CHAPITRE I
Ronde : mais le corps qui avait seul le droit de parler au nom du peuple était toujours un corps de Cavaliers. Il est vrai que le roi trouvait quelquefois cette même Chambre des Communes difficile à gouverner. Elle contenait, dès le principe, bon nombre de vrais Anglais: d'autres y avaient été introduits à mesure que la mort y avait fait des vides; et la majorité elle-même, toute courtisanesque qu'elle était, ne pouvait étouffer dans son cœur toute sympathie pour la nation. Il se forma un parti du pays, qui devint bientôt formidable. Mais ce parti vit tous ses efforts échouer contre une corruption systématique. On soupçonnait avec raison, sans pouvoir le prouver, que certains membres de la législature recevaient directement de l'argent. Il était de notoriété publique que le patronage de la couronne était employé sur une grande échelle à influencer les votes. Un grand nombre de ceux qui donnaient l'argent public en subsides recevaient une partie de cet argent sous forme de salaires ; et c'est ainsi que s'organisa une bande de mercenaires sur qui la Cour pouvait compter avec confiance dans presque toutes les extrémités. La servilité de ce Parlement avait laissé une profonde impression dans l'esprit public. C'était l'opinion générale que l'Angleterre devait être protégée contre tout risque d'être ja mais encore représentée, pendant une longue série d'années, par des hommes qui avaient perdu tout droit à sa confiance, et qui étaient payés, comme des avocats, pour voter contre ses vœux et contre ses intérêts. Il en fut parlé dans la Convention ; et quelques membres auraient voulu que la question fût traitée tandis que le trône était encore vacant. Depuis lors, le cri de réforme n'avait fait que devenir de plus en plus importun. Le peuple, accablé d'impôts, était naturellement disposé à voir d'un œil peu favorable ceux qui vivaient du produit des impôts. La guerre, on le reconnaissait généralement, était juste et nécessaire; et il était impossible de faire la guerre sans de grandes dépenses. Mais plus les dépenses nécessaires pour la défense de la nation étaient considérables, plus il était important que l'argent ne fût pas dissipé. Les énormes profits des fonctionnaires excitaient l'envie et l'indignation. Ici, un individu était payé pour ne rien faire; là, plusieurs individus étaient payés pour faire ce qui eût été beaucoup mieux fait par un seul. Le carrosse, les livrées, la
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cravate de dentelle et les boucles de diamants de l'homme en place étaient naturellement vus d'un mauvais œil par ceux qui se levaient de bonne heure et qui se couchaient tard afin de lui procurer les moyens de vivre dans le luxe. C'était à la Chambre des Communes spécialement qu'il appartenait de réformer ces abus. Quelle réforme avait faite la Chambre actuelle des Communes? Absolument aucune. En 1G90, il est vrai, lorsqu'il s'était agi de la lixation de la liste civile, quelques discours assez vifs avaient été prononcés. En 1691, lorsqu'on avait réglé le Chapitre des voies et moyens, on avait adopté une résolution conçue dans des termes tellement absurdes qu'elle n'avait produit aucun effet. Le mal subsistait toujours, et il continuerait de subsister tant que ceux dont le devoir était d'y porter remède y trouveraient une source de profit. Comment espérer une gestion honnête et vigilante de la part d'intendants qui avaient un intérêt direct à encourager le gaspillage qu'ils étaient chargés de réprimer? La Chambre regorgeait de fonctionnaires de toute espèce, Lords de la Trésorerie, Lords de l'Amirauté, Commissaires des Douanes, Commissaires de l'Excise, Commissaires des prises, auditeurs, receveurs, payeurs, employés de la Monnaie, employés de la Maison du roi, colonels de régiments, capitaines de marine, gouverneurs de forts. Nous envoyons à Westminster, disait-on, un de nos voisins, homme d'une fortune indépendante, dans la pleine confiance que ses opinions et ses intérêts s'accordent parfaitement avec les nôtres. C'est à lui que nous nous en remettons du soin de nous débarrasser de toutes les charges, à l'exception de celles sans lesquelles le service public ne saurait marcher et que nous supportons en conséquence avec patience et résignation, quelque lourdes qu'elles soient. Mais avant qu'il ait figuré pendant une session au Parlement, nous apprenons qu'il est clerc île la Cour de la maison du roi ou yeoman de la Garde-robe, avec de bons appointements. Nous apprenons même quelquefois qu'il a obtenu une de ces places de la Trésorerie, dont les émoluments s'élèvent ou s'abaissent selon le produit des impôts que nous payons. Il serait vraiment étrange que nos intérêts fussent en sûreté entre les mains d'un homme qui est payé à raison de tant pour cent sur nos pertes. Le mal serait beaucoup moindre si nous avions souvent l'occasion d'exa-