CHAPITRE I
quarante millions, puis sous une dette de deux cent quarante millions, puis enfin sous une dette de huit cents millions, entretenaient évidemment une double erreur. D'une part, ils exagérèrent beaucoup le poids de la charge; de l'autre, ils ne prirent pas suffisamment en considération la force qui devait supporter cette charge.
Il peut être utile d'ajouter quelques mots sur la manière dont le système des fonds publics a affecté les intérêts de la grande communauté des nations. S'il est vrai que tout ce qui donne à l'intelligence un avantage sur la force brute et à la probité un avantage sur la déloyauté, tend cà promouvoir le bonheur et la vertu de la race humaine, on ne peut guère nier que ce système, considéré au point de vue le plus large, n'ait été salutaire. Il est manifeste, en effet, que tout crédit dépend de deux choses : — de la capacité qu'a le débiteur de payer ses dettes, et de la volonté qu'il a de les payer. Or, la capacité d'une société de payer ses dettes est proportionnée aux progrès qu'a faits cette société dans l'industrie, dans le commerce, dans tous les arts et les sciences qui fleurissent sous l'influence bienfaisante de la liberté et de l'égalité devant la loi. La volonté d'une société de payer ses dettes est proportionnée au degré de respect que professe cette société pour les obligations contractées sous la garantie de la foi publique. De la force qui consiste dans l'étendue du territoire ou dans le nombre des combattants, un grossier despote qui ne connaît d'autre loi que son caprice ou ses passions, ou une Convention de socialistes qui proclame que la propriété c'est le vol, peuvent avoir plus qu'il n'en échoit en partage au gouvernement le meilleur et le plus sage. Mais quant à la force qui résulte de la confiance des capitalistes, jamais ce Despote ou cette Convention ne la posséderont. Cette force, — et c'est une force qui a décidé l'issue de plus d'une grande lutte, — se retire (par la loi de sa nature) de la barbarie et et de la fraude, de la tyrannie et de l'anarchie, pour suivre la civilisation et la justice, la liberté et l'ordre.
Réforme parlementaire.
Tandis que le bill qui créait pour la première fois la dette fondée d'Angleterre parcourait, avec l'approbation générale, ses phases régulières, les deux Chambres abordaient, pour
la première fois aussi, la grande question de la réforme parlementaire.
Il est à remarquer que le but des réformateurs de cette génération était simplement de rendre le corps représentatif un interprète plus fidèle des vœux du corps constituant. C'est à peine si quelqu'un d'eux parait avoir songé que le corps constituant lui-même pouvait être interprète infidèle des vœux de la nation. Il est vrai que ces difformités dans la structure du corps constituant qui ont fini, de nos jours, par soulever une tempête irrésistible d'indignation publique, étaient beaucoup moins nombreuses et moins choquantes au dix-septième siècle qu'elles ne l'étaient devenues au dix-neuvième. La plupart des bourgs qui perdirent leur franchise en 1832 étaient, sinon positivement, au moins relativement, des places beaucoup plus importantes sous le règne de Guillaume III que sous le règne de Guillaume IV. Des cités manufacturières, des ports de mer et autres villes populeuses et opulentes, auxquelles la franchise fut conférée sous le règne de Guillaume IV, quelques-unes étaient, du temps de Guillaume III, de petits hameaux, des agglomérations de chaumières habitées par des laboureurs ou des pêcheurs; d'autres étaient des champs couverts de moissons, ou des landes marécageuses abandonnées aux gelinotes et aux coqs de bruyère. A l'exception de Leeds et de Manchester, il n'y avait pas, à l'époque de la Révolution, une seule ville de cinq mille habitants qui n'envoyât deux représentants à la Chambre des Communes. Cependant il ne manquait pas, même alors, d'étranges anomalies. Looe, est et ouest, qui ne contenait pas la moitié de la population et ne représentait pas la moitié de la richesse de la plus petite des cent paroisses de Londres, nommait autant de membres que cette capitale '. Old-Sarum, ruine déserte, où le voyageur craignait de pénétrer la nuit, de peur d'y trouver des voleurs en embuscade, avait autant de poids dans la législature que les comtés de Devon et d'York a. Quelques individus éminents des deux partis, Clarendon, par exemple, parmi les Tories, et Pollexfen parmi les Wfiigs, condamnaient ce système. Cependant, par des motifs très-différente,
* Wesley fut frappé do cetleanomulie, en 17 ij. Voir son Journal. 1 Pepys, 10 juin 10GS.