CHAPITRE II
ennemis et avec une profonde affliction par ses amis; qu'elle avait été imprimée et répandue par les usurpateurs; qu'elle avait plus fait que tous les libelles des Whigs pour enflammer la nation contre le roi légitime, et qu'elle avait fourni aux officiers de la marine qui lui avaient promis son appui un prétexte plausible pour manquer h leur foi envers lui et pour détruire la flotte qui devait le ramener dans son royaume. Jacques continua à se montrer sourd aux remontrances de ses meilleurs amis d'Angleterre, jusqu'à ce que ces remontrances eussent trouvé un écho à Versailles. Tous les renseignements que Louis et les ministres purent se procurer relativement à la situation de notre île les convainquirent que Jacques ne serait jamais rétabli s'il ne se décidait à faire lui-même de larges concessions à ses sujets. On lui donna donc à entendre, avec bienveillance et courtoisie sans doute, mais d'une manière sérieuse, qu'il ferait bien de changer de conseil et de conseillers. La France ne pouvait continuer la guerre dans le but d'imposer un souverain à une nation qui n'en voulait point. La France gémissait sous le poids des charges publiques. Son commerce et son industrie languissaient. Sa récolte en blé et en vin avait manqué. Les paysans mouraient de faim. Les faibles murmnres des États provinciaux commençaient à se faire entendre. Il y avait une limite à la somme de sacrifices que le souverain le plus absolu pouvait exiger de ses sujets. Si désireux que fût le roi très-chrétien de soutenir la cause de la monarchie héréditaire et de la vraie religion sur toute la surface du globe, ses premiers devoirs étaient envers ses propres États, et, à moins qu'une contre-révolution n'éclatât promptement en Angleterre, ses devoirs envers ses sujets pouvaient lui imposer la triste nécessité de traiter avec le prince d'Orange. 11 serait donc sage à Jacques de faire sans délai tout ce qu'il pourrait honorablement et consciencieusement faire pour regagner le cœur de son peuple.
Ainsi pressé, Jacques céda à regret. Il consentit à donner une part dans la direction de ses affaires à l'un des personnages les plus distingués du parti des Composants, Charles, comte de Middleton.
Changement de ministère à Saint Germain. — Middleton.
La famille et la pairie de Middlelon étaient écossaises, mais il était étroitement lié avec quelques-unes des plus nobles maisons de l'Angleterre. Il avait longtemps résidé dans ce pays. 11 avait été nommé par Charles II l'un des secrétaires d'État anglais, et Jacques l'avait chargé de conduire les débats dans la Chambre des Communes. Ses talents et ses connaissances étaient immenses; son caractère facile et généreux. Ses manières plaisaient à la foule; sa conduite avait été en général conséquente et honorable. Lorsque le papisme était dans toute sa puissance, il s'était résolument refusé à acheter la faveur royale au prix d'une apostasie. Des prêtres catholiques lui avaient été envoyés pour le convertir, et la ville s'était fort amusée de la dextérité avec laquelle le laïque confondit les théologiens. Un prêtre entreprit de lui démontrer la doctrine de la Transsubstantiation et prépara ses attaques dans la forme habituelle. « Votre Seigneurie croit à la Trinité. — Qui vous l'a dit? répondit Middleton. — Vous ne croyez pas à la Trinité? s'écria le prêtre au comble de l'étonnement. — Non certes, répliqua Middleton. Prouvezmoi que votre religion est vraie, si vous pouvez, mais ne me catéchisez pas sur la mienne. » Comme il était évident que le secrétaire n'était pas un de ces controversistes avec lesquels il est facile de prendre des avantages, la controverse fut finie presque aussitôt que commencée'. Lorsque la fortune changea, Middleton resta attaché à la cause de la monarchie héréditaire avec une fermeté qui était d'autant plus respectable, qu'il n'eût eu aucune dilliculté à faire sa paix avec le nouveau gouvernement. Ses sentiments étaient si connus, que lorsque la crainte d'une invasion et d'une insurrection vint agiter le royaume, il fut arrêté et envoyé à la Tour; mais on ne découvrit aucune preuve qui pût le faire convaincre de haute trahison, et, le danger de la crise passé, il fut mis en liberté. Il ne semble pas, il faut le dire, que pendant les trois années qui suivirent la Révolution, il ait été un conspirateur bien actif. Il vit qu'âne révolution n'était possible qu'avec l'assentiment général de la nation, et que
1 Durnet, I, C83.