CHAPITRE I
Mais l'esprit tout entier de cette assemblée avait subi un changement. Les membres écoutèrent avec un profond respect la lettre du roi, et firent une réponse pleine de respect et d'affection. Une aide extraordinaire de 114,000 livres sterling fut accordée à la couronne. Des lois sévères furent rendues contre les Jacobites. La législation sur les matières ecclésiastiques fut aussi érastienne que Guillaume lui-même pouvait le désirer Un acte fut passé, qui exigeait que tous les ministres de l'Église établie prêtassent serment de fidélité à Leurs Majestés, et qui enjoignait à l'Assemblée générale d'admettre dans sa communion ceux des ministres épiscopaux non encore destitués, qui déclareraient qu'ils se conformaient à la doctrine et à la discipline presbytériennes l. Les États poussèrent même l'adulation jusqu'à prier humblement le roi de vouloir bien accorder une pairie écossaise à son favori Portland. Ce fut là, à vrai dire, leur principale pétition. Ils ne réclamèrent pas le redressement d'un seul grief. Ils se bornèrent à donner à entendre en termes généraux qu'il y avait des abus qui demandaient à être réformés, et à renvoyer le roi, pour plus ample information, à ses propres ministres, le Lord Haut-Commissaire et le Secrétaire d'État 2.
Il y avait un point sur lequel il peut paraître étrange que le plus servile même des Parlements écossais ait gardé le silence. Plus d'une année s'était écoulée depuis le massacre de Glencoe ; et l'on aurait dû s'attendre à ce que l'Assemblée tout entière, Pairs, Commissaires des comtés, Commissaires des bourgs, n'aurait eu qu'une voix pour demander une enquête sévère sur ce grand crime. Il est certain, cependant, qu'aucune proposition d'enquête ne fut faite. L'état des clans gaéliques fut, il est vrai, pris en considération. Une loi fut passée pour la répression plus efficace des actes de violence et de déprédation au delà de la ligne des Highlands; et dans cette loi on introduisit une clause spéciale qui réservait à Mac-Callum More sa juridiction héréditaire. Mais on ne voit pas, soit par les procès-verbaux publics des actes des Etats, soit par la correspondance particulière dans laquelle John-
' Ait. Pari. Scot., 12 juin 1693.
' Act. Pari. Seul., 15 juin 1693.
stone rendait régulièrement compte à Carstairs de ce qui s'était passé, qu'aucun orateur ait l'ait allusion au sort de Mac- Ian et de ses parents et membres de son clan l, La seule explication de ce silence extraordinaire paraît être que les hommes publics assemblés dans la capitale de l'Ecosse ne savaient que peu de chose et s'inquiétaient peu du sort d'une tribu de bandits celtes. Le clan qui avait souffert, intimidé par la toute-puissance des Campbells, et peu accoutumé à recourir aux autorités constituées du royaume pour leur demander protection ou redressement, ne présenta pas de pétition aux Etats. L'histoire de cette boucherie avait été racontée dans les cafés, mais avait été racontée de diverses manières. Trèsrécemment, une ou deux brochures, dans lesquelles les faits n'étaient, exposés qu'avec trop de vérité , étaient sorties des presses secrètes de Londres. Mais ces brochures n'étaient pas exposées publiquement en vente. Elles ne portaient pas le nom d'un auteur responsable. Les écrivains jacobites étaient en général d'une malveillance extrême, et complètement indifférents à la vérité. Du moment où les Macdonalds ne se plaignaient pas, il était assez naturel qu'un homme prudent fût peu disposé à encourir le déplaisir du roi, des ministres, de la famille la plus puissante d'Ecosse, en mettant en avant une accusation qui ne reposait que sur des bruits vagues, transmis de bouche en bouche, ou sur des brochures qui n'avaient été approuvées par aucun censeur, qui ne portaient le nom d'aucun auteur, et qu'aucun libraire n'osait exposer à son étalage. Mais que ce soit là ou non la véritable explication de cette anomalie, il est certain que les
' Il est évident que, par un motif quelconque, l'éditeur des Carstairs Papers désirait beaucoup cacher cette venté constante et manifeste. Il a donc fait précède: quelques-unes des lettres de J ihnstone de sommaires qui pourraient eu imposer au lecteur inaUentif. Ainsi, Johnstone écrivait à (iarslaiis, le 18 avril, avant qu'on sût que la session serait au-si tranquille: « On a mis et on mettra ton-; les moyens en usage pour brooi 1er les affaires. » Le sommaire de l'éditeur est ainsi conçu : « Moyens mis en usago pour brouiller les choses relativement a Vaflaire dt Gteneoe. » Dans une lettre écrite quelques semaines plus tard, Johnstone se plant de ce que la libéralité et la déférence des Etats n'ont pas été convenablement appréciées. « On en l'ail rien, dit-il, pour satisfaire le Parlement; je \em diio qu'il se serait attendu à une satisfaction. » Voici Comment l'éditeur analyse le contenu de cette letlie : « Il se plaint de ce que l'on ne doit pas donner au Parlement la satisfaction d'une enquête sur le massacre di Glencoe.