‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 225 sur 246 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

couplement serait sans précédent dans l'histoire parlementaire. Lorsque la question finale fut posée, les partisans du Bill poussèrent de telles clameurs qu'on crut qu'ils avaient la majorité, mais le résultat du vote ne donna que cent trentecinq voix oui, contre cent soixante-trois non ».

Bill ayant pour objet de régler la presse.

Il est d'autres actes du Parlement dans cette session qui méritent d'être cités. Pendant que les Communes s'occupaient activement de l'entreprise si difficile de rétablir les finances, il se produisit un incident qui sembla, pendant quelque temps, devoir être fatal à la naissante liberté de la presse, mais qui, par le fait, contribua a confirmer cette liberté. Parmi les nombreux journaux qui s'étaient fondés depuis l'abolition de la censure, il y en avait un, ayant pour titre la Poste -Volante. Le directeur, John Salisbury, était l'instrument d'une bande d'agioteurs de la Cité, dont l'intérêt se trouvait être alors de décrier les effets publics. Cet homme publia un jour un article plein de faussetés et de perfidies, destine évidemment à faire naître des soupçons sur la solidité des billets de l'Echiquier. Or, du crédit des billets de l'Echiquier dépendait, en ce moment, la grandeur politique et la prospérité commerciale du royaume. La Chambre des Communes prit feu. Le président lança un mandat contre Salisbury, et la Chambre adopta, à la simple épreuve des mains levées, une résolution ordonnant au gouvernement de proposer un bill pour empêcher la publication des nouvelles sans privilège. Quarante-huit heures après, le Bill fut présenté et lu ; mais les membres de la Chambre avaient eu le temps de se remettre de leur émotion et de réfléchir. Il n'y en avait pas un d'entre eux dont, l'été précédent, les journaux de Londres n'eussent charmé le séjour à la campagne. Si maigres que ces journaux puissent nous paraître aujourd'hui, à nous qui, tous les matins à déjeuner, trouvons le Times sur notre table, ils offraient à la génération d'alors une

' Procès-Verbaux des Communes, 16 janvier 1696-7 ; Vernon à Shrewsbury et Van Cleverskirke aux Etats-Généraux, même date. 11 est curieux que le roi et les Lords aient été obligés de livrer une bntaille si rude pour défendre conlre la Chambre des Communes l'un des cinq points de la Charte populaire.

source de plaisirs aussi nouvelle qu'abondante. Les gentilshommes du Devonshire, ou du Yorkshire, qu'ils appartinssent au parti tory ou au parti whig, ne purent supporter l'idée de dépendre encore pendant sept mois de l'année des lettres-nouvelles, pour savoir ce qui arrivait dans le monde. Si le bill passait, les feuilles qu'on attendait maintenant avec tant d'impatience, deux fois la semaine, dans toutes les maisons de campagne du royaume, ne contiendrait plus que ce qu'il plairait au Secrétaire d'Etat de rendre public. Ce serait en fait autant de Gazettes de Londres, et le lecteur le plus assidu de la Gazette de Londres pouv ait ignorer complètement les événements les plus importants de son temps. Quelques voix toutefois s'élevèrent en faveur du rétablissement de la censure. «Ces journaux, dirent-elles, contiennent souvent des choses dangereuses. » — « Alors, pourquoi ne les poursuiton pas?» répondit-on. L'Attorney général a-t-il jamais porté plainte contre les délinquants? N'est-il pas absurde de nous demander de créer par un statut un nouveau remède; alors qu'on n'a jamais essayé l'ancien remède que nous fournit la loi commune? » La seconde lecture fut rejetée à deux cents voix contre seize '.

Bill qui abolit les privilèges de Whitefriars et de la Savoie.

Parlons encore d'un autre Bill dont le sort fut plus heureux, et qui est une preuve des progrès lents mais sûrs que faisait la civilisation. Les anciens privilèges dont jouissaient certains quartiers de la capitale, dont Wliitefriars était le plus considérable et le plus infâme, avaient produit des abus qu'il n'était plus possible de supporter. — Les hommes de la bazoche, qui habitaient d'un côté de l'Alsace, et les bourgeois qui habitaient de l'autre côté avaient, pendant longtemps, prié le gouvernement et la législature de les débarrasser de cet hor-

' Procès-Verbaux des Communes, l"-3 avril 1697; Journal de Narcisse Luttrell; L'Hermitage, 2 (12), 6 (16) avril. On lit dans L'Hermitage : plupart des membres, lorsqu'ils sont à la campagne, estant Hea d'être informés par plus d'un endroit de ce qui se passe, et s'imaginant que la gazette qui se fait sous la direction d'un des secrétaires d'Etat, ne contiendrait pas autant de choses que fait celle-cy, ne sont pas fâchés que d'autres les instruisent. » J'emprunte à L'Hermilage lei chiffra : vision. On ne les trouve pas dans les l'rucés-Ytrbuux qui n'ctaieut pas alors tenus avec autant d'exactitude qu'à présent.

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