CHAPITRE
lement vives furent échangées entre Seymour et un des membres whigs, qu'il fallut, pour rétablir l'ordre, que le Président prît le fauteuil, et que la masse fût posée sur la table. Un amendement fut introduit. Le délai que les Lords avaient accordé au Parlement existant fut prorogé du 1er janvier à la fête de l'Annonciation, afin de laisser le temps nécessaire pour une autre session. La troisième lecture fut votée par 200 voix contre 161. Les Lords acceptèrent le Bill ainsi amendé, et il n'y manquait plus que la sanction royale. Cette sanction serait-elle donnée ou refusée? Telle fut la question qui resta en suspens jusqu'au dernier jour de la session '.
Nous devons signaler une étrange inconséquence dans la conduite des réformateurs de cette génération. Aucun de ces réformateurs si zélés pour le bill triennal ne paraît avoir songé que chaque argument qu'on fait valoir en faveur de ce bill était un argument contre les règlements jadis établis dans le but de tenir strictement secrètes les délibérations et les divisions parlementaires. Il est tout naturel qu'un gouvernement qui refuse des privilèges politiques à une nation lui refuse aussi des informations politiques. Mais rien ne saurait être plus irrationnel que de donner du pouvoir et de ne pas donner en même temps la connaissance sans laquelle il est fort à craindre qu'on n'abuse de ce pouvoir? Quoi de plus absurde que de réunir fréquemment les corps constituants afin qu'ils pussent décider si leur représentant avait fait son devoir, et de ne pas leur donner en même temps le moyen d'apprendre, par des autorités dignes de foi, ce qu'il avait dit et comment il avait voté? Mais celte contradiction ne paraît pas avoir été relevée. Il est très-probable que, sur les deiiÀ cents membres de la Chambre des Communes qui votèrent la troisième lecture du bill triennal, il n'y en avait pas un qui eût hésité à envoyer à Newgate tout individu qui eût osé publier un rapport des débats auxquels ce bill avait donné lieu, ou une liste des votants pour et contre. Le fait est que le secret des discussions parlementaires, secret qui serait aujourd'hui considéré comme un grief plus intolérable que la « Taxe de mer» ou la « Chambre étoilée, »
' Commons' Journal*; Grey, Debates. Le Bill lui-même se trouve clans les Archives de la Chambre clés Lords.
Ili. s
était alors inséparablement associé, même chez les esprits les plus honnêtes et les plus intelligents, avec la liberté constitutionnelle. Quelques vieillards encore vivants pouvaient sa rappeler le temps où un membre connu à AVhilehall pour avoir laissé échapper une parole sévère contre un favori de cour aurait été mandé devant le Conseil Privé et envoyé à la Tour. Ces temps étaient passés, pour ne plus revenir. Il n'y avait plus à craindre que le roi opprimât les membres de la législature, et il était fort à craindre que les membres de la législature n'opprimassent le peuple. Cependant les mots « privilège du Parlement,-» ces mots que les sévères sénateurs de la génération précédente avaient murmuré lorsqu'un tyran remplissait leur Chambre de ses gardes, ces mots que cent mille habitants de Londres avaient fait retentir à ses oreilles la dernière fois qu'il s'était hasardé dans l'enceinte de leur cité, ces mots, disons-nous, conservaient encore une influence magique sur tous ceux qui aimaient la liberté. Les hommes les plus éclairés eux-mêmes ne comprirent que beaucoup plus tard que les précautions prises, dans le principe, dans le but de protéger les patriotes contre le déplaisir de la cour, ne servaient plus qu'à protéger des sycophantes contre le déplaisir de la nation.
Premières discussions parlementaires sur la liberté de la presse.
Il est à remarquer aussi que peu de ceux qui montraient, à cette époque, le plus grand désir d'augmenter le pouvoir politique du peuple, étaient préparés à émanciper la presse du contrôle du gouvernement. La loi sur la censure, votée, ainsi qu'il va sans dire, en 1685, expirait en 1693, et fut renouvelée, non toutefois sans une opposition qui, bien que faible lorsqu'on la compare avec la grandeur de l'objet en question, prouva que l'esprit publie commençait à entrevoir confusément quels intimes rapports existent entre la liberté civile et la liberté de conscience d'une part, et la liberté de discussion de l'autre.
Aucun écrivain n'a cru devoir jusqu'à présent faire une étude sérieuse de la loi sur la censure. Cependant les événements qui amenèrent l'établissement de la liberté de la presse en Angleterre et dans tous les pays peuplés par la race anglaise, peuvent être à bon droit considérés comme