‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 218 sur 246 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

qu'au bout, dit-il, au service du roi Jacques et de la reine son épouse; tous deux m'honoraient de leur estime. Mais je ne puis croire qu'on m'en fasse un crime. Il est impossible que ces personnes, ainsi que celles qui les entourent, s'imaginent que je suis encore attaché à leur cause. Je ne puis les en empêcher. Mais il est faux, de toute fausseté, que j'aie jamais eu avec la cour de Saint-Germain des rapports du genre de ceux dont parle l'écrit dont Vos Seigneuries viennent d'entendre la lecture1.

On fit alors venir Fenwïck et on lui demanda. s'il avait de nouvelles révélations à faire. Plusieurs pairs l'interrogèrent, mais inutilement. — Monmouth, qui ne pouvait croire que les lettres qu'il avait fait passer à Newgate n'eussent produit aucun effet, lui posa d'une manière amicale et encourageante plusieurs questions destinées à amener des réponses qui eussent été peu agréables aux Lords accusés. Mais aucune réponse semblable ne sortit de la bouche de Fenwick. Monmouth vit alors que ses ingénieuses machinations avaient échoué. Dans son dépit, dans sa rage, il lit immédiatement voile-face, et se montra plus ardent pour le Bill qu'aucun autre pair dans le sein de la Chambre. Chacun remarqua le changement rapide qui s'effectua dans son humeur et dans ses manières, mais d'abord on attribua ce changement purement et simplement à sa légèreté bien connue.

Le 8 décembre, la Chambre s'occupa de nouveau du Bill. Fenwick, accompagné par son conseil attendait. Mais avant de l'introduire, la Chambre souleva une question préliminaire. Plusieurs membres éminents du parti tory, entre autres Nottingham, Rochestei\ Normanby et Leeds, déclarèrent que, dans leur opinion, il était inutile de rechercher si le prisonnier était coupable ou non, à moins que la Chambre ne fût d'avis que c'était un personnage tellement redoutable que, dans le cas où sa culpabilité serait prouvée, il dût être condamné par acte du Parlement. Ils ne tenaient point, dirent-ils. à entendre aucune déposition, car, même dans la supposition où sa criminalité ne laisserait aucun

1 L'Hermitago, 4 (14) décembre IG90; Wbarton à Sbrcwsburv, l"déeembre.

doute, ils pensaient qu'il valait mieux le laisser impuni que de faire une loi pour le punir. Mais la Chambre se prononça énergiquement pour la continuation des poursuites t. On accorda une nouvelle semaine au prisonnier et à ses conseils pour se préparer. Enfin, le 15 décembre la lutte commença d'une manière sérieuse.

L'histoire de la Chambre des Pairs n'offre pas d'exemple de débats aussi prolongés et aussi vifs, de votes aussi considérables, de protestations couvertes de signatures aussi nombreuses. Plusieurs fois les séances durèrent de dix heures du matin jusqu'au delà de minuit2. La santé d'un grand nombre de Lords en fut sérieusement compromise, car l'hiver était d'une rigueur excessive, mais la majorité était résolue à ne montrer aucune indulgence. Un soir, Devonshire était malade. Il quitta la Chambre et s'alla mettre au lit, mais l'huissier de la verge noire fut aussitôt envoyé après lui pour le ramener. Leeds, dont la constitution était d'une faiblesse extrême, se plaignit vivement. « C'est bon, dit-il, pour des jeunes gens de se mettre à souper et à boire à deux heures du matin, mais nous autres vieillards nous sommes aussi utiles qu'eux ici, et nous serons bientôt dans la tombe si on nous oblige à rester jusqu'à de pareilles heures dans la saison où nous sommes 3. Mais l'esprit de parti était si fortement excité que la Chambre resta sourde à cet appel, et continua à siéger quatorze ou quinze heures par jour. Les principaux adversaires du Bill furent Rochester, Nottingham, Normanby et Leeds. Les principaux orateurs qui le soutinrent furent Tankerville, qui, en dépit des taches profondes qu'une vie singulièrement malheureuse avait laissées sur son caractère public et privé, parla toujours avec une éloquence qui maîtrisa l'attention de ses auditeurs ; Burnet, qui fit un grand déploiement de science historique; Wlfitrton, dont la manière de parler vive et familière, acceptée dans la Chambre des Communes, choqua quelquefois la raideur des Lords ; enfin, Monmouth qui avait toujours porté presque jusqu'à la licence la liberté de sa parole, et qui n'ouvrait jamais la

1 Procès -Verbaux des Lords, 8 décembre 109G; L'Hermitage, même date.

■ L'Hermitage, 15(86), 18 (98) décembre 1U9G. 1 L'Hermitage, ts (28) décembre k;%.

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