‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 220 sur 246 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

A minuit, ils se réunirent de nouveau. On mit aux voix la troisième lecture. Tenison parla en faveur du Bill avec plus d'habileté qu'on n'en attendait de lui, et Monmoulh avec la même violence que dans les débats précédents. Mais Dcvonshire déclara qu'il ne pouvait aller plus loin. Il avait espéré que la peur déterminerait Fenwick à faire des aveux complets. Cet espoir était déçu, il ne s'agissait plus maintenant que de savoir si l'accusé serait mis à mort par un acte du Parlement, et quant à lui il devait se prononcer pour la négative. On s'explique difficilement sur quel principe il put se croire autorisé à menacer de faire une chose qu'il ne se croyait pas autorisé à faire. Il fut toutefois suivi dans cette voie par Dorset, Ormond, Pembroke et deux ou trois autres. Devonshirc, au nom de la petite fraction qu'il représentait, et Rochester, au nom des Tories, offrirent de ne pas insister sur les objections au mode de procédure suivi parla Chambre, si celle-ci commuait la peine de mort en un emprisonnement perpétuel. Mais la majorité, bien qu'affaiblie par la défection de quelques personnages considérables, conservait encore la supériorité du nombre, et elle ne voulut entendre à aucun compromis. La troisième lecture fut votée par soixante-huit voix seulement contre soixante-une. Cinquante-trois lords firent enregistrer au procès-verbal leurs dissentiments, et quarante-un signèrent une protestation où leurs arguments contre le Bill étaient habilement résumés *. Les Pairs que Fenwick avait accusés se rangèrent de différents côtés. Marlborough vota constamment avec la majorité, et son exemple entraîna le prince Georges. Godolphin vota constamment aussi avec la minorité, mais avec sa prudence habituelle il s'abstint de motiver ses votes. 11 n'est aucun trait dans sa vie qui nous autorise à attribuer sa conduite en cette circonstance à un mobile élevé. 11 est probable qu'ayant été chassé du pouvoir par les Whigs et forcé de se réfugier au

quent à cette date; ce n'est pas la seule bévue de ce genre. Une lettre de Vernon à Shrewsbury, écrite évidemment le 7 novembre 1690, est datée et mise à la date du 7 janvier 1697. Une lettre du 14 juin 1700 est datée et mise à la date du 14 juin 1698. La correspondance de Vernon a une grande valeur, mais elle est si mal éditée qu'on ne peut s'en servir sans prendre d'extrêmes précautions et sans se référer constamment à d'autres autorités. 1 Procès-Verbaux des Lords, 53 décembre 1696; Vernon à Shrewsbury, 24 décembre, L'Hermilage, 25 décembre (4 janvier).

milieu des Tories, il jugea plus sage de marcher avec son parti l.

Poursuites contre Monmouth.

Aussitôt après la troisième lecture du Bill, l'attention des Pairs fut appelée sur une affaire qui intéressait profondément l'honneur de leur ordre. Lady Mary Fenwick avait conçu, non sans raison, le plus vif ressentiment de la conduite de Monmouth. Après avoir exprimé le plus grand désir de sauver sir John, Monmouth avait soudain fait volte-face et était devenu le plus impitoyable des persécuteurs de son mari, et cela uniquement parce que le malheureux prisonnier n'avait pas voulu servir d'instrument à l'accomplissement de perfides dessins. Lady Mary chercha sa satisfaction dans la vengeance, et personne ne peut l'en blâmer. Dans sa rage, elle montra à son cousin, le comte de Carlisle, les papiers qu'elle avait reçus de la duchesse de Norfolk. Carlisle porta l'affaire devant la Chambre des Lords, à laquelle les papiers en question furent soumis. Lady Mary déclara qu'elle les tenait de la duchesse, la duchesse déclara à son tour qu'elle les tenait de Monmouth, et Elisabeth Lawson confirma le témoignage de ses deux amies. Les choses amères que le comte, dans sa légèreté indiscrète, s'était permises contre Guillaume, répétées devant la Chambre, firent éclater la fureur des deux partis avec tune violence que rien ne put maîtriser. Les Whigs furent exaspérés en apprenant que Monmouth avait travaillé en secret à attirer la honte et la ruine sur deux hommes éminents dont la réputation intéressait la réputation du parti tout entier. Les Tories l'accusèrent de s'être conduit avec cruauté et perfidie vis-à-vis du prisonnier et de sa femme. Par ses sarcasmes et ses invectives, Monmouth s'était fait, parmi les Whigs comme parmi les Tories, un grand nombre d'ennemis personnels, que la crainte de son esprit et de son habileté à l'escrime avait jusque-là tenus en respect2. Tous ces ennemis se déchaînèrent alors contre lui. On était fort

1 Vernon à Shrewsbury, 2i décembre 1696.

" Donna, qui connaissait parfaitement Monmouih , fait de lui ce portrait: « 11 avait de l'esprit infiniment el même du plus agréable; mais il y avait un peu trop de haut et de bas dans son faire. 11 ne savait ce que c'était quu de ménager les gens, et il turlupinait à outrance ceux qui ne lui plaisaient pas. »

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