‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 234 sur 246 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

un pas en avant trop vite, il s'en retournait à la porte , et l'imposant menuet recommençait. Les ministres de Louis rédigèrent un mémoire dans leur langue nationale. Les hommes d'Etat allemands protestèrent contre cette innovation qu'ils qualifièrent d'insulte à la dignité du saint empire romain, d'atteinte aux droits des nations indépendantes, et ne voulurent rien entendre à ce mémoire qu'il n'eût été traduit d'un bon français en un mauvais latin. Au milieu d'avril, chacun savait à La Haye que Charles XI, roi de Suède, était mort, et que son fils lui avait succédé, mais il était contraire à l'étiquette qu'aucun des envoyés assemblés parût avoir connaissance du fait avant que Lilienroth leur en eût communiqué officiellement la nouvelle. D'un autre côté, il n'était pas moins contraire à l'étiquette que Lilienroth communiquât cette nouvelle avant que ses équipages et sa maison eussent été mis en deuil, et quelques semaines s'écoulèrent avant que ses cochers et ses tailleurs eussent terminé leur ouvrage. Enfin, le 12 juin, il arriva à Ryswick dans un carrosse tendu de noir et accompagné de domestiques en livrées noires, et là, en plein congrès, il annonça qu'il avait plu à Dieu de rappeler à lui le très-puissant roi Charles XI. Tous les ambassadeurs lui présentèrent alors leurs condoléances à propos de cette nouvelle aussi triste qu'inattendue, puis ils retournèrent chez eux pour ôter leurs broderies et revêtir un costume de deuil approprié à la circonstance. C'est dans ces solennelles bagatelles que le temps s'écoulait. Les négociations ne faisaient aucun progrès réel. Lilienroth ne tenait point à en accélérer la marche. Plus le congrès durait, plus sa position personnelle grandissait. Il ne demandait pas mieux que d'éterniser son rôle de médiateur, mais pour cela il fallait que les parties placées à sa droite et à sa gauche prolongeassent leurs vaines querelles '.

En juin, les espérances de paix commencèrent à s'affaiblir. Les peuples se souvenaient que la guerre précédente s'était prolongée pendant des années entières tandis qu'un congrès siégeait à Nimègue. Les négociateurs avaient fait leur entrée

* Si l'on veut se faire une idée nette des controverses oiseuses et comiques tout à la fois dans lesquelles le congrès perdit son temps, on peut consulter les Actes et Mémoires.

dans cette ville en février 1676, et le traité n'avait été signé qu'en février 1679. Et cependant la négociation de Nimègue n'avait pas marché plus lentement que celle de Ryswick. Il ne paraissait que trop probable que le dix-huitième siècle trouverait de grandes armées encore en présence sur la Meuse et le Rhin, des populations industrieuses encore opprimées par les taxes, de fertiles provinces encore dévastées, l'Océan infesté encore par les corsaires et les plénipotentiaires échangeant encore des notes, rédigeant des protocoles et se chamaillant sur la place que devait occuper tel ministre et sur le titre qu'il fallait donner à tel autre.

Guillaume ouvre une négociation séparée.

Mais Guillaume était décidé à mettre promptement fin à toute cette comédie. Il voulait avoir ou la paix ou la guerre. A ses yeux, l'une ou l'autre valait mieux que cet état intermédiaire qui réunissait les inconvénients des deux. Tant que la négociation était en suspens, il ne pouvait diminuer les charges qui pesaient sur son peuple, et d'un autre côté il n'avait point d'action énergique à attendre de la part de ses alliés. Si la France était réellement disposée à conclure un traité à des conditions convenables, il fallait conclure ce traité en dépit de l'imbécillité du roi catholique et de l'égoïsme de l'empereur. Si au contraire la France n'était pas sincère, plus tôt la vérité serait connue à cet égard, plus tôt la farce qui se jouait à Ryswick serait finie, plus tôt on dirait à l'Angleterre et à la Hollande, car tout dépendait de ces deux pays, qu'il fallait se résigner à de vigoureux efforts, à de grands sacrifices, mieux cela vaudrait.

Pembroke etVilliers, bien qu'assistés maintenant par un diplomate blanchi dans le métier, sir Joseph Williamson, ne pouvaient presque rien l'aire pour accélérer les travaux du congrès, car bien que la France eût promis, quand la paix serait faite, de reconnaître le prince d'Orange comme roi de la Grande-Bretagne et d'Irlande, elle ne l'avait pas encore reconnu. Les ministres de ce prince n'avaient donc point de relations directes avec Ilarlay, Crécy etCaillières. Guillaume, avec le jugement et la décision d'un véritable homme d'Etat résolut de se mettre en communication avec Louis par l'intermédiaire d'un des maréchaux de Fiance qui commandaient

Page 1