‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 38 sur 246 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

fut pas tenu compte de cet avis, et le Bill, adopté rapidement et presque sans opposition par les Lords, fut porté avec une grande solennité par deux juges à la Chambre des Communes.

Nous n'avons que des comptes-rendus fort incomplets de ce qui se passa à la Chambre des Communes; mais de ces comptes-rendus, tels qu'ils sont, il résulte clairement que les Whigs, comme corps, soutinrent le Bill, et que l'opposition vint principalement des Tories. Le vieux Titus, qui avait été un personnage politique du temps de la République, régala la Chambre d'un discours dans le style qui eût été de mode à cette époque. Les Parlements, dit-il, ressemblaient à la manne que Dieu envoya à son peuple. Ils étaient excellents lorsqu'ils étaient Irais : mais si on les gardait trop longtemps, ils se gâtaient; et des vers étaient engendrés par la corruption de ce qui avait été plus doux que le miel. Littleton et d'autres meneurs des Whigs parlèrent dans le même sens. Seymour, Finch et Tredenham, tous violents Tories, parlèrent avec véhémence contre le Bill; et sir John Lowther lui-même se sépara sur ce point de son ami et patron Cacrmarthen. Plusieurs orateurs tories firent appel à un sentiment qui avait une certaine influence sur la Chambre, et qui, depuis la Révolution, avait empêché bien des lois de passer. Tout ce qui vient des Pairs, dirent-ils, doit être suspect; et tel est le caractère du Bill actuel, qu'alors même qu'il serait bon en lui-même, il devrait être immédiatement repoussé, par cela seul qu'il vient d'eux. S'il plaisait à Leurs Seigneuries de nous envoyer le plus judicieux de tous les Bills de finances, ne le rejetterions-nous pas avec indignation ? Et pourtant ce serait à peine un affront plus grossier que de nous envoyer un Bill comme celui-ci. Ils ont pris une initiative qui, d'après toutes les règles de la courtoisie parlementaire, aurait dû nous être laissée. Ils se sont posés comme nos juges, nous ont déclarés coupables, nous ont condamnés à une dissolution, et ont fixé le lcrjanvierpour l'exécution de la sentence. Nous soumettrons-nous tranquillement à une sentence aussi humiliante, à une sentence rendue par de-; hommes qui ne se sont pas conduits de manière à avoir acquis le droit de censurer les autres? Ont-ils jamais fait le sacrifice de leur propre intérêt, de leur propre dignité, au bien gênerait

D'excellents Bills n'ont-ils pas été rejetés, parce que nous n'avons pas voulu consentir à y introduire des clauses qui avaient pour objet de conférer de nouveaux privilèges à la noblesse? Et aujourd'hui que Leurs Seigneuries veulent se rendre populaires, proposent-elles d'acheter cette popularité en abandonnant le moindre de leurs privilèges oppressifs? Non : elles offrent à leur pays ce qui ne leur coûtera rien, mais ce qui nous coûtera cher, ainsi qu'à la couronne. Dans ces circonstances, il est de notre devoir de repousser l'insulte qu'on a voulu nous faire, et, en agissant ainsi, de maintenir la légitime prérogative du roi.

De semblables questions étaient sans doute bien propres à enflammer les passions de la Chambre des Communes. La perspective d'une dissolution prochaine ne pouvait être fort agréable à un membre qui avait lieu de craindre que sa réélection ne fût contestée. Il lui faudrait subir tous les ennuis d'une sollicitation de suffrages, prodiguer les poignées de main à des multitudes d'électeurs, leur demander des nouvelles de leurs femmes et de leurs enfants, louer des voitures pour le transport des votants de la campagne, tenir des cabarets ouverts, faire préparer des montagnes de bœuf et couler des rivières de bière, pour, — après toutes ces peines et tous ces frais, après avoir été vilipendé dans des libelles diffamatoires, après avoir été bousculé, assailli de projectiles, — se trouver peut-être au bas de la liste, voir ses antagonistes portés en triomphe, et tomber à moitié ruiné dans l'obscurité. Telles étaient les misères auxquelles on l'invitait à s'exposer; et de qui venait cette invitation? D'hommes qui étaient euxmêmes en possession de sièges permanents dans la législation, qui n'abandonnaient ni dignité, ni repos, ni pouvoir, ni argent, mais qui se donnaient les honneurs du patriotisme en le forçant à abdiquer une position élevée, à subir des fatigues et des anxiétés cruelles, à hypothéquer ses champs et à abattre ses bois. Il y eut naturellement beaucoup d'irritation, plus peut-être que n'en indiquent les votes; car les corps constituants étaient eu général très-satisfaits du Bill; et beaucoup de membres qui ne l'aimaient pas craignaient de s'y opposer. La Chambre céda à la pression de l'opinion publique, mais non sans angoisse et sans lutte. Les discussions en comité paraissent avoir été assez aigres. Des paroles tel-

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