‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 216 sur 246 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

quatre-vingt-six oui contre cent vingt-huit non, et sur la question de savoir si le Bill passerait, cent quatre-vingt neuf voix se prononcèrent pour l'affirmative et cent cinquante-six pour la négative.

Le Bill d'AUainder est porté à la Chambre des Lords.

Le 26 novembre, le Bill fut porté à la Chambre des Lords. — Les Lords avaient fait leurs préparatifs pour le recevoir. Tous les pairs qui n'étaient pas en ville avaient été convoqués par lettres spéciales : tous ceux qui ne répondirent pas à cet appel et qui ne purent expliquer d'une manière satisfaisante leur absence, furent conduits en prison par l'huissier de la verge noire. Le jour tixé pour la première lecture, les bancs furent garnis comme on ne les avait jamais vus. Le nombre des Lords temporels, sans compter les mineurs, les catholiques romains et les Non-Jureurs, était de cent quarante, dont cent cinq étaient à leurs places. Beaucoup de personnes pensèrent qu'on aurait dû permettre, sinon exiger que les évêques se retirassent. Car un ancien canon interdisait à ceux qui servaient aux autels de prendre part à une sentence infligeant la peine capitale. Quand un pair est accusé de haute trahison, les prélats se retirent toujours et laissent aux laïques le soin d'absoudre ou de condamner le coupable. Et en effet s'il ne convient pas à un prêtre de porter contre ses semblables une sentence de mort en qualité de juge, il lui convient bien moins encore de porter contre eux cette sentence en qualité de législateur. Dans ce dernier cas, comme dans le premier, il contracte cette tache de sang que l'Eglise regarde avec un sentiment d'horreur, et personne ne niera que le fait de répandre le sang par un acte d'attainder ne soulève certaines objections graves qui ne s'appliquent pas au fait de répandre le sang dans le cours ordinaire de la justice. 11 est certain que lorsque le Bill qui avait pour objet d'enlever la vie à Strafford fut soumis à l'examen de la Chambre, les Pairs spirituels se retirèrent. Mais, dans le procès de Fenwick, ils préférèrent suivre l'exemple de Cranmer qui avait voté pour quelques-uns des bills d'attainder les plus infâmes qui aient jamais été rendus, et l'on vit sur les bancs de la Chambre un nombre considérable d'évêques. Les Lords prirent dans cette occasion d'excellentes résolu-

tions. Ils décidèrent que le privilège de voter par procuration serait suspendu, qu'on ferait l'appel nominal au commencement et à la fin de chaque séance, et que tout membre qui ne répondrait pas à l'appel de son nom serait mis en prison ».

Artifice de Monmouth.

Cependant, le cerveau inquiet de Monmouth enfantait d'étranges desseins. Il était arrivé à une époque de la vie où il ne pouvait plus invoquer la jeunesse comme excuse de ses fautes, mais il était plus capricieux et plus excentrique que jamais. Sous le rapport intellectuel comme sous le rapport moral, il y avait en lui abondance de ces belles qualités qu'on peut appeler des qualités accessoires et presque de luxe, mais, chose triste à dire, les qualités solides qui sont de première nécessité lui manquaient complètement. Il avait un esprit brillant et une imagination fertile, mais point de sens commun, une générosité et une délicatesse chevaleresque, mais sans la moindre probité. Il était capable tout à la fois de s'élever au rôle du Prince Noir et de s'abaisser à celui de Fuller. Sa vie politique était souillée par des actes infâmes, et cependant il n'obéissait point aux mobiles ordinaires qui poussent en général les politiques à leurs actions honteuses. Il estimait peu le pouvoir, et l'argent encore moins. Quant à la crainte, il y était complètement insensible. Si parfois il s'abaissait à commettre une scélératesse (un mot plus doux ne rendrait qu'imparfaitement la chose), c'était simplement pour s'amuser et étonner le public. Dans la politique comme à la guerre, il aimait les embuscades, les surprises, les attaques de nuit. Dans l'affaire de Fenwick, il crut avoir trouvé une magnifique occasion de faire du bruit, de produire une grande commotion dans l'État, et la tentation était irrésistible pour un esprit aussi turbulent que le sien.

Il savait ou du moins il soupçonnait fortement que les révélations de Fenwick, révélations qui ne reposaient que sur de simples ouï-dire, et que le Roi, les Lords elles Communes, les Tories et les Whigs s'étaient accordés à traiter de calom-

1 Procès-Verbaux de la Chambre des Lords, 14 novembre, 30 novembre, 1er décembre 1606.

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