CHAPITRE I
générale ne fit que donner plus de force. Ses anciens amis, les fermes partisans du droit héréditaire imprescriptible, se montrèrent froids et réservés. Il demanda la bénédiction de Sancroft, et n'obtint qu'un mot piquant, accompagné d'un coup d'œil peu encourageant. Il demanda la bénédiction de Ken; et Ken, qui cependant n'était guère dans l'habitude de manquer aux règles de la courtoisie et de la charité chrétienne, le traita indirectement de petit écrivassier. Ainsi repoussé par une fraction, Bohun ne fut reçu par aucune autre. Il faisait, à vrai dire, classe à part; car il était à la fois zélé Filmerite et zélé Guillaumisie. Il soutenait que la monarchie pure, qui n'était limitée par aucune loi ni contrat, était la seule forme de gouvernement qui fût d'institution divine. Mais il soutenait en même temps que Guillaume était maintenant le monarque absolu, pouvant annuler la grande charte, abolir le jugement par jury, imposer des taxes par proclamation royale, sans encourir la déchéance de son droit d'être obéi par des Chrétiens. Du reste, Bohun était un homme de quelque savoir, d'une intelligence médiocre et de manières impopulaires. Il ne fut pas plutôt entré dans l'exercice de ses fonctions, que tout Pater-Noster Row et la Petite Bretagne ' furent en fermentation. Les Whigs avaient joui, sous l'administration de Fraser, d'une liberté presque aussi complète que s'il n'y avait pas eu de censure. Mais ils se virent bientôt aussi rudement traités que du temps de Leslrange. On allait publier une Histoire des Assises sanglantes, pour laquelleon espérait une vogue égale à celle du « Voyage du Pèlerin » (Pilgrim's Proyress). Mais le nouveau censeur refusa son Imprimatur. Cet ouvrage, dit-il, représentait des rebelles et des schismatiques comme des héros et des martyrs, et il ne l'approuverait pas pour le poids du livre en or. Une allocution de lord Warrington au grand jury du comté de Chesler ne put être imprimée, parce que Sa Seigneurie avait parlé avec mépris du droit divin et de l'obéissance passive. Julian Johnson trouva que, pour promulguer ses idées sur le gouvernement, il fallait encore avoir recours, comme dans les mauvais temps du roi Jacques, à une presse secrète2. De pareilles entraves, après plusieurs années d'une liberté illi-
1 Le quartier des libraires. (A'. T.) * Ckaracter of Edmund Bohun, 1695.
mitée, produisirent naturellement une violente exaspération. Quelques Whigs commencèrent à penser que la censure ellemême était un mal; tous les Whigs s'accordèrent à déclarer le nouveau censeur impropre à remplir ses fonctions et se montrèrent disposés à prendre part à toute mesure qui aurait pour objet de se débarrasser de lui.
Nous possédons les relations, écrites parBohun lui-même et par d'autres, des circonstances qui aboutirent à son renvoi et qui donnèrent lieu à la première lutte parlementaire pour la liberté de la presse et la suppression de la censure : mais nous avons de fortes raisons pour croire que la vérité tout entière ne se trouve dans aucun de ces écrits. Il n'est peutêtre pas impossible, même à la distance où nous sommes des événements, de rapprocher des fragments épars de témoignages, de manière à en tirer un récit authentique qui aurait étonné le malheureux censeur lui-même.
Il y avait alors à Londres un homme de bonne famille, de quelque lecture et de quelque faible talent littéraire, nommé Charles Blount l. En politique, il appartenait à l'extrême section du parti whig. A l'époque du Bill d'Exclusion, il avait été un des agents de Shallesbury; il avait, sous le pseudonyme de Junius Brutus, exalté les vertus et les services publics de Titus Oates, et exhorté les protestants à tirer une vengeance signalée des papistes en raison de l'incendie de Londres et de l'assassinat d'Edmondbury2. Quant aux questions théologiques qui se débattaient entre prolestants et papistes, Blouut était parfaitement impartial. Il ne croyait à rien, et était à la tète d'une petite école d'impiété lourmeotée d'un désir morbide d'opérer des conversions. Il traduisit, sur la traduction latine, une partie de la vie d'Apollonius de Tyane, et y ajouta des notes dont le caractère profane et léger provoqua le blâme sévère d'un infidèle d'un ordre bien dînèrent, l'illustre Bayle8. Blount attaqua aussi le christia-
1 Dryden, dans ?-.i I m <<V Lucien, parle avec trop Blount. Mais le jugement de Dryden n'était pas impartial; carie premier ouvrage de Blounl avait Ole uue brochure apologétique en faveur do la a oonquôte de Grenade. »
3 Voir son Appealfrom the counlry to ihe city, pour la conservai la personne de S i '1'' 1 1 proj
inte.
' Voir l'article Apolluntus, daus le Dulionnuirc d. Daylc. Je dio quo