‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 230 sur 246 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

s'apaisa qu'après avoir commis un crime qui a imprimé sur le nom écossais une tache ineffaçable.

Affaire de Thomas Aikenheâd.

Un étudiant de dix-huit ans, nommé Thomas Aikenheâd, d'habitudes studieuses et d'une moralité irréprochable, avait, dans le cours de ses lectures, trouvé quelques-uns des arguments ordinaires contre la Bible. Il s'imagina avoir mis la main sur une mine de sagesse qui était restée cachée jusqu'alors au reste du genre humain, et avec cette présomption qui est le faible ordinaire des jeunes gens d'une intelligence vive, qui n'ont reçu qu'une demi-éducation, il fit part de ses découvertes à quatre ou cinq de ses compagnons. La Trinité dans l'unité, disait-il, est une chose aussi contradictoire qu'un cercle carré. Ezra était l'auteur du Pentateuque. L'Apocalypse était un livre allégorique sur la pierre philosophai. Moïse avait appris la magie en Egypte. Le christianisme était un mensonge qui ne durerait' pas jusqu'en 1800. C'est à cause de ces niaiseries dont, selon toute probabilité, il aurait rougi lui-même bien avant d'avoir ses vingt-cinq ans, qu'il fut poursuivi par le Lord-Avocat. Le Lord-Avocat éiait ce Jacques Stuart qui avait été si souvent et si souvent Jacobite, qu'il est difficile de savoir au juste le nombre de ses apostasies. Il était alors Whig pour la troisième, sinon pour la quatrième fois. Aikenheâd aurait pu être, conformément à la loi d'Ecosse, condamné à l'emprisonnement jusqu'à ce qu'il eût rétracté ses erreurs et fait pénitence devant la congrégation de sa paroisse, et tout homme de sens et d'humanité aurait jugé cette punition suffisante pour le bavardage d'un enfant présomptueux. Mais Stuart, qui était aussi cruel que bas, voulait du sang. Au nombre des statuts écossais, il en était un qui punissait de mort le fait d'insulter ou de blasphémer le nom de l'Etre suprême ou d'une personne quelconque de la Trinité. Or, on ne pouvait, sans faire aux choses une violence extrême, faire tomber ce qu'avait dit Aikenheâd sous l'application de ce statut. Mais le Lord-Avocat déploya toute sa subtilité. Le pauvre jeune homme n'eut à la barre aucun conseil pour l'assister. Il lui fut donc complètement impossible de défendre convenablement sa cause. Il fut convaincu et condamné à être

pendu, puis brûlé au pied du gibet. Ce fut en vain que, fondant en larmes, il abjura ses erreurs et demanda grâce d'un ton lamentabje. Quelques-unes des personnes qui le virent dans sa prison crurent sa rétractation sincère , et en effet il n'est point du tout improbable que chez lui, comme chez un grand nombre d'auteurs prétendus philosophes qui s'imaginent s'être entièrement émancipés de la religion de leur enfance, la perspective d'une mort prochaine ait produit un changement complet de sentiments. Dans une pétition au Conseil-Privé il demanda, si l'on ne pouvait épargner sa vie, qu'on lui accordât du moins un léger répit pour faire sa paix avec le Dieu qu'il avait offensé. Quelques-uns des conseillers penchaient pour qu'on accordât cette faible faveur. D'autres pensèrent qu'il ne fallait l'accorder que si les ministres d'Edimbourg intercédaient pour le condamné. Les deux partis se balançaient également dans le Conseil, et la question fut décidée contre le prisonnier par le vote décisif du Chancelier. Le Chancelier était un homme dont le nom a été souvent cité dans le cours de cette histoire, mais jamais avec honneur. C'était ce sir Patrick Hume dont l'humeur batailleuse et factieuse avait fait avorter l'expédition d'Argyle et causé au gouvernement de Guillaume de si grands ennuis. Dans le club qui avait bravé le roi et dominé le Parlement, il n'y avait pas eu de Républicain plus turbulent. Mais il avait suffi d'un titre et d'une place pour produire une merveilleuse conversion. Sir Patrick portait maintenant le nom de Lord Polwarth ; il avait la garde du Grand-Sceau d'Ecosse ; il était Président du Conseil-Privé, et c'est ainsi qu'il se trouva dans le cas de pouvoir accomplir la plus détestable action d'une vie signalée déjà par tant de mauvaises actions. Restait à savoir l'attitude qu'allait prendre le clergé d'Edimbourg. Il paraîtra incroyable que des prêtres aient pu fermer l'oreille aux supplications d'un pénitent qui leur demandait, non pas sa grâce, mais un léger délai pour recevoir leurs instructions et prier Dieu de lui accorder au Ciel une miséricorde qui ne pouvait s'étendre sur lui ici-bas. Il en fut ainsi cependant. Les ministres réclamèrent non-seulement l'exécution du jeune homme, mais encore son exécution prompte, bien que ce dût être sa mort éternelle. Du haut de leurs chaires mêmes, ils demandèrent à grands cris son extermina-

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