‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 5 sur 246 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

qui compromettaient la sûreté de la Confédération furent réparées si habilement, qu'elle parut encore présenter à l'ennemi un front de défense solide.

Nouveaux arrangements pour le gouvernement des Pays-Bas espagnols.

Guillaume s'était plaint amèrement au gouvernement espagnol de l'inertie et de l'incapacité de Gastanaga. Le gouvernement espagnol, tout faible et endormi qu'il était, ne pouvait demeurer tout à fait insensible aux dangers qui menaçaient la Flandre et le Brabant. Gastanaga fut rappelé, et Guillaume fut invité à se charger du gouvernement des Pays- Bas, avec des pouvoirs égaux à ceux d'un roi. Philippe II aurait eu de la peine à croire que, moins d'un siècle après sa mort, son arrière-petit-fils supplierait l'arrière-petit-fils de Guillaume le Taciturne d'exercer à Bruxelles l'autorité d'un souverain '.

L'offre était, sous un rapport, séduisante; mais Guillaume était trop sage pour l'accepter. Il savait que la population des Pays-Bas espagnols était fermement attachée à l'Église de Rome. Chaque acte d'un chef protestant serait infailliblement suspect au clergé et au peuple de ces contrées. Déjà Gastanaga, humilié par sa disgrâce, avait écrit pour informer la cour de Rome qu'on avait en vue des changements qui auraient pour effet de rendre Gand et Anvers aussi hérétiques qu'Amsterdam et Londres2. Guillaume avait sans doute aussi pensé que si, en gouvernant avec douceur et justice, et en montrant un respect décent pour les cérémonies et les ministres de la religion catholique romaine, il parvenait à gagner la confiance des Belges, il soulèverait inévitablement dans notre île une tempête de reproches. Il savait par expérience combien il était difficile de gouverner deux nations fortement attachées à deux Églises différentes. Un parti nombreux parmi les Épiscopaux d'Angleterre ne pouvait lui pardonner d'avoir consenti à l'établissement du régime presbytérien en Ecosse. Un parti nombreux parmi les Presbytériens d'Ecosse le blâmait de maintenir le régime épiscopal en Angleterre. S'il allait maintenant prendre sous sa protection

1 liurnet, II, 84.

' Narcissus Luttrell, Diary.

des messes, des processions, des images, des monastères, des couvents, et, ce qui était pire que tout le reste, des chaires occupées par des Jésuites, des confessionnaux de Jésuites et des collèges de Jésuites, à quoi devait-il s'attendre, sinon à voir l'Angleterre et l'Ecosse s'unir dans un même cri de réprobation? Il refusa donc d'accepter le gouvernement des Pays-Bas, et proposa de le confier à l'Electeur de Bavière. L'Electeur de Bavière était, après l'empereur, le plus puissant des princes catholiques romains de l'Allemagne. Il était jeune, brave, ambitieux de se distinguer dans la guerre. La cour d'Espagne était disposée à le nommer, et il désirait être nommé; mais une absurde difficulté fit perdre beaucoup de temps. L'Electeur pensait qu'il était au-dessous de lui de demander ce qu'il désirait avoir. Les formalistes du cabinet de Madrid pensaient qu'il était au-dessous de la dignité du roi catholique de donner ce qu'on ne lui avait pas demandé. Une médiation était nécessaire, et finit par réussir. Mais on avait perdu beaucoup de temps, et le printemps était bien avancé avant que le nouveau gouverneur des Pays-Bas entrât en fonctions '.

Louis entre en campagne.

Guillaume avait sauvé la coalition du danger de périr par la désunion. Mais il employa vainement les remontrances, les supplications, l'argent même, pour obtenir de ses alliés qu'ils entrassent de bonne heure en campagne. Ils auraient dû profiter de la leçon sévère qu'ils avaient reçue l'année précédente. Eh bien! cette fois encore, chacun d'eux fut en retard, et chacun s'étonna de ce que les autres étaient en retard ; cette fois encore, celui qui disposait seul de toutes les forces de la France se trouva, comme l'annonçait depuis longtemps son orgueilleuse devise 2, en état de tenir tête à une multitude d'adversaires. Ses ennemis, qui n'avaient pas encore achevé leurs préparatifs, apprirent avec effroi qu'il était entré en

' Moiithly Mercury de janvier et d'avril 1693; Burnel,Il, 84. On douve dans le Manuscrit llui. de Burnet (6584) un chaleureux éloge de l I leur de Bavière A l'époque où ce manuscrit fut écrit, oe prince était allié avec l'Angleterre contre la France. Dans {'Histoire qui tut préparée pour l'impression à une époque où il était allié ave la France contre l'Ànglctei re, <*et éloge est suppi imé.

* < Neo pluribus impar. »

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