‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 228 sur 246 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Dorset donna sa démission des fonctions de chambellan, mais il se relira satisfait et comblé des marques de la faveur royale. Sunderland lui succéda et fut nommé en même temps l'un des Lords-Juges, mais cette double nomination excita de différents côtés de vifs murmures '.

Les Tories nourrissaient contre Sunderland une haine que rien ne tempérait. Parmi les chefs des Whigs, quelques-uns n'avaient pas su résistera son adresse insinuante, et d'autres lui étaient reconnaissants des services qu'il avait récemment rendus à leur parti. Mais les chefs ne purent réprimer l'expression du mécontentement de leurs amis. Les Whigs honnêtes qui luttaient avec ardeur pour la défense de la liberté civile et de la religion protestante, qui n'étaient pas exposés aux irrésistibles séductions de Sunderland et qui savaient qu'il avait siégé dans la Haute Commission, concouru à la Déclaration d'indulgence, porté témoignage contre les sept évêques et reçu l'hostie des mains d'un prêtre papiste, ne pouvaient, sans indignation et sans honte, le voir debout, la baguette du Juge à la main, près du trône. Ce qui leur paraissait plus monstrueux encore, c'était qu'un tel homme fût chargé de l'administration du gouvernement pendant l'absence du souverain. Guillaume ne comprenait rien à cette opposition. Sunderland était capable, il était utile. Il était corrompu, c'est vrai, mais ne l'étaient-ils pas aussi tous les hommes d'Etat anglais de cette génération qui, sous la sombre tyrannie des saints, avaient appris à ne pas croire à la vertu, et qui, lors des saturnales de la Restauration, s'étaient jetés à corps perdu dans le vice? Sunderland appartenait à cette classe de politiques dont il était un remarquable échantillon. Il valait moins peut-être, moralement parlant, que Leeds en Godolphin, mais Russell et Marlborough ne valaient guère mieux que lui, et Guillaume ne voyait pas pourquoi on l'aurait chassé du troupeau.

Malgré le mécontentement qu'avait causé l'élévation de

dialement après la démission de Godolphin, nous renseigne sur l'état de l'opinion publique : « Le public tourne plus la veue sur le sieur Montegu qui a la seconde charge de la Trésorerie que sur aucun autre. » L'étrange silence de la Gazette de Londres nous est expliqué par une lettre de Vernon a Shiewsbury, à la date du 1" mai 1097. ' Gazette de Londres, 52, ïG avril IC97.

Sunderland, l'Angleterre jouit, dans le cours de cet été, d'une tranquillité parfaite et se montra dans des dispositions excellentes. A l'exception des Jacobites fanatiques, la nation tout entière était heureuse de la reprise rapide du commerce et de la perspective d'une paix prochaine. L'Irlande et l'Ecosse n'étaient pas moins tranquilles.

Etat de l'Irlande.

En Irlande, il ne s'était rien passé qui mérite d'être raconté en détail depuis que Sydney avait cessé d'être Lord- Lieutenant. Le gouvernement avait laissé les colons exercer sur la population indigène une domination absolue, et, en retour, les colons s'étaient montrés profondément obséquieux envers le gouvernement. Les actes de la législature locale qui siégeait à Dublin n'avaient été ni plus importants ni plus intéressants que ceux de l'assemblée des Barbades. L'événement le plus mémorable peut-être de l'histoire parlementaire de l'Irlande à cette époque est une dispute qui s'éleva entre les deux Chambres à l'occasion d'une rencontre qui eut lieu entre le carrosse du président et celui du chancelier. Il y avait, il est vrai, des factions, mais ces factions avaient leur source dans des prétentions et des animosités purement personnelles. Les noms de Whig et de Tory avaient traversé le canal Saint-Georges, mais dans le passage ils avaient perdu toute leur signification. Tel qu'on appelait Tory à Dublin eût passé à Westminster pour un Whig aussi opiniâtre que Wharton. Les plus fidèles adhérents de la Haute-Eglise en Irlande avaient pour le papisme une telle horreur et une telle crainte, qu'ils étaient disposés à considérer tout protestant comme un frère. Ils se souvenaient avec un amer ressentiment de la tyrannie, des vols, des incendies, des confiscations, de la monnaie de cuivre, de l'acte d'Attainder de Jacques. Ils honoraient dans Guillaume leur sauveur et leur libérateur. Us ne pouvaient même s'empêcher d'éprouver un certain respect pour la mémoire de Cromwell, car, quoiqu'il eût fait du reste, il avait été le champion et le vengeur de leur race. Entre les divisions de l'Angleterre et celles de l'Irlande, il n'y avait donc presque rien de commun. Eu Angleterre, il y avait deux partis eu lutte l'un contre

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