CHAPITRE IV
tion. Il est probable que la vraie raison qui les porta à refuser à cet infortuné un répit de quelques jours , ce fut la crainte que les détails de cette affaire ne fussent communiqués à Kensington et que le roi qui en récitant la formule du serment du couronnement, avait déclaré du haut de son trône qu'il ne persécuterait aucun de ses sujets , n'envoyât des ordres positifs pour empêcher l'exécution de la sentence. Aikenhead fut pendu entre Edimbourg et Leith. Il protesta de son profond repentir et mourut en tenant la Bible entre ses mains. Les habitants d'Edimbourg, quoique mal disposés assurément à attacher peu d'importance à son crime, furent touchés de compassion par sa jeunesse , par son repentir et par la précipitation cruelle que le clergé avait mise à le lancer hors de ce monde. Il semble que l'on ait craint quelque démonstration en sa faveur, car un fort détachement de fusiliers étaient sous les armes pour appuyer le pouvoir civil. Les prédicateurs qui étaient les véritables meurtriers du jeune homme entourèrent l'instrument du supplice, et tandis que leur victime se débattait dans les dernières convulsions de l'agonie, ils insultèrent le Ciel par des prières plus blasphématoires qu'aucune de celles qu'Aikenhead avait jamais prononcées. Wodrow n'a pas raconté d'histoire plus lugubre de Dundee. l
Opérations militaires dans les Pays-Bas.
En somme, les Iles Britanniques n'avaient pas joui depuis dix ans d'une aussi grande tranquillité intérieure qu'au moment où Guillaume à la lin d'avril 1697, partit pour le continent. La guerre dans les Pays-Bas était un peu moins languissante que l'année précédente, sans être pour cela bien active. Les généraux français ouvrirent la campagne par la prise de la petite ville d'Ath, puis ils méditèrent une conquête beaucoup plus importante. Ils firent une attaque soudaine sur Bruxelles et ils eussent probablement réussi dans leur entreprise sans l'activité de Guillaume. Il était campé sur le terrain qui est situé en vue du Lion de Waterloo lorsqu'il reçut, à une heure avancée de la soirée, la nouvelle du danger que courait la capitale des Pays-Bays. Il
1 Procès politiques de Howell; Le Postillon, 9 (19) juin 1696-7.
mit aussitôt ses forces en mouvement, marcha toute la nuit, et après avoir traversé la plaine destinée à acquérir, cent dix-huit ans plus tard, une terrible renommée, après avoir franchi les longs défilés de la forêt de Soignes, il était à dix heures du matin à l'endroit où Bruxelles avait été bombardé deux ans auparavant et l'aurait été de nouveau, s'il fût arrivé seulement trois heures plus lard. Il s'y entoura de retranchements où l'ennemi n'osa l'attaquer. Ce fut l'événement militaire le plus important qui eut lieu dans le cours de l'été de 1697, dans les Pays-Bas. Dans les deux camps on éprouvait une répugnance visible à engager aucune grande affaire à la veille d'une pacification générale.
Conditions de paix offertes par la France.
Pour la première fois pendant son long règne, Louis avait dès le commencement du printemps offert spontanément à ses ennemis des conditions à la foiséquitableset honorables. Il s'était déclaré prêt à abandonner les conquêtes qu'il avait faites dans le cours de la guerre, à céder la Lorraine à son duc national, à rendre Luxembourg à l'Espagne et Strasbourg à l'Empire, enfin à reconnaître le gouvernement existant d'Angleterre '. Ceux qui se souvenaient des immenses calamités que son ambition impitoyable et sans foi avait attirées sur l'Europe étaient en droit de soupçonner que d'autres sentiments que ceux de la justice ou de l'humanité inspiraient cette modération inaccoutumée. Mais quel que fût le motif qui poussât le roi de France à proposer ces conditions, il était évidemment de l'intérêt et du devoir de la Confédération de les accepter, car il y avait peu d'espérance qu'on parvînt à lui arracher par la guerre des concessions plus larges que celles qu'il offrait maintenant comme prix de la paix. Les plus confiants de ses ennemis ne pouvaient guère s'attendre à une longue série de campagnes aussi heureuses que la campagne de 1695, et même dans cette dernière hypothèse, il était douteux que les alliés réussissent à reprendre tout ce que LouisXIVse montrait disposé à leur restituer. Guillaume embrassant, comme d'habitude, toute la situation du coup
■ Voir le protocole du 10 février 1697, dans les Actes et Mémoires des Négociations de la paix de Hyswick, 1707.