‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 49 sur 246 · CHAPITRE r · texte numérisé non relu

CHAPITRE r

ticux du Trésor, homme chez qui le fanatisme cl l'esprit de chicane étaient étrangement unis, possédait trop d'influence sur le nouveau secrétaire, avec qui il avait, dix ans auparavant, discuté des plans de rébellion à la taverne de la Rose. Il est diiiicile de dire pourquoi le choix du roi s'arrêta sur Trenchard, de préférence à beaucoup d'hommes d'un rang plus élevé et de talents supérieurs, pour occuper un poste aussi important qu'honorable. Mais il paraît que, bien qu'il eût le titre et qu'il touchât les appointements de secrétaire d'Etat, on ne lui confiait aucun des grands secrets d'Etat, et qu'il n'était guère plus qu'un surintendant de police, chargé de surveiller les imprimeurs de livres non-autorisés, les porteurs de congrégations qui avaient refusé le serment, et les habitués des tavernes où se réunissaient les ennemis du Gouvernement '.

Un autre Whig d'un caractère beaucoup plus élevé fut appelé en même temps à une place bien plus éminente dans l'administration. Il y avait quatre ans que le grand sceau était en commission. Depuis la retraite de Maynard, la constitution de la Cour de Chancellerie avait commandé peu de respect. Trévor, qui était premier commissaire, ne manquait ni de capacité, ni de savoir; mais son intégrité était à bon droit suspecte ; et les devoirs qu'il avait à remplir, comme Président de la Chambre des Communes, pendant quatre à cinq mois de la partie de l'année la plus chargée d'affaires, le forçaient de négliger ses fonctions judiciaires. Les plaideurs se plaignaient des délais déraisonnables pendant lesquels on leur faisait attendre un jugement, et de ce que ce jugement, lorsqu'ils l'avaient enfin obtenu, était très-souvent infirmé en appel. Et pendant tout ce temps, il n'y avait pas de véritable ministre de la justice, de grand fonctionnaire spécialement chargé de conseiller le roi touchant les nominations de juges, d'agents judiciaires de la couronne, de juges de paix2. On savait que Guillaume reconnaissait l'inconvénient de cet état de choses; et depuis plusieurs mois on parlait de la nomination prochaine d'un Lord Garde des Sceaux

' Burnet, II, 103, et noie du président Onslow; Sprol, True Acccunt o[ the horrid conspiracy ; Lctlcr to Trenchard, 1694. • Burnet, II, 107.

m. lu

ou d'un Lord Chancelier '. Le nom le plus souvent mis en avant était relui de Nottingham. Mais les mêmes raisons qui l'avaient empêché d'accepter le grand sceau en 1689, avaient, depuis lors, plutôt gagné que perdu de la force. Guillaume finit par arrêter son choix sur Somers.

Somers n'avait que quarante-deux ans; et cinq années ne s'étaient pas encore écoulées depuis qu'il avait pour la première fois, à l'occasion du procès des évêques, révélé ses talents au monde. Sa réputation s'était, à partir de ce jour, constamment et rapidement accrue. Il n'y avait, soit au barreau, soit au Parlement, personne qui le surpassât en éloquence. La fermeté de sa conduite publique lui avait gagné toute la confiance des Whigs, et il s'était concilié les Tories par l'urbanité de ses manières. Ce ne fut pas sans une grande répugnance qu'il consentit à quitter une assemblée sur laquelle il exerçait une immense influence, pour une autre assemblée où il lui faudrait siéger en silence. Il n'y avait pas longtemps que sa clientèle s'était formée, et il n'avait pas pu faire de grandes économies. N'ayant pas le moyen de soutenir un titre héréditaire, il faudrait, s'il acceptait la haute dignité qu'on lui offrait, qu'il présidât pendant quelques années la Chambre -Haute sans prendre part aux débals. D'autres pensaient, cependant, qu'il serait plus utile comme chef de la magistrature que comme chef du parti whig dans la Chambre des Communes. Il fut appelé à Kensinglon, et introduit dans la salle du Conseil. Caermarthen prit la parole au nom du roi. « Sir John, » dit-il, « le service public exige que vous acceptiez cette charge ; et Sa Majesté m'a commandé de vous dire qu'elle n'admettrait pas d'excuse. » Somers se soumit. Le sceau lui fut remis, avec une patente qui lui as- tirait une pension de deux mille livres sterling, à partir du jour où il cesserait ses fonctions; il prêta immédiatement serment comme Conseiller-Privé et Lord Garde des Sceaux *.

Le roi part pour la Hollande.

La gazette qui annonça ces changements dans l'adminis-

1 II est plus d'une foi3 question de ces bruits dans le journal de Naroisufl LuLlrell.

' Lon Ion GaselletV mars tG93; Nairissus LuUrell, Wa

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