CHAPITRE II
loyens que le gouvernement monarchique avait été établi par Dieu, non comme un moyen de les rendre heureux icibas, mais comme une croix qu'il leur fallait soulever et porter avec résignation dans l'espoir d'être récompensés de leurs souffrances dans une autre vie; Hickes, de son côté, avait beau leur assurer qu'il n'y avait pas un seul Composant dans toute la légion Thébaine, ils trouvaient fort peu d'ecclésiastiques disposés à courir le risque du gibet pour le plaisir de rétablir la Haute-Commission et le droit inconstitutionnel de s'affranchir de la loi ».
Les Composants formaient la principale force du parti jacobite, mais les Non-Composants avaient jusqu'alors régné sans partage à Saint-Germain. Tout protestant, tout catholique modéré, toute personne en un mot qui osait insinuer qu'une loi pouvait enchaîner la prérogative royale, n'avait à espérer la plus légère marque de faveur du monarque exilé. Les prêtres catholiques et l'apostat Melfort, l'ennemi déclaré de la religion protestante et de la liberté civile, des parlements, du jugement par jury et de VHabeas Corpus, étaient en possession exclusive de l'esprit du roi. Herbert décoré du titre de chancelier, marchait devant les autres officiers d'Elat, portait une robe noire brodée d'or, et avait la garde du sceau, mais il était membre de l'Eglise anglicane, et, par suite, on ne lui permettait point de siéger dans le conseil2.
La vérité est que les fautes auxquelles la tête et le cœur de Jacques l'entraînaient n'avaient point de remède. A ses yeux, il ne pouvait y avoir entre ses sujets et lui aucune réciprocité d'obligation. Leur devoir était d'exposer leurs biens, leur liberté, leur vie, afin de le replacer sur le trône, et puis de supporter patiemment tout ce qu'il lui plairait de leur infliger. Ils ne pouvaient pas plus prétendre au mérite devant lui que devant Dieu. Quand ils avaient tout fait, ils étaient
' The dispensing power.
* Coup d'oeil sur la cour de Saint-Germain. Le rapport contenu dans cette brochure est confirmé par un document remarquable qui se trouve parmi les Manuscrits de Nairne. Quelques-uns des chefs du parti jacobite adressèrent à Jacques des remon'rancesoù on lit ce qui suit: « Les soussignés demandent qu'il plaise à Votre Majesté d'admettre dans son conse.l le chancelier d'Angleterre. Vos ennemis prennent avantage de ce qu'il n'y est pas. » La réponse de Jacques est évasive. « Le roi, dit-il, sera prêt en toute occasion à témoigner l'estime qu'il a pour son Lord Chanceliers et quel cas il fait de lui. »
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encore des serviteurs inuliles. Le plus bel éloge auquel eût aspiré le royaliste qui versait son sang- pour la monarchie héréditaire sur le champ de bataille ou sur l'échafaud, c'était de s'entendre dire qu'il n'était pas un traître. Après les rudes leçons qu'avait reçues le monarque déchu, il se montrait encore aussi acharné à piller et à humilier l'Église anglicane que le jour où il ordonna aux dignitaires universitaires du « Collège de la Madeleine » d'Oxford, agenouillés devant lui, de sortir de sa présence, ou que celui où il envoya les évêques à la Tour. Il avait l'habitude de déclarer qu'il aimerait mieux mourir sans revoir l'Angleterre que de s'abaisser jusqu'à capituler avec ceux auxquels il était fait pour commander1. Dans la Déclaration d'avril 1692, l'homme apparaît tout entier sans déguisement, plein de ses droits imaginaires, incapable de comprendre que tout autre que lui pût avoir des droits, aveugle et sourd à toute leçon, opiniâtre et cruel. Un autre document, qu'il rédigea à peu près à la même époque, montre plus clairement encore, s'il est possible, combien peu il avait profité à l'école du malheur. Dans ce document, il exposait le plan d'après lequel il se proposait de gouverner lorsqu'il serait rétabli sur le trône. Il posait en principe que l'un des Commissaires de la Trésorerie, l'un des deux secrétaires d'État, le secrétaire de la guerre, la majorité des grands officiers de la maison royale, la majorité des gentilshommes de la Chambre, la majorité des officiers de l'armée devaient toujours être pris parmi les Catholiques2.
Ce fut en vain que les personnages les plus éminents du parti des Composants envoyèrent de Londres lettres sur lettres, remplies de judicieux conseils et des plus vives supplications. Ce fut en vain qu'ils démontrèrent de la manière la plus convaincante l'impossibilité d'établir la suprématie du pape dans un pays où les quarante-neuf cinquièmes de la population au moins et beaucoup plus des quarante-neuf cinquièmes de la richesse et de l'intelligence étaient protestants. Ce fut en vain qu'ils informèrent leur maître que la Déclaration d'avril 1G92 avait été lue avec ivresse par ses
1 Brève et oiridiqxte Relation îles intrigue*, 1G9J. ' Voir le document inliluïû : Pour mon fils, le prima de Galles, 1092. Il i m 'i fi larques-