‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 223 sur 246 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

événement. La comtesse d'Aylesbury avait suivi avec une profonde anxiété le procès de sir John. Son mari, qui avait trempé, comme sir John, dans la trahison, était comme lui en prison, et comme lui avait pris part à la fuite de Goodman. Elle avait appris avec épouvante qu'il y avait un moyen de punir un criminel que la loi ordinaire ne pouvait atteindre. Sa terreur s'accrut à toutes les phases du Bill d'Attainder. Le jour où le Bill devait être revêtu de la sanction royale, elle fut en proie à une agitation trop forte pour sa constitution. En entendant retentir le canon qui annonçait que le roi se rendait à Westminster, elle tomba en convulsions et mourut quelques heures après *.

Efforts pour sauver Fenwick.

Même après que le Bill eut été converti en loi, les amis de Fenwick firent d'énergiques efforts pour le sauver. Sa femme se jeta aux pieds de Guillaume et lui présenta une pétition. Le roi prit cette pétition et répondit à Lady Mary, avec une grande affabilité, qu'il l'examinerait, mais l'affaire étant une affaire d'intérêt public, il devrait en conférer avec ses ministres, avant de rien décider 2. Alors elle s'adressa aux Pairs. Elle leur dit que son mari ne s'était point attendu au coup qui le frappait, qu'il n'avait pas eu le temps de se préparer à la mort, que, dans le cours de son long emprisonnement, il n'avait pas vu un ministre de la religion, et elle obtint d'eux sans peine qu'ils demandassent pour lui un répit d'une semaine. Ce répit lui fut accordé, mais quarante-huit heures avant son expiration, Lady Mary présenta aux Lords une nouvelle pétition où elle les suppliait d'intercéder auprès du roi pour que la peine décrétée contre son mari fût commuée en celle du bannissement. La Chambre fut prise à l'improviste, et une motion d'ajournement passa avec peine à deux voix de majorité 3. Le lendemain , dernier jour qui restât encore à vivre à Fenwick, une pétition semblable fut présentée aux Communes. Mais les chefs des Whigs étaient sur leurs gardes. La Chambre était pleine et une motion

1 Van Cleverskirke, 12 (22) janvier 1697; L'Hermitage, 15 (25) janvier. * L'Hermitage, 15 (25) janvier 1697.

' Procès-Verbaux des Lords, 22, 26 janvier 1697-7 ; Vernon à Shrcwsbui y, 26 janvier.

tendant à passer à l'ordre du jour fut votée à cent cinquantedeux voix contre cent sept '. Il est certain qu'aucune des deux branches de la législature ne pouvait, sans se condamner elle-même, demander à Guillaume la grâce de Fenwick. Des jurés qui, dans l'accomplissement d'un pénible devoir, ont rendu contre un accusé un verdict de culpabilité, peuvent, sans la moindre inconséquence, le recommander à la bienveillance de la couronne. Mais les Chambres ne devaient avoir passé le Bill d'Attainder que dans la conviction, non-seulement que sir John avait commis un crime de haute trahison, mais encore que sa vie était un danger sérieux pour la couronne. Le même homme ne pouvait être à la fois l'objet d'un tel Bill et l'objet de la clémence royale.

Exécution de Fenwick.

Le vingt-huit janvier l'exécution eut lieu. Par égard pour les nobles familles auxquelles Fenwick était allié, le gouvernement donna des ordres pour qu'on observât le même cérémonial que dans les exécutions des pairs du royaume. Un échafaud fut dressé à Tower Hill et tendu de noir. Le prisonnier fut amené de Newgate dans le carrosse de son cousin, le comte de Carlisle, au milieu d'un détachement de gardes du corps. Bien que le temps fût froid et présageât une tempête, la foule des spectateurs était immense, mais tout se passa sans le moindre trouble et du sein de la multitude, on ne laissa échapper pas un mot, pas un geste de sympathie pour le condamné. Il déploya une fermeté qu'on n'attendait pas de lui. Il monta les degrés de l'échafaud d'un pas assuré, salua avec politesse les personnes qui étaient réunies sur la plalci jrme, mais il n'adressa la parole qu'à White, l'évéque déposé de Peterborough. White pria avec lui pendant une demi-heure. Dans sa prière, Fenwick recommanda le roi à la protection divine, mais ne prononça pas un seul nom qui put blesser l'oreille des assistants. Puis il remit aux shérills un papier cacheté, dit adieu à l'évéque, s'agenouilla, posa sa tête sur le billot et s'écria: «Seigneur Jésus! recevez mon âme. » Sa tête fut séparée du tronc d'un seul coup. Ses restes furent

1 Journaux des Communes, 27 janvier 1690-7 ; Lettre de L'Itermitage, 29 janvier (S février).

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