CHAPITRE I
madvcrsioD par le peu de bien que par tout le mal qu'il fit. Les clameurs qui s'élevèrent contre lui devinrent si violentes qu'il fut rappelé; et Sidney fut envoyé avec tout le pouvoir et la dignité de Lord-lieutenant, pour tenir un Parlement à Dublin '.
Mais le caractère facile et les manières gracieuses de Sidney ne parvinrent pas à concilier les esprits. Il ne paraît pas, à la vérité, avoir été avide de gains illicites; mais il ne réprima pas d'une main assez ferme la foule de fonctionnaires subalternes que l'exemple et la protection de Coningsby avaient encouragés à piller le public et à vendre leurs bons offices aux solliciteurs. Le nouveau vice-roi n'était pas non plus d'humeur à peser rudement sur les restes de l'aristocratie indigène. Aussi, ne tarda-t-il pas à être en butte aux soupçons et à l'aversion des colons anglo-saxons. Son premier acte fut d'expédier les lettres de convocation pour des élections générales. Les catholiques romains avaient été exclus de toutes les corporations municipales; mais aucune loi ne les avait encore privés de leurs franchises comme électeurs de comtés. Toutefois il est probable qu'aucun franclenancier catholique romain ne se hasarda à s'approcher des hustings. Les membres sur qui se fixèrent les choix furent, à peu d'exceptions près, des hommes animés de l'esprit d'Enniskillen et de Londonderry, esprit éminemment héroïque dans les temps de détresse et de péril, mais trop souvent cruel et impérieux dans les temps de puissance et de prospérité. Ils détestaient le traité civil de Limerick, et ils s'indignèrent lorsqu'ils apprirent que le Lord-lieulenant attendait d'eux et comptait pleinement sur une ratification parlementaire de cet odieux contrat; contrat qui donnait libre carrière à l'idolâtrie de la masse et qui empêchait les bons Protestants de ruiner leurs voisins Papistes en leur intentant des procès pour des dommages causés pendant la guerre 2.
Le 5 octobre 1692, le Parlement se réunit à Dublin, dans
' On trouvera dans les procès-verbaux des deux Chambres du Parlement anglais les accusations portées contre Coningsby. Ces accusations fuient mises en vers, un quart de siècle plus tard, par Prior, que Coningsby avait traité avec beaucoup d'insolence et de dureté, et qui ne dédaigna pas, en cette occasion, d'imiter le style des ballades des rues.
' An Account of ihc Sessions ot l'arliament in Ircland, 1692, Londres, 1093. » » »
Chichester House. Sa composition était bien différente de celle de l'Assemblée qui avait porté le même titre en 1689. C'est à peine si l'on y voyait un pair, et pas un membre de la Chambre des Communes qui eussent siégé aux King's Inns. A la foule des O's et des Macs, descendants des anciens princes de l'Ile, avaient succédé des hommes dont les noms indiquaient une origine saxonne. Un seul 0, apostat de la foi de ses pères, et trois Macs, évidemment émigrants d'Ecosse et probablement Presbytériens, siégeaient dans l'Assemblée.
Le Parlement, ainsi composé, avait alors moins de pouvoir que l'Assemblée de la Jamaïque ou l'Assemblée de la Virginie. Non-seulement la législature qui siégeait à Dublin était soumise au contrôle absolu de la législature qui siégeait à Westminster; mais une loi passée dans le quinzième siècle, sous l'administration du Lord-Député Poynings, et appelée par son nom, avait disposé qu'aucun bill qui n'aurait pas été examiné et approuvé par le Conseil-Privé d'Angleterre, ne pouvait être présenté à l'une ou l'autre des Chambre d'Irlande, et que tout bill ainsi considéré et approuvé devrait être adopté sans amendement, ou rejeté '.
La session s'ouvrit par une reconnaissance solennelle de l'autorité souveraine de la mère-patrie. Les Communes tirent lire par leur clerc l'Acte anglais qui les obligeait à prêter le serinent de suprématie et à souscrire la Déclaration contre la Transsubstantiation. Après avoir entendu la lecture de cet acte, elles se mirent immédiatement en devoir de s'y conformer. Des adresses furent ensuite votées, qui contenaient l'expression de la reconnaissance et de rattachement le plus vif au roi. Deux membres qui, pendant les troubles, ne s'étaient pas montrés fidèles à l'intérêt prolestant et anglais, furent expulsés. Des subsides, considérables eu égard aux ressources d'un pays dévasté par des années d'une guerre de pillage, furent volés avec empressement. Mais le bill qui continuait l'Acte d'Etablissement parut trop favorable à la classe aisée du pays, et, ne pouvant pas être amendé, fut rejeté avec peu de cérémonie. La Chambre entière, formée en comité,
1 L'Acte Poy oings est le 10 II. VII, c. 4. 11 fui acte, 3 cl 4 P. et M., c. i.