au roi Jacques un précédent dont, s'il était jamais restaure, il pourrait se servir contre nous. Croyez-vous réellement que si jamais ce malheur arrivait, cette loi juste et nécessaire serait le modèle qu'il imiterait? Non, monsieur le président; son modèle ce sera, non pas notre bill d'Attainder, mais le sien. Ce ne sera pas notre bill ; ce bill qui, pour faire tomber sur une seule tête coupable le châtiment qu'elle a mente, attend que les preuves soient complètes et que l'accusé ait tait valoir tous ses moyens de défense; cebill sera sonbill a lui,bil qui sans permettre aux victimes de se défendre, sans leur faire subir d'interrogatoire, sans même formuler contre elles une accusation, condamna près de trois mille personnes dont le seul crime était le sang anglais qui coulait dans leurs veines et la foi protestante qu'elles professaient, envoyant les hommes au gibet et les femmes à l'exposition publique. > oila le précédent que le roi Jacques a établi et qu'il suivra. C est pour qu'il ne puisse jamais le suivre, c'est pour que la crainte d un juste châtiment tienne en bride ces ennemis de notre pays qui voudraient le voir gouverner à Londres comme il gouvernait à Dublin, que je vote en faveur de ce bill. »

En dépit de toute l'éloquence et de toute 1 influence du ministère, la minorité devenait de plus en plus forte a mesure que les débats avançaient. Trois voix contre une environ accordèrent l'autorisation de présenter le bill. Sur la question de savoir si le bill serait renvoyé en comité, il y eut cent

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