‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 33 sur 246 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

les deux partis étaient peu disposés à le changer. Il était protégé par les préjugés d'une faction et par les intérêts de l'autre. Rien ne pouvait plus répugner à l'esprit du Torysme que l'idée de détruire d'un seul coup des institutions qui existaient depuis des siècles, pour reconstruire avec leurs débris quelque chose de plus symétrique. Les Whigs, d'un autre côté, ne pouvaient ignorer qu'ils avaient, selon toute probabilité, plus à perdre qu'à gagner à un changement dans cette partie de notre organisation politique. Ce serait, en effet, une grave erreur de croire qu'une loi transférant le pouvoir politique des petits collèges aux grands aurait eu les mêmes conséquences en 1692 qu'en 1832. En 1832, cette translation eut pour effet d'accroître le pouvoir de la population des villes; en 1G92, elle aurait eu pour effet de donner à la population des campagnes un pouvoir irrésistible. Sur les cent quarante-deux membres qu'on enleva en 1832 aux petits bourgs, plus de la moitié furent donnés à de grandes et florissantes cités. Mais, en 1692, c'est à peine s'il y avait une grande et florissante cité qui n'eût déjà autant de membres qu'elle en pouvait raisonnablement demander. Ainsi, presque tout ce qu'on aurait enlevé aux petits bourgs aurait dû être donné aux comtés ; et il n'est pas douteux que tout ce qui aurait eu pour résultat d'élever les comtés et d'amoindrir les villes, aurait eu aussi pour résultat d'élever les Tories et d'amoindrir les Whigs. Depuis le commencement de nos troubles civils, les villes avaient été du côté de la liberté et du progrès, les gentilshommes campagnards et le clergé des campagnes du côté de l'autorité et de la prescription. Si donc un bill de réforme, qui aurait ôté la franchise électorale à de petits corps constituants et donné un plus grand nombre de membres à de grands corps constituants, fût devenu loi peu de temps après la Révolution, on ne saurait guère douter qu'une forte majorité de la Chambre des Communes se fût composée de baronnets et de squires campagnards, partisans de la Haute-Eglise, Tories prononcés et à demi Jacobites. Avec une pareille Chambre des Communes, il est à peu près certain qu'une persécution aurait été organisée contre les Dissidents; l'union avec l'Ecosse aurait été fort compromise, et la restauration des Stuarls ne serait pas devenue une chose improbable. Ainsi donc ces

parties de notre Constitution qu'à une époque plus récente les politiques de l'école libérale ont généralement considérées comme des taches, étaient, il y a cinq générations, regardées avec faveur par les hommes les plus zélés pour la liberté civile et religieuse.

Mais, tout en s'accordant pour désirer le maintien des droits électoraux existants, Whigs et Tories étaient forcés de reconnaître que les rapports entre l'électeur et le représentant n'étaient pas ce qu'ils devaient être. Avant les guerres civiles, la Chambre des Communes était investie de toute la conliance de la nation. Une Chambre des Communes, objet des défiances, du mépris, de la haine des Communes, était une chose inconnue. Ces termes mêmes auraient blessé les oreilles de sir Peter Wcntworth ou de sir Edward Coke, comme contradictoires. Mais peu à peu il se fit un changement. Le Parlement élu en 1661, pendant cet accès de joie et d'amour qui suivit le retour de la famille royale, représentait, non pas le sens calme et réfléchi, mais le caprice momentané de la nation. Beaucoup de membres étaient des hommes qui, quelques mois plus tôt ou quelques mois plus tard, n'auraient eu aucune chance d'être nommés, des gens ruinés ou de moeurs dissolues, n'ayant d'autre titre à la confiance publique que la haine qu'ils portaient aux rebelles et aux Puritains. La nation, redevenue de sang-froid, vit avec terreur à quelle assemblée elle avait, pendant son ivresse, confié le soin de ses biens, de sa liberté et de sa religion. Malheureusement ce choix, fait dans un moment d'enthousiasme frénétique, pouvait être un choix à vie. D'après la loi telle qu'elle existait alors, il dépendait uniquement du bon plaisir du roi de décider si, pendant son règne, les électeurs auraient l'occasion de réparer leur erreur. Dix-huit années se passèrent. Une nouvel!' aération avait grandi. A cet ardent enthousiasme avec lequel Charles II avait été reçu à Donvrcs succédèrent le mécontentement et la désaffection. On se plaignait de toutes paris que le royaume était mal gouverné, avili, livré en pâture à d'indignes favoris et cà des favorites plus méprisables encore; que notre marine n'avait pu lutter contre celle de la Hollande; qu'on avait trafiqué de notre indépendance contre l'or de la France; que nos consciences étaient en danger de subir encore une fois le joug de Rome. Le peuple était desenu Tête-

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