‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 4 sur 246 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

avait été importuné pour de l'argent ; « il est impossible que les Etats-Généraux et l'Angleterre puissent supporter la charge de l'armée sur le Rhin, de l'armée en Piémont et de toute la défense de la Flandre, sans parler des frais immenses de la guerre maritime. Si nos alliés ne peuvent rien faire pour eux, plus tôt l'alliance sera dissoute, mieux cela vaudra '. » Mais après un nouvel accès de ce découragement et de cette mauvaise humeur, il reprenait toute sa force d'esprit et imposait un frein à ses sentiments personnels. Quelque faibles, quelque sordides, quelque égoïstes, quelque peu dignes de confiance que fussent la plupart des confédérés, c'était avec leur aide seulement qu'il pouvait accomplir ce qu'il avait, depuis sa jeunesse, considéré comme sa mission. S'ils l'abandonnaient, la France dominerait sans rivale en Europe. Sans doute ils méritaient une leçon sévère; mais ils ne voulaient pas, pour la leur donner, se résigner à voir le monde civilisé tout entier passer sous le joug. Il s'-appliqua donc à surmonter certaines difficultés et à éluder les autres. Il se concilia les puissances Scandinaves en se désistant à regret, il est vrai, et non sans une vive lutte intérieure, de quelquesuns de ses droits maritimes 2. A Rome, son influence, quoique exercée d'une manière indirecte, balançait celle du pape lui-même. Louis XIV et Jacques trouvaient qu'ils n'avaient pas un ami au Vatican, si ce n'est Innocent; et Innocent, d'un caractère doux et irrésolu, n'osait prendre un parti directement contraire aux sentiments de tous ceux qui l'entouraient. Dans ses conversations particulières avec les agents jacobites, il se déclarait dévoué aux intérêts de la maison de Stuart; mais, dans ses actes publics, il observait une stricte neutralité. Il envoyait vingt mille écus à Saint- Germain ; mais il s'excusait auprès des ennemis de la France en protestant que ce n'était point un subside politique. Non, c'était une simple aumône destinée à être distribuée entre les pauvres catholiques anglais. Il permettait qu'on lût dans le collège anglais, à Rome, des pièces pour la bonne cause; mais il insistait pour que ces pièces fussent rédigées en termes généraux, et pour qu'aucun nom propre n'y fût men-

1 Guillaume à Heinsius. 19 (?9) janvier 1692.

' il eu est sans cesse question dans ses lettres à Heinsius.

tionné. « Dieu sait, » s'écria-t-il dans une certaine occasion, « que je verserais volontiers mon sang pour le rétablissement du roi d'Angleterre. Mais que puis-je faire? si je bouge, on me dit que je favorise les Français et que je les aide à établir une monarchie universelle. Je ne suis pas comme les anciens papes. Les rois ne veulent pas m'écouter comme ils écoutaient mes prédécesseurs. Il n'y a plus de religion maintenant : il n'y a qu'une politique mondaine. Le prince d'Orange est le maître.

11 nous gouverne tous. Il a une telle influence sur l'empereur et sur le roi d'Espagne, qu'ils n'osent ni l'un ni l'autre lui déplaire. Que Dieu nous vienne en aide! lui seul le peut. » Et en parlant ainsi, le vieillard frappait la table avec sa main, dans l'angoisse de sa douleur impuissante et de son indignation '.

S'assurer des princes allemands n'était pas une tâche facile; mais elle fut accomplie. On leur distribua de l'argent, beaucoup moins à la vérité qu'ils ne demandaient, mais beaucoup plus qu'ils n'avaient un prétexte décent pour demander. Avec l'électeur de Saxe, on transigea. Il avait, avec un grand appétit de subsides, un grand désir d'être affilié aux ordres de chevalerie les plus choisis et les plus illustres. Il paraît qu'au lieu des 400,000 rixdalers qu'il avait demandés, il consentit à en recevoir 100,000 et la Jarretière2. On gagna, au moyen d'une pension, son premier ministre Schœning, le plus avare et le plus faux des hommes3. Quant au duc de Brunswick-Lunebourg, Guillaume obtint pour lui, non sans difficulté, le titre tant désiré d'Électeur de Hanovre. C'est à l'aide de semblables moyens que les brèches

' Voir les Lettres de Rome dans les Nairne Papers. Celles de 1692 sont doLytcott; celles de 1693, du cardinal Howard; celles de 1664, de l'évèque Ellis; celles de 1695, de lord Perlh. Elles s'accordent toutes sur ce point.

■ Correspondance de Guillaume avec Heinsius; London Gazette, 4 février 1691. Dans une pasquinade publiée en 1693, et intitulée : La Foire (VAusbourg, bal-Ut allégorique, on fait dire à l'Electeur de Saxe:

• Moy, je diray naïvement Qu"une jarlière d'Angleterre.

Fitmii i,.ni mon emprttMmenti Et Je do vois rien sur la t.-rre Ou {• trouva plat d'agrément. •

* Correspondance de Guillaume ave Heinsius. On trouvera dans les Mémoires du comte Douna de curieux détails sur Schœning.

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