CHAPITRE I
nal. Caennarthen, qui, en sa qualité de Lord-Président, avait le pas sur toute la noblesse, fut nommé Lord Grand- Sénéchal. Nous possédons une relation complète de la procédure. Lorsqu'on examine avec soin ce compte-rendu, et particulièrement l'opinion exprimée à l'unanimité par les juges en réponse à une question rédigée par Nottingham, et dans laquelle les faits résultant des dépositions sont exposés avec une extrême impartialité, il est impossible de douter que le crime de meurtre n'ait été complètement prouvé contre le prisonnier. Telle fut l'opinion du roi, qui assistait aux débats, et telle fut aussi l'opinion à peu près unanime du public. Si l'affaire eût été jugée à OldBailey par Holt et douze citoyens ordinaires, le sens du verdict n'eût pas été douteux ; mais les Pairs, à une majorité de soixante-neuf voix contre quatorze, acquittèrent leur collègue accusé. Un grand seigneur fut assez brutal et assez stupide pour dire : « Après tout, ce n'était qu'un histrion, et les histrions sont des misérables. » Toutes les lettres nouvelles, tous les orateurs de café se plaignirent de ce que les grands pouvaient verser impunément le sang des pauvres gens. 11 existe encore des lettres et des journaux où des hommes de toutes les nuances d'opinions, whigs, tories, non-jureurs, flétrissent la partialité du tribunal. On ne devait pas s'attendre, tant que le souvenir de ce scandale était encore frais dans l'esprit public, à ce que les Communes fussent disposées à donner un nouvel avantage à des Pairs accusés â.
Débats sur le commerce de l'Inde.
Sur ces entrefaites, les Communes avaient remis sur le tapis une autre question d'une haute importance, l'état du commerce avec l'Inde. Elles avaient prié le roi, vers la fin de la session précédente, de dissoudre l'ancienne Compagnie et d'en constituer une nouvelle sur les bases qu'il jugerait convenables; il avait promis de prendre cette demande en
' La principale source de renseignements sur cette affaire est le compte rendu du procès, que l'on trouvera dans la Collection de Howell. Voir Evelyn, Diary, 4 février 1692-3. J'ai emprunté quelques détails à Narcissus Luttrell, Diary, à une lettre de Sancroft qui fait partie des iManuscrits Tanner dans la Bibliothèque Bodleïenne, et à deux lettres de Brewer à Wharton, appartenant également à la Bibliothèque Bodleïenne.
sérieuse considération. C'est par suite de cette promesse qu'il leur adressa un message pour leur faire connaître qu'il n'était pas en son pouvoir de faire ce qu'on lui demandait. Il avait soumis aux juges la charte de l'ancienne Compagnie, et les juges avaient déclaré qu'aux termes de cette charte l'ancienne Compagnie ne pouvait être dissoute sans avoir été prévenue trois années à l'avance, pendant lesquelles elle devait continuer à jouir du privilège exclusif de commercer avec les Indes orientales. 11 ajoutait qu'animé d'un désir sincère de satisfaire les Communes, et se trouvant dans l'impossibilité de le faire de la manière qu'elles avaient indiquée, il avait essayé d'amener l'ancienne Compagnie à une transaction; mais qu'elle avait insisté sur le maintien absolu de ses droits, et que ses efforts avaient échoué '.
Ce message rouvrit toute la question. Les deux factions qui divisaient la Cité furent aussitôt sur le qui-vive. La discussion dans la Chambre fut longue et animée. Des pétitions contre l'ancienne Compagnie furent déposées sur le bureau. On distribuait dans les couloirs des écrits satiriques contre la nouvelle Compagnie. Enfin, après de longs débats, il fut résolu qu'une adresse serait présentée au roi pour le prier de donner à la Compagnie l'avis que les juges considéraient comme indispensable. Le roi promit de s'en occuper et d'agir de son mieux dans l'intérêt de son royaume. La Chambre se contenta de cette réponse, et la question ne fut plus reproduite que dans la session suivante 2.
Subsides.
Les débats des Communes sur la conduite de la guerre, sur la loi de trahison et sur le commerce avec l'Inde, occupèrent beaucoup de temps, sans produire aucun résultat important. Mais pendant ce, temps on travaillait sérieusement dans le Comité des subsides et dans le comité des voies et moyens. Dans le Comité des subsides, les aperçus du gouvernement passèrent rapidement. Quelques membres déclarèrent que, dans leur opiniou, l'Angleterre devait retirer ses troupes
1 Commons' Journal*, 14 novembre 11
* Commons' Journal» de la session, aolammenl des 17 novembre, iode"" cenabre, 85 février, s mars; Çvli Paper$, duus Tintai,