CH A PI TUE IV
rite du chef de sa famille du litre de comte. Il avait cessé de porter le nom souillé de Monmouth, et bientôt il ajouta un nouveau lustre à celui de Peterborough. Il était encore plein d'ardeur et de feu. Son esprit vif et mordant, et son courage indomptable le firent redouter; des qualités aimables, qui contrastaient d'une manière étrange avec ses vices, de grands exploits dont l'effet fut rehaussé encore par la légèreté insouciante avec laquelle il les accomplit, le rendirent populaire, et ses concitoyens oublièrent presque qu'un héros des hauts faits duquel ils étaient fiers, et qui ne brillait pas moins par sa courtoisie et sa générosité que par ses talents et sa valeur, s'était abaissé jusqu'à commettre des actes dignes du pilori.
Position et sentiments de Shrewsbury.
Il est intéressant et instructif à la fois de comparer le sort de Shrewsbury à celui de Peterborough. L'honneur de Shrewsbury était sauf. Il était sorti victorieux de l'accusation dirigée contre lui dans la confession de Fenwick. Bientôt après il triompha d'une manière plus éclatante encore d'une accusation encore plus odieuse. Un misérable espion, nommé Mathieu Smith, qui croyait n'avoir pas été suffisamment récompensé et qui brûlait du désir de se venger, affirma que Shrewsbury avait reçu de bonne heure avis du complot d'assassinat, mais qu'il avait fait disparaître cet avis et n'avait pris aucune mesure pour empêcher les conspirateurs d'exécuter leur sinistre entreprise. — C'était là une abominable calomnie, et il suffit, pour s'en convaincre, d'examiner le compte rendu du procès. Le roi déclara qu'il pouvait prouver lui-même l'innocence de son ministre, et les Pairs, après avoir examiné Smith, repoussèrent l'accusation comme dénuée de fondement. Shrewsbury fut innocenté, il fut innocenté autant qu'il était au pouvoir de la Couronne et du Parlement de le faire. Il était au comble des honneurs et de la fortune, il possédait la faveur du roi et celle de la nation. Nul n'avait un plus grand nombre d'amis dévoués. Idole des Whigs, les Tories n'avaient contre sa personne aucun sujet de haine. Il semblerait donc que cette position dût être pour Peterborough un objet d'envie. Mais c'est du dedans que nous viennent le bonheur et la misère. Peterbo-
rough avait un de ces esprits dont les plus profondes blessures se guérissent et ne laissent pas de cicatrice. Shrewsbury, au contraire, était un de ces hommes chez qui la plus légère piqûre s'envenime et devient une plaie mortelle. Il avait été accusé publiquement d'entretenir des correspondances avec la Cour de Saint-Germain et bien que le roi, les Lords et les Communes eussent proclamé son innocence, sa conscience lui disait qu'il était coupable. Les éloges dont il se sentait indigne retentissaient à ses oreilles comme des reproches. Jamais il ne retrouva cette tranquillité d'esprit qu'il avait perdue. II quitta les affaires, mais un cruel souvenir l'accompagna dans sa retraite. Il quitta l'Angleterre, mais un cruel souvenir le poursuivit au delà des Alpes et des Apennins. Dans un jour mémorable, il est vrai, où se jouaient les destinées de son pays, il reparut sur la scène, après de longues années d'une inaction sans gloire, et l'on revit en lui le Shrewsbury de 1688. L'histoire n'offre rien de plus douloureux à contempler que ce dernier et fugitif rayon qui Aient briller à la fin d'une vie dont l'aurore a été si brillante et dont l'horizon s'est couvert si tôt et sans retour de sombres nuages.
Vote du Bill d'Attainder.
Le jour où les Lords passèrent le Bill d'Attainder, ils s'ajournèrent jusqu'après les fêtes de Noël, et par suite le sort de Fenwick resta pendant plus de quinze jours en suspens. Dans l'intervalle, les amis du prisonnier formèrent pour lui des plans d'évasion, et le gouvernement jugea nécessaire de placer une forte garde autour de Newgate '. Quelques Jacobites connurent assez peu Guillaume pour lui écrire des lettres anonymes où ils le menaçaient de le tuer ou de le poignarder, s'il osait toucher à un cheveu de la tète du prisonnier2. Dans la matinée du onze janvier, il sanctionna le Bill. Il sanctionna en même temps un Bill qui autorisait le gouvernement à détenir en prison pendant un an Bernardi et quelques autres conspirateurs. Dans la soirée du même jour, on ne parla dans tout Londres que d'un lamentable
1 Le rostillon, 59-31 décembre «696.
' L'Henni lage, 12 (-25) janvier 1CJ7.