CHAPITRE IV
endroits, et des feux de joie immenses s'allumer dans d'autres. L'ambassadeur de Hollande informa les Etats- Généraux qu'il essayerait de témoigner sa satisfaction personnelle par un feu de joie digne de la République qu'il représentait, et il tint parole, car jamais on n'avait vu à Londres un bûcher si formidable. Cent quarante barils de résine brûlèrent en mugissant devant sa maison dans Sainl-Jaaies- Square et envoyèrent une flamme qui éclaira Pall-Mall et Piccadilly comme en plein midi '.
Terreur des Jacobites.
Les Jacobites furent comme frappés de terreur. Quelquesuns de ceux qui avaient engagé de fortes sommes sur ia constance de Louis prirent la fuite. Un malheureux partisan du droit divin se suicida en se noyant. Mais bientôt le parti reprit courage. Le traité avait été signé, il est vrai, mais il ne serait jamais ratifié. Quelques jours après, la ratification [i arriva ; la paix fut proclamée solennellemeni par les hérauts, et les Non-Jureurs les plus obstinés commencèrent à désespérer. Quelques ecclésiastiques qui, pendant huit années, étaient restés fidèles à Jacques, prêtèrent serment à Guillaume. Ils étaient probablement de ceux qui pensaient, avec Sherlock, qu'un gouvernement établi, bien qu'illégitime dans son origine, a droit à l'obéissance des chrétiens, mais qui avaient cru, avec lui, que le gouvernement de Guillaume ne pouvait pas se dire établi tant que la plus grande puissance de l'Europe, non-seulement refusait de le reconnaître, mais encore soutenait énergiquement son compétiteur2. Les plus fougueux adhérents de la famille exilée étaient furieux contre Louis. Il avait trompé, il avait trahi ses hôtes suppliants. Que parlait-il de la misère de son peuple? A quoi bon dire qu'il avait épuisé toutes les branches du revenu public, et que dans toutes les provinces de son royaume, les paysans étaient couverts de haillons et qu'ils n'avaient même pas un morceau de pain noiret grossierà mettre sous la dent?
' Van Clever?kiike aux Etats-Généraux, M ($4) septembre 1697: L'Hermilage, 14 (-24) septembre ; Postscrivtum du Postillon, même date; U l'ostillon et le Courrier 19 (29) septembre; Le Postillon, 1* (28) sep lembre.
' L'Hermilage, 7 (27) septembre; 24 sep'emhre (4 octobre) 1697, 19 (29; octobre; Le Postillon, *0 novembre.
Son premier devoir était envers la famille royale d'Angleterre. Les Jacobiles déclamèrent contre lui avec une violence aussi absurde et en termes presque aussi grossiers que contre Guillaume qu'ils poursuivaient depuis si longtemps de leurs injures. Un de leurs libelles était d'une telle indécence que les Lords-Juges en firent arrêter l'auteur et l'obligèrent à fournir caution '.
Réjouissances générales.
Mais la rage et la mortification ne sortirent pas du cercle d'une très-petite minorité. Jamais, depuis l'année qui \it la Restauration, la satisfaction du public n'avait éclaté par des signes aussi éclatants. Dans toutes les parties du royaume où la paix fut proclamée, l'allégresse générale se manifesta par des banques, par des spectncles, par des toasts à la santé du roi, par des salves d'artillerie, par le roulement des tambours, par des fanfares, et plus d'une barrique fut défoncée en l'iionneur de la paix. En certains endroits, toute la population, de son propre mouvement, afflua dans les églises pour rendre à Dieu des actions de grâces. Ailleurs, des processions de jeunes filles, vêtues de blanc et couronnées de lauriers, portaient des bannières avec cette inscription : « Dieu bénisse le uoi Guillaume ! » Dans tous les chefs-lieux de comté, une longue cavalcade des principaux gentilshommes venus de plusieurs milles à la ronde, escorta le maire à la croix du marché. Un seul jour de fête
' l/Hermitage, 21 septembre (|er octobre). 2(1?) novembre 1607 ; C i zette de l'aris, 2 (12) novembre 1697; The Postbny [Le Postillon] -2 novembre, A celte date parut une pasquinade inlUulée : Satire mr /■• roi de France, composée après la conclusion de la paix de Ryswirk, nouée lt>97, par un ministre non-juieur, et qu'un disait eue tombée (le sa pO"iie au café de Sam. Je citerai seulement quelques-uns des vers les plus décents :
Quels mensonges grossiers, quelles sott.-s paroles
Nous ont mystifiés, badauds a tètes tulles '
Qui jamais auroii cru que Louis, le Grand Roi,
Deviendrait Guillaumite... il 1 <'>i pourtant, ma f.i'
Des JacobUes purs, champion redoul
H s'est, en vieillissant, fait plus Whig que le Jiabie.
ii les princes déchus, généreux défenseur,
Tu me rais bien jurer, moi, fameux Nu» Jurcur!
Mais, s ma place lob perdrait sa patience,
El maudirait BoufiWs avec le roi de i
Comptant sur ton bonneoi . j avais déjà 1 1
D'un probeiulier auglais l'honnête revenu. .
Unit cents livres sterling en espèce li g
Me voila ruiné par celle p ■>- fal a,-