CHAPITRE IV
nies, étaient vraies en général. Etait-il possible d'en prouver la vérité, de traverser la sage politique de Guillaume, de déshonorer du même coup quelques-uns des hommes les plus éminents des deux partis et de jeter tout le monde politique dans une inexplicable confusion? Voilà ce que Monmoulh se demanda. On ne pouvait rien faire sans le prisonnier, et d'un autre côté il était impossible de communiquer directement avec lui. Pour cela il fallut employer l'intervention de nombreux agents féminins. La duchesse de Norfolk était une Mordaunt et cousine germaine de Monmouth. Elle était fameuse pour ses galanteries, et son mari avait essayé quelques annéesauparavantd'obtenir de la Chambre des Lords la dissolution de son mariage, mais cette tentative avait échoué, grâce en grande partie au zèle que Monmouth avait déployé en faveur de sa cousine. Cette dame, bien que séparée de son époux, vivait sur un pied proportionné à son rang et se trouvait en relation avec un grand nombre de femmes à la mode, entre autres avec lady Mary Fenwick, ainsi qu'avec une parente de cette dernière nommée Elisabeth Lavvson. Par l'entremise de la duchesse, Monmouth fit passer au prisonnier plusieurs écrits qui renfermaient des suggestions conçues avec beaucoup d'art, et dont voici la substance : Que sir John affirme hardiment que sa confession est vraie, qu'il a formulé ses accusations sur de simples ouï-dire sans doute, mais non sur des ouï-dire vulgaires, et qu'il a puisé aux sources les plus élevées la connaissance des faits qu'il a révélés : en outre, que sir John indique un moyen bien simple démettre sa véracité à l'épreuve. Qu'il demande, par exemple, que les comtes de Portland et deRomney, qui sont bien connus pour jouir de la confiance du roi, soient sommés de déclarer s'ils n'ont pas entre les mains des informations concordant exactement avec ce qu'il a avancé dans sa confession. Qu'il demande que le roi soit prié de soumettre au Parlement les témoignages qui ont amené la disgrâce soudaine de lord Marlborough ainsi que les lettres qui ont pu être interceptées entre la cour de Saint-Germain et lord Godolphin. A moins, disait Monmouth aux femmes qui lui servaient d'agents, que sir John ne soit sous l'influence d'un sort, à moins qu'il n'ait perdu l'esprit, il suivra mon conseil; s'il le fait, sa vie est sauve ainsi que son honneur, s'il ne le fait pas c'est un homme mort.» Alors
cet étrange intrigant, avec sa licence habituelle de langage, rabaissait Guillaume pour ce qui constitue en réalité un des plus beaux titres de gloire de ce prince : « C'est, disait-il, le dernier des hommes. 11 a agi bassement, il affecte de ne pas croire aux accusations formulées contre Slirewsbury, Russell, Marlborough, Godolphin; et cependant il sait, ajoutait Monmouth, — en confirmant ses assertions par un serment épouvantable, — il sait qu'il n'y a pas un mot de ces accusations qui ne soit vrai. »
Les écrits de Monmouth furent remis par Lady Mary à son mari; si ce dernier avait suivi le conseil qu'on lui donnait, il n'est pas douteux que Monmouth n'eût atteint le but qu'il se proposait. Le roi eût éprouvé une mortification amère; une panique générale aurait éclaté parmi les hommes publics de tous les partis; la force d'âme, la sérénité de Marlborough lui-même eût été mise à une rude épreuve; et Slirewsbury se serait probablement suicidé. Mais Fenwick se serait-il mis par là dans une meilleure position? on peut en douter. Ce fut du moins l'avis de Fenwick lui-même. Il vit que le parti qu'on lui conseillait était hasardeux; il comprit que si on lui conseillait ce parti, ce n'était pas parce qu'il devait le sauver, mais parce qu'il devait tourmenter d'autres personnes, et il se refusa à servir d'instrument à Monmouth.
Débats de la Chambre des Lords sur le Bill d'AUainder.
Le 1er décembre, le Bill traversa sans division l'épreuve de la première lecture. La confession de Fenwick qui, par l'ordre du roi, avait été déposée sur le bureau, ayant été lue devant la Chambre, Marlborough se leva : « Personne ne s'étonnera, dit-il, qu'un homme dont la tête est en danger essaye de se sauver en accusant les autres. J'affirme à Vos Seigneuries que depuis l'avènement au trône du souverain actuel, je n'ai eu de relation avec sir John sur aucun sujet que ce soit, et ceci, je l'atteste sur ma parole d'honneur1. L'assertion de Marlborough était vraie peut-être, mais elle n'avait rien d'incompatible avec ce que Fenwick avait dit. Godolphin alla plus loin : — Je suis certainement resté jus-
1 Whartoti I ShreWsbury, itr décembre 1690; L'Hermitage, métna
du le.