CHAPITRE I
adopta une résolution portant que l'indulgence inexcusable avec laquelle avaient été traités les Irlandais depuis la bataille de la Boyne, était une des principales causes de la misère du royaume. Un comité des griefs siégea chaque jour jusqu'à onze heures du soir, et la tournure que prenait cette enquête alarma beaucoup le château. Elle révéla de nombreux exemples de vénalité et de fraudes grossières de la part de fonctionnaires haut placés, et de nombreux exemples aussi de ce que l'on considérait alors comme des faiblesses criminelles à l'égard de la nation vaincue. Tel Papiste avait été autorisé à s'engager dans l'armée, tel autre à garder un fusil : celui-ci avait un trop bon cheval; celui-là avait été protégé contre des protestants qui voulaient lui intenter des procès pour des faits qui avaient eu lieu pendant une époque de confusion et de désordre. Le Lord-Lieutenant, ayant obtenu à peu près autant d'argent qu'il pouvait en espérer, résolut de mettre fin à ces enquêtes importunes. Il savait cependant que s'il se querellait avec le Parlement parce que ce dernier traitait avec trop de sévérité soit les Papistes, soit les fonctionnaires qui s'étaient rendus coupables de péculat, il serait peu soutenu en Angleterre. Il chercha donc un prétexte, et il fut assez heureux pour en trouver un. Les Communes avaient voté une résolution qui pouvait être représentée, d'une manière assez plausible, comme incompatible avec le statut Poynings. Tout ce qui avait l'apparence d'une violation de cette grande loi fondamentale, ne pouvait manquer d'être fortement désapprouvé de l'autre côté du canal Saint-Georges. Le vice-roi vit son avantage, et il en profita. Il se rendit à la Chambre des Lords à Chichester House, manda les Communes devant lui, leur adressa une réprimande énergique, leur reprochant de manquer de respect et de reconnaissance envers la mère-patrie en empiétant sur ses droits, et mit un à la session *.
' J'ai lire l'histoire de cette session des procès-verbaux des lords et des Communes d'Irlande, des exposés mis par écrit sous les yeux des lords et des Communes d'Angleterre par des membres du Parlement irlandais, et d'une brochure intitulée : A Short Account ofthe Sessions of Parliamcnt in lreland, 1692. Londres, 1693. Burnet me parait avoir bien saisi ie sujet de la querelle, II, 118. « Les Anglais établis en Irlande trouvaient que le gouvernement favorisait trop les Irlandais; les uns disaient que c'était Reflet de la corruption, tandis que d'autres pensaient qu'il était nécessaire
Ceux qu'il avait ainsi admonestes se retirèrent pleins de ressentiment. L'accusation qu'il avait fait peser sur eux était injuste. Ils avaient un profond sentiment d'affection et de respect pour le pays dont ils étaient originaires, et attendaient avec confiance du Parlement suprême le redressement de leurs griefs. Plusieurs d'entre eux se rendirent à Londres dans le but de se justifier et d'accuser le Lord-Lieutenant. Us eurent une longue audience des Lords et des Communes, qui les écoutèrent avec attention, et les invitèrent à mettre par écrit la subsiance de ce qui avait été dit. L'humble langage des pétitionnaires, leurs protestations qu'ils n'avaient jamais eu l'intention de violer le statut Poynings, ni de contester l'autorité souveraine de l'Angleterre, effacèrent l'impression qu'avaient produite les accusations de Sidney. Les deux Chambres présentèrent une adresse au roi au sujet de l'état de l'Irlande. Elles ne signalèrent nominativement aucun coupable; mais elles exprimèrent l'opinion qu'il y avait eu de grands abus dans l'administration, que le publie avait été pillé, et que les catholiques romains avaient été traités avec une tendresse qui n'avait pas d'excuse. Guillaume, dans sa réponse, promit qu'il serait porté remède au mal. Son ami Sidney fut bientôt rappelé, et consolé de sa vice-royauté par la place lucrative de directeur de l'artillerie. Le gouvernement de l'Irlande fut confié pendant quelque temps à des Lords-Juges , parmi lesquels sir Henri Capel, "NVhig zélé, fort peu disposé à montrer de l'indulgence aux Papistes, occupait le premier rang.
Le roi refuse de sanctionner le Bill Iriennal.
L'époque de la prorogation approchait, et le sort du Bill triennal était toujours en suspens. Quelques-ans des ministres les plus capables regardaient le Bill comme avantageux, et il est même probable que s'ils avaient pensé autrement, ils auraient cherché à dissuader leur maître de le rejeter. Cependant il fut impossible de lui ôterde l'esprit l'idée qu'une concession sur ce point porterait une grave atteinte à son
de les mettre à l'abri des poursuites des Anglais, qui les haïssaient et qui
ë aient fbrl irrités contre eux Il y avait aussi de grandes plaintes contre
l'administration, surtout en ce qui louchait le icvcnu, la paye de l'armée et les détournements d'approvisionnements. »