CHAPITRE IV
placés dans un riche cercueil et ensevelis pendant la nuit à la lueur des flambeaux, à Saint-Martin's Church. Depuis ce jour, personne n'a été exécuté en Angleterre en vertu d'un acte d'attainder '.
Bill ayant pour objet de régler les Elections.
Dans l'intervalle, une discussion s'était élevée sur une question importante qui passionnait le public à un haut degré. Aussitôt après la réunion du Parlement, le gouvernement présenta à la Chambre des Communes un bill qui avait pour objet de régler les élections et qui différait peu en substance de celui que le roi avait refusé de sanctionner dans la session précédente. Les gentilshommes campagnards accueillirent ce bill avec empressement et lui firent traverser toutes les épreuves. Quand le comité eut déposé son rapport, un membre fit la motion de déclarer qu'une fortune personnelle de cinq mille livres serait une condition d'éligibilité suffisante pour représenter une ville ou un bourg; mais cet amendement fut rejeté. A la troisième lecture, on ajouta une clause qui permettait à un négociant possédant cinq mille livres de représenter la ville dans laquelle il résidait, mais il fut stipulé que le fait de posséder des actions de la Banque ou de la Compagnie des Indes-Orientales ne constituerait point la qualité de négociant. La lutte fut vive. Cowperse fit remarquerai! nombre des adversaires du bill. Les sarcasmes qu'il dirigea contre les chasseurs de renard ou chasseurs à l'oiseau, qui prétendaient accaparer l'œuvre entière de la législation, lui attira quelques répliques mordantes de ceux qu'il traitait ainsi. Un honnête squire, lui dit-on, était aussi capable de servir son pays que ces hommes de robe à la langue bien pendue qu'on voyait toujours prêts pour une guinée à prouver que le noir était blanc et réciproquement. Sur la question de savoir si le Bill passerait, il y eut deux cents voix pour l'affirmative et cent soixante pour la négative 2.
Un an auparavant, les Lords avaient adopté sans opposition un bill analogue, mais depuis ils avaient réfléchi sur
1 L'Hermilage, 29 janvier (8 février); Gazette de Londres, 1er février; Gazette de l'aris ; Vernon à Shiewsbury, 28 janvier ; Burnet, II, 193.
■ l'rocès-Vei baux des Communes, 19 décembre Iti'JiJ; Vernon à SbreW3bury, 28 novembre 1696.
ni. il
cette question et changé d'avis. Il est certain, en effet, qu'une loi qui n'exigeait pour êtreéligible à la Chambre des Communes que quelques centaines de livres de revenu en biens-fonds — que cette loi, si on l'appliquait, serait fort avantageuse aux gentilshommes campagnards qui n'avaient qu'une fortune ordinaire, mais causerait un préjudice aux grands seigneurs du royaume. Le propriétaire d'un petit manoir aurait représenté la ville dans le voisinage de laquelle sa famille avait résidé pendant des siècles sans avoir à craindre l'opposition de quelque alderman de Londres que les électeurs n'avaient jamais vu avant le jour de la nomination, et dont le principal titre à leur faveur était un portefeuille garni de bank-notes. Mais un grand seigneur qui possédait une fortune de quinze à vingt mille livres par an et qui disposait de deux ou trois bourgs, ne pourrait plus faire entrer son plus jeune fils, son frère cadet, son homme d'affaires dans le Parlement, ni obtenir la jarretière ou un degré de plus dans la pairie, en procurant un siège à un lord de la Trésorerie ou à un attorney-général. Dans cette circonstance, l'intérêt des chefs de l'aristocratie, des Norfolk et des Somerset , des Newcastie et des Bedford, des Pembroke et des Dorset, coïncidait avec celui des riches négociants de la Cité et des jeunes et habiles ambitieux du Barreau ; mais il était diamétralement opposé à celui d'un squire à la tête de mille ou douze cents livres de revenu. Le jour iixé pour la seconde lecture, l'assistance fut considérable dans la Chambre des Lords. Plusieurs membres présentèrent et lurent des pétitions de collèges électoraux qui se plaignaient de la nouvelle restriction imposée à l'exercice de la franchise électorale. Après un débat de quelques jours, le bill fut rejeté par soixante-deux voix contre trente-sept l. Trois jours après seulement, un parti nombreux dans la Chambre des Communes, enflammé de ressentiment, proposa de joindre le bill que les pairs venaient de rejeter au bill sur L'impôt foncier. Celte motion aurait probablement eu un plein succès, si Eoley n'avait point outrepassé les devoirs de sa position de président, et, sous prétexte de rappeler à l'ordre, démontré qu'un tel ac-
' Procès-Verbaux des lords, 25 janvier 1696-7; Vernon à Shrewsbury, 23 janvier; L'Hermitage, 26 janvier (5 février).