‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 229 sur 246 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

l'autre, mais ces deux partis élaient de la même race et de la même religion. En Irlande, au contraire, il y avait deux castes de races et de religions différentes dont l'une opprimait l'autre.

Etat de l'Ecosse.

L'Ecosse n'était pas moins tranquille. La récolte de l'année précédente avait été mauvaise, il est vrai, et il en résultait de grandes souffrances. Mais le moral de la nation était soutenu par des espérances extravagantes destinées à aboutir à un désappointement cruel. Un rêve magnifique de prospérité commerciale et de grandeur politique occupait si complètement les esprits que le peuple sentait à peine la détresse du présent. Nous raconterons plus tard quelle fut l'origine de ce rêve et quel terrible réveil le dissipa.

Session du Parlement à Edimbourg.

Dans l'automne de 1696, les Etats d'Ecosse se réunirent à Edimbourg. L'assistance fut peu nombreuse et la session ne dura que cinq semaines. Les Etats votèrent un subside s'élevant à un peu plus décent mille livres sterling et passèrent deux actes destinés à affermir le gouvernement. L'un de ces actes obligeait toutes les personnes revêtues de fonctions publiques à signer une association semblable à celle qui avait excité en Angleterre un enthousiasme si général. L'autre acte stipulait que le Parlement d'Ecosse ne serait pas dissous par la mort du roi.

Mais l'événement le plus important sans contredit de cette courte session, ce fut le vote de l'acte ayant pour objet d'établir des écoles. Cette loi mémorable statuait et ordonnait, pour nous servir des termes mêmes de l'acte, que chaque paroisse du royaume fournirait un local commode pour y tenir une école et allouerait au maître chargé de la diriger des émoluments convenables. L'effet de cette loi ne se fit pas sentir immédiatement. Mais avant qu'une génération se fût écoulée, on commença à s'apercevoir que la classe inférieure d'Ecosse était supérieure pour l'intelligence à la classe inférieure des autres contrées de l'Europe. Dans quelque pays que la destinée portât l'Ecossais, à quelque profession qu'il s'adonnât, en Amérique ou dans l'Inde, qu'il suivît la carrière commer-

cialc ou le métier des armes, les avantages qu'il retirait de sa première éducation relevèrent toujours au-dessus de ses rivaux. Entrait-il dans un magasin comme commissionnaire, il y devenait bientôt premier commis. S'enrôlait-il dans l'armée, il ne lardait pas à obtenir le grade de sergent. En un mot, l'Ecosse, malgré la stérilité de son sol et la rigueur de son climat, fit en agriculture, dans l'industrie, dans le commerce, dans les lettres, dans les sciences, dans tout ce qui constitue la civilisation des progrès que l'ancien monde n'avait jamais égalés et que le nouveau n'a pas surpassés.

Ce n'est pas uniquement au système national d'éducation adopté alors, mais c'est en grande partie à ce système qu'il faut attribuer ce merveilleux changement. Toutefois la postérité ne doit point de reconnaissance aux hommes qui ont établi ce système. Ils n'avaient point conscience de ce qu'ils faisaient, et c'est sans le savoir qu'ils ont concouru à éclairer l'intelligence et à humaniser les cœurs de tant de milliers de leurs semblables. Leur propre intelligence était aussi enveloppée de ténèbres, leurs propres cœurs aussi endurcis que ceux des Familiers de l'Inquisition à Lisbonne. Dans le mois même où l'acte qui établissait les Ecoles reçut la sanction royale, on vit les chefs de l'Eglise et de l'Etat en Ecosse diriger avec vigueur contre des sorcières et des incrédules une double persécution digne du dixième siècle. Un certain nombre de sorcières qui n'avaient commis d'autre crime que d'être vieilles et misérables furent accusées d'avoir commerce avec le diable. Le Conseil-Privé n'eut pas honte de nommer une commission pour faire le procès à vingt-deux de ces pauvres créatures '. Puis il ordonna des perquisitions rigoureuses dans les boutiques des libraires d'Edimbourg pour saisir tous les ouvrages suspects d'hérésie. Des livres impies, au nombre desquels les sages du Presbytère rangèrent la Théorie sacrée de la (erre, de Thomas Burnet, furent détruits sans pitié2. Mais la rage des bigots ne pouvait se contenter de détruire du papier et du parchemin. Leur haine réclamait des victimes capables de sentir et elle ne

1 Le Postillon, 26 janvier, 7. 1 1 mars 1696-7, 8 avril 1697. * L(: Postillon, ?'.) octobre 1696.

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