‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 26 sur 246 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

élevaient les droits d'importation et qui frappaient d'un impôt les dividendes des compagnies par actions.

Malgré toutes ces mesures, l'évaluation du revenu n'égalait pas encore celle des dépenses. L'année 1692 avait légué un déficit considérable à l'année 1693; et les charges de cette dernière paraissaient devoir excéder d'environ 500,000 livres celles de 1692. On avait volé plus de deux millions pour l'armée et l'artillerie, près de deux millions pour la marine *. Huit ans auparavant, 1,400,000 livres couvraient toutes les dépenses annuelles du Gouvernement. Maintenant, il fallait plus de quatre fois cette somme. Les impôts, directs et indirects, avaient été portés à un taux jusqu'alors inconnu, et cependant le revenu de l'Etat était encore d'environ un million au-dessous des dépenses. Il fallait imaginer quelque chose, et l'on imagina ce quelque chose, dont les effets se font sentir encore aujourd'hui dans toutes les parties du globe.

Il n'y avait, à vrai dire, rien d'étranger ou de mystérieux dans l'expédient auquel le Gouvernement eut recours. C'était un expédient familier, depuis deux siècles, aux financiers du continent et qui devait se présenter à l'esprit de tout homme d'Etat anglais qui comparait le vide de l'Echiquier avec l'abondance des capitaux.

Origine de la dette nationale.

Dans l'intervalle de la Restauration à la Révolution , la richesse publique s'était rapidement accrue. Des milliers de commerçants et de gens d'affaires trouvaient , en réglant leurs comptes de fin d'année, qu'après avoir payé tous leurs frais de maison avec leurs bénéfices courants, il leur restait un excédant; et l'emploi h faire de cet excédant était une question qui présentait alors une certaine difficulté. De nos jours, il suffit de quelques minutes pour placer cet excédant, à un peu plus de trois pour cent et sur les meilleures garanties qui aient jamais été connues. Mais au dix-septième siècle,

mêmes. Les Lords ne prétendaient pas changer le montant de la taxe qui leur incombait aux termes du Bill tel qu'il leur fut envoyé : ils demandaient seulement que l'évaluation de leurs propriétés fût faite, non par les commissaires ordinaires, mais par des commissaires spéciaux d'un rang plus élevé.

' Commons' Jour nais, 5 (15) décembre 1695.

un homme de loi, un médecin, un négociant retiré, qui avaient mis de côté quelques milliers de livres sterling et qui désiraient trouver un placement à la fois sûr et avantageux, étaient quelquefois fort embarrassés. Trois générations plus tôt, un homme qui avait amassé de l'argent dans une profession achetait ordinairement des immeubles, ou prêtait sur hypothèque. Mais le nombre d'acres du royaume était resté le même; et la valeur de ces acres, quoiqu'elle eût fort augmenté, n'avait pas augmenté à beaucoup près dans la même proportion que la quantité de capital qui cherchait un emploi. Beaucoup de gens aussi désiraient placer leur argent de manière à l'avoir toujours à leur disposition, et cherchaient quelque espèce de propriété qui pût se transférer plus facilement qu'une maison ou une pièce de terre. Un capitaliste pouvait bien prêter son argent à la grosse ou sur une garantie personnelle ; mais il courait grand risque de perdre intérêts et principal. Il y avait bien quelques compagnies par actions, dont celle des Indes-Orientales était la principale : mais la demande des actions de ces compagnies était bien supérieure à l'offre. Les réclamations en faveur d'une nouvelle compagnie des Indes-Orientales provenaient même en grande partie de personnes qui avaient eu de la peine à placer leurs économies à intérêt sur une bonne garantie. La dilliculté était telle, que l'habitude de thésauriser était commune. Nous savons que le père du poète Pope, ancien négociant de la Cité, qui s'était retiré des affaires vers l'époque de la Révolution, emporta dans sa retraite à la campagne un coffre-fort contenant près de vingt mille livres sterling, et dans lequel il prenait à mesure ce qui était nécessaire à ses besoins : il est très-probable que ce n'était pas là un exemple isolé. Aujourd'hui la quantité d'espèces qui peut être accumulée par de simples individus est si peu considérable, qu'elle ne produirait aucune augmentation sensible dans la masse de ta circulation. Mais dans les commencements du règne de Guillaume III, les autorités en matière d'économie politique étaient d'opinion qu'une grande quantité d'or et d'argent était cachée dans des tiroirs secrets et derrière des lambris.

L'effet naturel de cet état de choses fut qu'une foule de gens à projets, ingénieux et absurdes, honnêtes et fripons,

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