‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 237 sur 246 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

livcracnl, et, de son côté, Louis n'insista plus sur l'amnistie à accorder aux adhérents de Jacques. 11 fut décidé que le traité ne parlerait ni du lieu où devrait résider le roi banni d'Angleterre, ni du douaire de sa femme. Mais Guillaume autorisa ses plénipotentiaires au congrès à déclarer qu'il examinerait les titres de Marie de Mode ne, et que cette princesse aurait tout ce qu'elle devait avoir aux termes de la loi. Les deux Chambres du Parlement eussent été assez embarrassées de répondre à la question de savoir ce que la loi reconnaissait à Marie de Modène. .Mais il fut bien entendu qu'elle recevrait, sans aucune contestation, dès qu'elle se serait retirée avec son époux en Provence ou en Italie, tout ce qu'elle serait fondée à demander '.

' C'est en grande parlie des dépêches du ministre des Affaires étrangères de France que j'ai tiré l'exposé de celte né^ociaiion, tel que je le présent» ici. La traduction de ces dépêches a élé publiée par M. Grimblot. Voir aussi Bu met, II, 200, 201.

On a souvent prétendu que Guillaume promit de payer une pension de 50,000 livres par an à Mai ie de Modène. Si l'on prend la peine de lire dans les Actes de la paix de Ry*icick le protocole du 10 (20) septembre 1097, on verra que mou récit est exact. Prior comprit évidemment le protocole comme je le compiends, car il d.t dans une leitre à Lexington du 17 septembre 1097 : « le numéro 2 esl la chose à laquelle le roi cousent en ce qui touche la pension de Marie de Mo lène. Cet article donne généreusement à la princesse ce que la loi lui attribue. Le médiateur doit dicter cette condition aux Fiançais, et l'insérer dansson protocole. De celte façon, nous en serons quittes, je crois, à bon maiché sur cei article »

Le bruit courut à celte époque (Voir VHmtoire de Guillaume III de Boyer [1703]), que Portland el Boufllers étaient convenus d'un article secret qui stipulait qu'apiès la mort de Guillaume, le Prince succéderait au trône d'Angleterre. Cette fable a été souvent répétée depuis, mais jamais les hommrs de bon sens n'y ont cru, et, depuis la publication des lettres échangées entre Louis et Bouffie rs, elle ne peut trouver crédit même aupiès des gens les plus crédules. Da i vmp'c et d'autres écrivains s'imaginèrent avoir trouvé dans la Vie de Jacques (II. 674. 575) la preuve que l'histoire de cet article secret était vraie. Le passage sur lequel ils se fou ■ fiaient ne fut certainement pas écrit par Jacques ni sous sa direction, et l'aulorilé de toutes les parues de celte vie qui n'ont pas élé écrites par Jacques ou sous sa direction esl bien faible. L)e p us, quand on examine le passage en question, on vint que, loin de conlii mer la fable de l'article secret, il la contre lit positivement. Le compilateur de celte Vie nous dit qu'apiès que Jacques eut déclaré qu'il ne consentirait jamais à achelei pour ses descendants le trône d'Angleleire au piix de l'abandon de ses droils personnels, il ne fut lien d:t de plus sur ce sujet. Maintenant, il est certain que, dans son Mémoire publié en mars 1097, Mémoire qui se tiouve dans la Vie (II. 500) et dans les Actes de la l'aixde Ryswick, Jacqjes déclara à la face de l'Europe qu'il ne s'abaisserait jnmais à un acte aussi bas, aussi dégradant que de permettre au Prince d'Orange de régner * Condition que le Prince de Galles lui succédera. Il s'ensuit donc que rien n'a pu être dit sur ce sujet après le mois du mars 1097. Il s'ensuit au:-»!

I — Avant le 1er juillet, tout était arrangé en ce qui conecr- [nait du moins la France et l'Angleterre. Sur ces entrefaites. Tes ministres assemblés à Ryswick avaient appris que Bouf- (lers et Portland avaient eu de fréquentes entrevues dans le lîrabant, et qu'ils négociaient de la manière la jilus irrégulière et la plus contraire au décorum, sans lettres de créance, sans médiateur, sans notes, sans protocoles, sans compter les pas l'un de l'autre, et sans se donner mutuellement le litre d'Excellence. Telle était en effet leur barbare ignorance dans les rudiments d-i la noble science de la diplomatie qu'ils avaient presque accompli l'œuvre qu'ils avaient entreprise dj rendre la paix à la chrétienté, en se promenant de long en largo dans une allée plantée de pommiers. Les Anglais et les Hollandais applaudirent hautement à la prudence et à la dérision de Guillaume. Il avait coupé le nœud que le congrès n'avait fait que tordre et emmêler. Il avait fait en un mois tout ce que les formalistes et les pédants assemblés à La Haye n'auraient pas fait en dix ans. Les plénipotentiaires fiançais n'en étaient qu'à demi fâchés. « H esl curieux, disait Harlay, homme d'esprit et de sens, que, tandis que les ambassadeurs font la guerre, les généraux fassent la paix ' »

que rien n'a pu êlre dit sur ce sujet dans les conférences qui eurent lieu entre Boufflers et Portland, conféiences qui ne commencèrent que vers la /in du mois de juin.

N'y a-t-il alors aucune espèce de fondement à cette histoire? Pour ma paît, je la émis fondée, et j'ai déjà rapporté les faits sur lesquels elle a été balie. Il est certain qu'en 1693 Louis insinua mi ailiés, par l'intermédiaire, du gouvernement suédois l'espoir où il était qu'où pourrait trouver moyen de concilier les princesqui prétendaient à la couronne d'Angletei te. L'expédient doni il parlait était évidemment que le Pi ince de Galles succéderait à Guillaume et s Main: Il est possible, ainsi que le dit le compilateur de la Vie de Jacques, que Guillaume D'ail point montré un éloignemeat e\- Irême pour cette combinaison. Il n'avait aucune raison ni publique ni privée po .r préférer sa b^lle-sœur à son beau-frère, si son beau-frère était élevé dans la religion protestante. Mais Guillaume ne pouvait rien faire sans le concours du Parlement, et il esl plus que probable que ce prince ou le Parlement n'aurait jamais consenti à faire de la BUCCessiOD au Houe d'Angleterre uni- affaire de stipulation avec la France. Toutefois on ne peut due avec certitude ce qu'il aurai! laiton n'aurait pas fait, car Jacques ne voulait entendre à rien. Louis abandonna donc toute idée d'effectué! un eompiomis et s'engagea, ainsi que nous l'avons vu. à reconnaître Guillaume comme mi d'Angleterre, et cela « sans di liculté, restriction, condition ou réservt». » Il paraît certain qu'après cet engagement que Louis prit on décembre 1696, ie nom du Pi ince de Galles ne fut plus jamais prononce dans 1rs m gncialions.

' Manuscrits du Prior; Williamson à l.exinglon, -20 (30) juillet 188? s Williamson a ^bri-wsbury, :'3 juillet (3 août).

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