CHAPITRE I
quant, qui prouve que sa réputation d'éloquence n'était point usurpée. Les Lords qui parlèrent dans le sens opposé ne se hasardèrent point, à ce qu'il paraît, à nier qu'il y eût un mal qui exigeait un remède; mais ils prétendirent que le remède proposé ne ferait qu'aggraver le mal. Les patriotiques représentants du peuple avaient, suivant eux, imaginé une réforme dont la génération suivante pourrait peut-être recueillir le bénéfice; mais ils s'étaient soigneusement réservé le privilège de vivre aux dépens de la génération actuelle. Si ce bill passait, il était clair que, tant que durerait le Parlement actuel, le nombre des fonctionnaires dans la Chambre des Communes ne serait que faiblement diminué, si même il l'était; et si ce bill passait, il était très-probable que le Parlement actuel durerait jusqu'à ce que le roi Guillaume et la reine Marie fussent tous deux décédés. Car Leurs Majestés pouvant, sous le régime de ce bill, exercer une influence beaucoup plus grande sur le Parlement actuel que sur tout Parlement futur, elles éprouveraient naturellement le désir d'ajourner le plus possible une dissolution. Les électeurs d'Angleterre se plaignaient de ce qu'ils étaient maintenant, c'està-dire en 1692, représentés d'une manière injuste. Ce n'était pas faire droit à ce grief, mais se moquer d'eux, de leur dire que leurs enfants seraient mieux représentés en 1710 ou en 17l»0. Le redressement devait être immédiat, et le seul moyen de leur procurer ce redressement immédiat était de limiter la durée du Parlement et de commencer par ce Parlement qui, dans l'opinion du pays, avait déjà exercé le pouvoir trop longtemps.
Les forces étaient si également réparties, que le moindre accident pouvait faire pencher la balance. Lorsque le Bill fut mis aux voix, quatre-vingt-deux Pairs étaient présents. Quarante-deux votèrent pour, et quarante contre. On appela alors les procurations. Il n'y avait que deux procurations pour le Bill, et sept contre; mais sur ces sept, trois furent contestées et ne furent admises qu:avec dilliculté. Il en résulta que le Bill fut rejeté à une majorité de trois voix.
Cette majorité paraît avoir été composée de Whigs modérés et de Tories modérés. Vingt membres de la minorité protestèrent, et de ce nombre étaient les membres les plus violents et les plus intolérants des deux partis, tels que War-
ringlon, qui avait failli être exécuté pour avoir conspiré contre Jacques, et Aylesbury, qui faillit depuis être exécuté pour avoir conspiré contre Guillaume. Marlborough, qui, depuis son emprisonnement, s'était jeté à corps perdu dans l'opposition au Gouvernement, signa non-seulement la protestation, mais la lit signer au prince de Danemark, qui était complètement incapable de comprendre ce dont il s'agissait '.
C'est une circonstance remarquable que ni Cacrmarlhen, le premier des ministres Tories par le pouvoir aussi bien que par les talents, ni Shrewsbury , le plus distingué des Whigs qui étaient mal avec la Cour, n'aient été présents dans celte occasion importante. Leur absence parait avoir été intentionnelle, car ils étaient tous deux dans la Chambre peu de temps avant qu'on n'allât aux voix, et peu de temps après.
Bill triennal.
Quelques jours après, Shrewsbury déposa sur la table des Lords un Bill pour limiter la durée du Parlement. Il était dit dans ce Bill que le Parlement actuel cesserait d'exister le 1er janvier 1694, et qu'à l'avenir aucun Parlement ne durerait plus de trois ans.
Il paraît y avoir eu, chez les Lords, unanimité presque complète à ce sujet. Ce fut en vain que Guillaume s'efforça d'engager ceux des Pairs en qui il avait le plus de confiance à soutenir sa prérogative. Quelques-uns d'eux regardaient le changement proposé comme salutaire; d'autres espéraient apaiser l'opinion par une concession libérale; d'autres enfin avaient, en combattant !e Bill des fonctionnaires, tenu un langage qui ne leur permettait pas, sans une grossière inconséquence, de combattre le Bill triennal. La Chambre entière aussi gardait rancune à la Chambre îles Communes, et prenait plaisir à la placer dans une situation désagréable. Burnet, Pembroke, Caermarthen lui-même, qui n'était guère dans l'habitude de prendre parti pour le peuple contre le trône, appuyèrent Salisbury. « Mylord, » dit le roi à Caermarthen avec un amer déplaisir, « vous vivre/ pour vous repentir du parti que vous prenez dans cette affaire*. » Il ne
' lords' humait, 3 janvier 1692-3.
' Introduction aux Coptes et Extraits de quelques lettres écrites au el par lecomte de Du&by, aujourd'hui duc de Leeds, publiées par ordre de Sa Grâce, i/io.