‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 238 sur 246 · CHAPITRE IV. S · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. S

Mais l'Espagne conserva le même air d'arrogante insqu- 1 ciance, el les ministres de l'empereur, oubliant apparemment N que, quelques mois auparavant, leur maître avait conclu sans consulter Guillaume un traité de neutralité pour l'Italie, regardèrent comme une chose fort extraordinaire que Guillaume eût la hardiesse de négocier sans consulter leur maître. Il devint chaque jour plus évident que la cour de Vienne cherchait à prolonger la guerre. Le 10 juillet, les ministres français proposèrent de nouveau des conditions de paix justes et honorables, mais ils ajoutèrent que, si ces conditions n'étaient pas acceptées avant le 21 août, le roi très-chrétien ne se considérerait plus comme lié par ses offres '. Guillaume exhorta en vain ses alliés à se montrer raisonnables. L'orgueil insensé d'une des branches de la maison d'Autriche et la politique égoïste de l'autre ne voulurent entendre à aucun argument. Le 21 août arriva et se passa sans que le traité fût signé. La France devint libre d'élever ses prétentions; ce qu'elle fit, car, juste ace moment, arriva la nouvelle de deux grands coups portés à l'Espagne, l'un dans l'ancien monde, l'autre dans le nouveau. Une armée française, commandée par Vendôme, avait pris Barcelone. De plus, une escadre française était sortie de Brest, avait trompé la vigilance des flottes alliées, traversé l'Atlantique, saccagé Carthagène, et était revenue en France chargée de richesses 2. Le gouvernement espagnol passa aussitôt d'une apathie hautaine à une terreur abjecte, et se montra disposé à accepter toutes les conditions qu'il plaisait au vainqueur de lui imposer. Les plénipotentiaires français annoncèrent au congrès que leur maître était résolu à garder Strasbourg, et que, si les conditions qu'il offrait ainsi modifiées n'étaient pas acceptées le 10 septembre, il se regarderait comme libre de présenter de nouvelles modifications. Jamais le sang-froid de Guillaume n'avait été mis à une plus rude épreuve. Irrité par la perfidie de ses alliés, il ne l'était pas moins par le langage impérieux de l'ennemi. Ce ne fut pas sans une lutte violente et une vive douleur que le roi accéda aux nouvelles propositions de la

1 On trouvera dans les Actes et Mémoires la noie des ministres français, datée du H) (?0) ju llet lt07.

' Monthly Mercury, numéros d'août el de septembre IC97.

iJ.

France. Mais il sentit qu'il lui serait impossible, alors même que leur honneur l'exigerait, de décider la Chambre des Communes et les Etats-Généraux à continuer la guerre dans le seul but d'arracher à la France une simple forteresse au sort de laquelle ni l'Angleterre ni la Hollande n'avaient un intérêt immédiat, une forteresse que l'empire n'avait perdue que par suite de l'obstination déraisonnable de la cour impériale. Il se détermina à accepter les conditions modifiées, et il donna ordre à ses ambassadeurs à Ryswick de signer au jour prescrit. Les ambassadeurs d'Espagne et de Hollande reçurent des instructionssemblables.il n'était pas douteux que l'empereur, tout en murmurant et en protestant, ne suivît bientôt l'exemple de ses aliiés. Pour lui laisser le temps de prendre son parti, on stipula qu'il serait compris dans le traité s'il notifiait son adhésion le 1er novembre.

— EiTbrts de Jacques pour empêcher une pacification générale.

Sur ces entrefaites, Jacques excitait les rires et la pitié de l'Europe par ses lamentations et ses menaces. En vain, il avait insisté sur son droit d'envoyer en qualité de seul roi légitime d'Angleterre un minisire au Congrès '. En vain, il avait adressé à tons les princes catholiques romains de la Confédération an mémoire dans lequel il les adjurait de se joindre à la France contre l'Angleterre dans le but de le rétablir dans son héritage et d'annuler cet infâme Bill des Droits qui excluait du trône les membres de la vraie Eglise '2. Lorsqu'il vit qu'on ne tenait pas compte de cet appel, il publia une protestation solennelle contre la validité des traités auxquels le gouvernement actuel d'Angleterre prendrait pari. Il déclara nuls et sans valeur tous les engagements que son royaume avait contractés depuis la Révolution. Il lit savoir que si jamais il reconquérait sa puissance, il ne se considérerait comme lié par aucun de ces engagements. Il reconnut qu'en violant ces engagements, il pourrait attirer de grands malheurs sur ses Etats comme sur toute la chrétienté. Mais il déclara qu'il ne se croyait responsable ni devant Dieu ni

Vie de Jurques, II. bQb.

' Actes il Mémoires des négociations de la raix de Uyytcick; Vu- de Jacques, II, &U(i.

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