CHAPITRE I
miner s'il convient de renouveler ou de révoquer les pouvoirs donnés à notre agent. Mais, avec la loi telle qu'elle existe, il n'est pas impossible qu'il conserve ces pouvoirs vingt ou trente ans. Tant qu'il vivra, et tant que le roi ou la reine vivront, il est peu vraisemblable que nous ayons à exercer encore notre franchise électorale, à moins qu'il ne s'élève une querelle entre la Cour et le Parlement. Plus un Parlement est obséquieux et servile, moins il court de risque d'offenser la Cour. Il s'ensuit que plus nos représentants sont mauvais, plus il est probable que nous en serons longtemps affligés.
Les clameurs furent bruyantes. D'odieux surnoms furent donnés au Parlement. Tantôt c'était le Parlement des fonctionnaires; tantôt c'était le Parlement permanent, et on ajoutait que c'était un plus grand fléau qu'une armée permanente même.
Deux remèdes aux maux de l'Etat étaient fortement recommandés, et partageaient la faveur publique. L'un était une loi excluant les fonctionnaires de la Chambre des Communes. L'autre était une loi limitant à trois années la durée des Parlements. En général, les réformateurs tories préféraient un bill des fonctionnaires, et les réformateurs whigs un bill triennal ; mais un assez grand nombre d'hommes zélés des deux partis voulaient qu'on essayât des deux remèdes.
Bill des fonctionnaires.
Avant Noël, un bill pour l'exclusion des fonctionnaires fut déposé sur le bureau. Ce bill a été fort vanté par des écrivains qui ne l'avaient jamais vu et qui en ont simplement deviné le contenu. Mais ceux qui prendront la peine d'étudier le parchemin original qui, noirci par la poussière de cent soixante ans, repose dans les archives de la Chambre des Lords, y trouveront peu de matière à éloge.
Quant à la manière dont un pareil bill aurait dû être rédigé, il y aura, de nos jours, peu de différence d'opinion entre les Anglais éclairés. Ils s'accorderont à penser qu'il serait trèspernicieux d'ouvrir la Chambre des Communes à tous les fonctionnaires, et non moins pernicieux de la fermer à tous les fonctionnaires. Tracer avec précision la ligne de sépara-
tion entre ceux qui devraient être admis et ceux qui devraient être exclus, serait une lâche qui demanderait beaucoup de temps, beaucoup de réflexion et une grande connaissance des détails. Mais les principes généraux qui doivent nous guider sont évidents. Il faut exclure la masse des fonctionnaires subalternes, et n'admettre qu'un petit nombre de fonctionnaires qui sont à la tête ou presqu'à la tète des grands départements de l'administration.
Les fonctionnaires subalternes doivent être exclus, parce que leur admission abaisserait le caractère du Parlement, en même temps qu'elle détruirait L'efficacité de toutes les fonctions publiques. Us sont maintenant exclus; et il en résulte que l'Etat possède un corps précieux de serviteurs qui ne changent point au milieu des formations et des dissolutions successives des cabinets, qui mettent chaque ministre au courant de ses devoirs, et qui se font un point d'honneur de donner des informations exactes, des avis sincères et tout l'appui de leur expérience à celui qui, pour le moment, se trouve être leur supérieur. C'est à l'expérience, à la capacité et à la fidélité de cette classe d'employés qu'il faut attribuer la facilité et la sûreté a\ec lesquelles la direction des affaires a passé tant de fois, à notre propre connaissance, des Tories aux YYhigs et des Whigs aux Tories. Mais cette classe n'aurait point existé s'il eut été permis à tout individu recevant un salaire de la couronne de siéger dans la Chambre des Communes. Ces places de commissaires, de sous-secrétaires, de premiers commis, maintenant occupées à vie par des personnes qui sont en dehors <\cs lattes de partis, auraient été données à des membres du Parlement qui étaient utiles au gouvernement comme orateurs faciles ou comme votants sûrs. A chaque changement de ministère, celte foule de partisans aurait é!é destituée de ses fonctions et remplacée par uuc autre bande de membres du Parlement, lesquels, à leur tour, auraient probablement été destitués, avant d'avoir eu le temps de se mettre au courant de leur service. Servilité et corruption dans la législature, ignorance et incapacité dans toutes les branches de l'administration executive, telles auraient été les conséquences inévitables d'un pareil sys«
Plus nuisibles encore, s'il est possible, seraient les eû'ets