CHAPITRE I
d'un système dans lequel tous les fonctionnaires, sans exception, seraient exclus de la Chambre des Communes. Aristote nous a laissé, dans le Traité sur le gouvernement, qui est peut-être le plus judicieux elle plus instructif de ses écrits, un avertissement contre une classe de lois artificieusement rédigées dans le but de tromper le vulgaire, — lois démocratiques en apparence, mais oligarchiques en réalité ». S'il avait eu l'occasion d'étudier l'histoire de la Constitution d'Angleterre, il aurait pu facilement augmenter la liste qu'il a donnée de ces lois. Que des hommes qui sont au service de la Couronne et payés par elle ne devraient pas siéger dans une assemblée ayant pour mission spéciale de défendre les droits et les intérêts de la communauté contre toute agression de la part de la Couronne, — c'est là une doctrine plausible et populaire. Cependant il est certain que siles hommes qui professaient cette doctrine il y a cinq générations avaient pu modifier la Constitution selon leurs désirs, l'effet eût été d'abaisser cette branche de la législature qui procède du peuple et qui est responsable envers le peuple, pour donner l'ascendant aux éléments monarchique et aristocratique de notre système. Le gouvernement eût été entièrement entre les mains des patriciens. La Chambre des Lords, attirant sans cesse à elle les premiers talents du royaume, serait devenue le plus auguste des sénats, tandis que la Chambre des Communes serait tombée presqu'au rang d'une assemblée de paroisse. De temps à autre sans doute, quelques hommes d'un génie supérieur et d'un caractère ambitieux auraient fait leur apparition parmi les représentants des comtés et des bourgs. Mais chacun de ces hommes n'aurait considéré la Chambre élective que comme un marchepied pour arriver à la Chambre héréditaire. Le premier objet de son ambition aurait été cette couronne de pair sans laquelle il ne pouvait être puissant dans l'Etat. A peine aurait-il prouvé qu'il pouvait être pour le gouvernement un ennemi formidable et un ami précieux, qu'il se serait empressé de quitter ce qui aurait alors été la Chambre-Basse dans toutes les acceptions du mot pour ce qui aurait été également, dans toutes les acceptions du mot, la Chambre-Haute. La lutte entre Walpole et
• Voir la l'olitique, IV, 13.
Pulteney, la lulte entre Pilt et Fox, auraient été transportées de la partie populaire à la partie aristocratique de la législature. Dans toutes les grandes questions, étrangères, domestiques ou coloniales, les débats de la noblesse auraient été attendus avec impatience et dévorés avec avidité. Le rapport des délibérations d'une assemblée où personne n'eût été autorisé à prendre la parole au nom du gouvernement, où personne n'eût jamais rempli de hautes fonctions politiques, aurait été jeté de côté avec mépris. Le contrôle même des finances de la nation aurait dû passer, sinon peut-être dans la forme, au moins en substance, à celle des deux Chambres où se seraient trouvés tous les hommes capables d'exposer un budget et d'en saisir les détails. Le pays aurait été gouverné par des pairs, et la principale occupation des Communes aurait consisté à se quereller sur des bills ayant pour objet des clôtures de landes ou des éclairages de villes.
Ces considérations furent complètement méconnues en 1692. Personne ne songea à tirer une ligne de démarcation entre le petit nombre de fonctionnaires auxquels il devait être permis de siéger dans la Chambre des Communes, et la masse des fonctionnaires qui devaient en être exclus. La seule ligne de démarcation que les représentants du peuple s'appliquèrent à tracer, fut entre eux et leurs successeurs. Ils défendirent leurs propres intérêts avec un soin dont on s'étonne qu'ils n'aient pas eu honte. Chacun d'eux était autorisé à garder les places qu'il avait et à en accepter autant qu'il pourrait en obtenir avant la prochaine dissolution du Parlement, événement qui pouvait se faire encore attendre pendant bien des années. Mais un membre qui serait élu après le 1er février 1693 ne pouvait accepter aucune place quelle qu'elle fût'.
Dans la Chambre des Communes le bill parcourut rapidement toutes ses phases et sans qu'on allât une seule fois aux voix. — Dans la Chambre des Lords la lutte fut vive et opiniâtre. Plusieurs amendements furent proposés en comité; mais tous lurent repousses. La motion pour l'adoption du bill fut soutenue par Mulgrave dans un discours vif et pi-
' On Uouvcra lo Bill dans les Archives de la Chambre des Lords