‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 219 sur 246 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

bouche sans faire une blessure aux sentiments de quelque adversaire. Un très-petit nombre de nobles jouissant d'une autorité considérable, Devonshire, Dorset, Pembrocke et Ormond, formaient un tiers-parti. Ils consentaient à se servir du Bill d'Attainder comme d'un instrument de torture, pour ainsi dire, afin d'arracher au prisonnier des aveux complets. Mais ils étaient résolus à ne point l'envoyer par leur vote final à l'échafaud.

La première division eut lieu sur la question de savoir si l'on admettrait la preuve accessoire de ce qu'aurait prouvé Goodman. A cette occasion, Burnet ferma le débat parmi discours plein de puissance auquel aucun des orateurs tories n'osa se charger de répondre sans préparation. Cent vingt-six lords étaient présents, nombre sans précédents dans notre histoire. Soixante-treize voix se prononcèrent pour et cinquante-trois contre l'admission. Trente-six membres de la minorité protestèrent contre la décision de la Chambre '.

La seconde grande question sur laquelle les partis essayèrent leur force fut celle de la seconde lecture du Bill. Le débat fut signalé par un curieux épisode. Monmouth, dans une déclamation virulente, lança quelques attaques sévères et justes contre la mémoire du dernier lord Jeffreys. Le titre comme une partie de la fortune mal acquise de Jeffreys s'était transmis par héritage à son fils, jeune homme aux mœurs dissolues qui venait d'atleindre sa majorité et qui siégeait alors dans la Chambre. Ce jeune homme prit feu en entendant outrager son père. La Chambre fut forcée d'intervenir et de faire promettre aux deux adversaires que l'affaire n'irait pas plus loin. Ce jour-là, cent vingt-huit Pairs étaient présents. La seconde lecture fut votée à soixante-treize voix contre cinquante-cinq, et quarante-neuf membres de la minorité sur les cinquante-cinq qui la composaient protestèrent 2.

Beaucoup de personnes pensèrent alors que le courage de Fenwick céderait. On savait qu'il répugnait fort à mourir.

' Procès-Verbaux des Lords, 15 décembre 1696; L'Hermitage, 18 (28) décembre; Vernon à Shrewsbuiy, 15 décembre. Sur les chiflies, il y a une légère différence entre Vernon et L'Hermitage. J'ai suivi Vernon.

' Procès-Verbaux de la Chambre des Lords, 18 décembre 1696; Vernon à Shrewsbury, 19 décembre; L'Hermitage, i? décembre (Ier janvier). J'emprunte ces chiffres à Vernon.

Jusqu'alors il avait pu se flatter de l'espérance que le Bill échouerait. Mais maintenant que ce bill avait traversé heureusement l'une des deux Chambres et qu'il était certain qu'il traverserait de même la seconde, il était probable que Fenwick chercherait à se sauver en révélant tout ce qu'il savait. Il fut ramené à la barre et interrogé, mais il refusa de répondre, sous prétexte que la Couronne pourrait se servir contre lui à Old Bailey de ses réponses. On l'assura que la Chambre le protégerait, mais il prétendit que celte assurance n'était pas sulïisante : la Chambre ne siégeait pas toujours; il pouvait être mis en jugement pendant les vacances du Parlement et pendu avant que Leurs Seigneuries eussent repris leurs fonctions législatives. La parole royale seule, disait-il, serait pour lui une garantie complète. Les Pairs l'ayant fait retirer adoptèrent immédiatement une résolution portant que Wharton iraitàKensington et prierait Sa Majesté de faire la promesse qu'exigeait le prisonnier. "Wharton se rendit aussitôt à Kensington et revint en toute hâte avec une gracieuse réponse. Fenwick fut ramené à la barre. Le roi, lui dit-on, avait donné sa parole qu'on ne se prévaudrait contre lui en aucun autre lieu de rien de ce qu'il pourrait dire. Il continua à faire des diflicultés. Quand il aurait révélé tout ce qu'il savait, on lui dirait peut-être qu'il cachait encore quelque chose. En un mot, il déclara qu'il ne dirait rien si on ne lui accordait sa grâce. Le président lui donna pour la dernière fois un avertissement solennel. Il l'assura que s'il était sincère avec les Lords, ils intercéderaient pour lui au pied du trône et que leur intercession ne serait pas vaine. Que si au contraire il persistait dans son obstination, la discussion du Bill suivrait son cours. On lui laissa quelques instants pour réfléchir, puis on le somma de rendre une réponse définitive. « Je l'ai déclaré, dit-il, je n'ai point de garantie. Si j'en avais, je serais heureux de me rendre aux désirs de la Chambre. » Il fut alors reconduit dans sa prison, puis les Pairs se séparèrent après avoir prolongé leur séance fort avant dans la nuit '.

1 Procès-Verbaux des Lords, 25 décembre 169G; L'Hermilage, *6 décembre (7 janvier). Dans la correspondance de Vernon, il existe une lettre de ce dernier à Shrewsbury où il lui rend compte de celte journée, mais elle est par erreur datée du 2 décembre, et mise par consé-

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