‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 48 sur 246 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

enfin, une perspective vaste et illimitée s'ouvrait devant lui. Il était déjà un peu connu de Guillaume. Quelquefois, à Moor-Park, lorsque le maître était cloué dans son fauteuil par la goutte, c'était le secrétaire qui avait accompagné lé roi dans les jardins. Sa Majesté avait daigné enseigner à son compagnon la manière hollandaise de couperet de manger les asperges, et avait gracieusement demandé si M. Swift aimerait avoir un brevet de capitaine dans un régiment de cavalerie. Mais maintenant, pour la première fois, le jeune homme allait se trouver en présence du roi comme conseiller. Il fut introduit dans le cabinet, remit à Sa Majesté une lettre de Temple et développa les arguments contenus dans cette lettre avec concision, mais aussi sans aucun doute, avec clarté et avec talent. Il n'y avait pas, dit-il, de raison pour penser que les Parlements à courte période seraient plus disposés que les longs Parlements à empiéter sur les justes pré rogatives de la couronne. Et en effet le Parlement qui, dans la génération précédente, avait fait la guerre à un roi, l'avait traîné captif, l'avait envoyé en prison, à la barre, à l'échafaud, était connu dans nos annales comme le long Parlement par excellence. Jamais de pareilles calamités n'eussent frappé la monarchie sans la loi fatale qui empêchait de dissoudre cette assemblée *. Il y avait dans ce raisonnement un vice qu'un homme moins clairvoyant que Guillaume aurait pu facilement découvrir. De ce qu'une restriction de la prérogative royale avait eu des conséquences fâcheuses, il ne s'ensuivait pas qu'une autre restriction dût être salutaire. De ce qu'un souverain avait été perdu pour n'avoir pas pu se débarrasser d'un Parlement hostile, il ne s'ensuivait pas qu'un autre souverain ne pût pas être perdu par suite de la nécessité de se séparer d'un Parlement favorable. A la grande mortification de l'ambassadeur de Temple, ses arguments ne purent ébranler la résolution du roi. Le 14 mars, les Communes furent mandées à la Chambre-Haute; on lut le titre du Bill triennal, et il fut annoncé, selon l'ancienne formule, que le roi et la reine prendraient la question en considération. Le Parlement fut ensuite prorogé.

' Swift, Anccdote$.

Arrangements ministériels.

Peu après la prorogation, Guillaume partit pour le continent. Il fallut, avant son départ, faire quelques changements importants. Il était décidé à ne pas se défaire de Nottingham, ayant confiance avec raison dans son intégrité, cette vertu rare parmi les hommes d'État anglais. Cependant, si Nottingham restait secrétaire d'État, il devenait impossible d'employer Russell en mer. Russell, quoique fort mortifié, consentit à accepter une place lucrative dans la maison du roi ; deux officiers de marine très-distingués dans leur profession, Killegren et Délavai, furent placés à la tête du bureau de l'amirauté et chargés du commandement de la flotte de la Manche '. Ces arrangements firent beaucoup murmurer les Whigs : car Killegren et Délavai étaient certainement Tories, et bien de gens les soupçonnaient d'être Jacobites. Mais d'autres promotions qui eurent lieu dans le même temps prouvèrent que le roi désirait tenir la balance égale entre les factions rivales. Nottingham avait été, pendant une année, seul secrétaire d'Etat. On lui adjoignit un collègue, dans la société duquel il dut se trouver fort mal à l'aise : c'était John Trenchard. Trcnchard appartenait à l'extrême fraction du parti whig. C'était un homme de Taunton, animé de cet esprit qui, pendant deux générations, avait particulièrement distingué Taunton. Dans le temps où l'on brûlait l'effigie du pape, dans le temps des fléaux protestants, il avait fait partie du club du Ruban vert; il avait été membre actif de plusieurs parlements orageux ; il avait présenté le premier Rill d'Exclusion; il avait été profondément engagé dans les complots formés parles chefs de l'opposition; il s'était enfui sur le continent; il avait été longtemps exilé, et il avait été nominativement excepté du pardon général de 1G8G. Quoique sa vie eût été fort agitée, son caractère était naturellement calme; mais il était étroitement lié avec une classe d'hommes dont les passions étaient beaucoup plus violentes que les siennes. Il avait épousé la sœur de Ilugh Speke, l'un des plus perfides et des plus méchants libellistes qui déshonoraient la cause de la liberté constitutionnelle. Aaron Smith, l'agent du conlen-

* London GaMttlc, 27 mars 1693.

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