‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 63 sur 246 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Luxembourg, toutefois, était résolu à voir si Guillaume pourrait se maintenir même dans cette position, malgré la supériorité du nombre et l'impétueuse valeur des soldats français. Peu après le lever du soleil, le grondement du canon commença à se faire entendre. Les batteries de Guillaume portèrent le ravage dans les rangs ennemis avant que l'artillerie française fût en position de répondre à leur feu. Il était huit heures du matin quand la mêlée s'engagea. Les deux généraux en chef regardaient le village de Neerwinde comme le point d'où tout dépendait. Luxembourg le fit attaquer par l'aile gauche de son armée, que commandait Montchevreuil, vieil officier d'une grande réputation, et Berwick qui, malgré sa jeunesse, s'élevait rapidement aux premiers rangs parmi les capitaines de son temps. Berwick conduisit l'assaut et pénétra dans le village; mais il ne tarda pas à être repoussé au milieu d'un horrible carnage. Ceux qui le suivaient prirent la fuite ou furent tués. Lui-même, qui essayait de les rallier et les accablait de reproches pour ne pas mieux faire leur devoir, il fut entouré par l'ennemi. Il cacha sa cocarde blanche et espéra pouvoir, en se servant de sa langue naturelle, se faire passer pour un officier de l'armée anglaise. Mais il fut reconnu par un des frères de sa mère, George Churchill, qui ce jour-là avait le commandement d'une brigade. L'oncle et le neveu échangèrent à la hâte un embrassement, et Churchill conduisit Berwick vers Guillaume qui, tant que les choses parurent bien aller, se tint à l'arrière-garde. L'entrevue du roi et du prisonnier, qu'unissaient tant de liens de parenté, et que divisaient tant de souvenirs ineffaçables, fut un spectacle étrange. L'attitude de l'un et de l'autre fut ce qu'elle devait être. Guillaume se découvrit, salua avec courtoisie son cousin et lui adressa quelques paroles de politesse. Berwick se contenta de répondre par un salut solennel. Puis le roi mit son chapeau, Berwick en lit autant, et les deux cousins se séparèrent pour ne plus se revoir.

Ace moment les Français, qui avaient été chassés en désordre de Neerwinde, avaient été renforcés par une division sous les ordres du duc de Bourbon, et revenaient bravement à la charge. Guillaume, qui sentait l'importance de cette position, donna l'ordre de détacher des troupes de ce côté des

autres parties de sa ligne. Ce second choc fut long et sanglant. Les assaillants forcèrent de nouveau l'entrée du village, mais ils en furent chassés de nouveau après un immense massacre, et se montrèrent peu disposés à revenir à l'attaque. Sur ces entrefaites, la bataille s'était engagée avec fureur sur toute la longueur des retranchements de l'armée alliée. A plusieurs reprises, Luxembourg amena ses troupes à une portée de pistolet du parapet, mais sans pouvoir les faire avancer plus près. Chaque fois les Français reculèrent sous le feu violent qui les écrasait de front et sur leurs lianes. Tout semblait perdu. Luxembourg se retira vers un endroit qui était hors de la portée des canons et manda un petit nombre de ses ofliciers supérieurs pour tenir conseil avec eux. Ils délibérèrent quelque temps, et tous ceux qui pouvaient les apercevoir observèrent avec un profond intérêt l'animation de leurs gestes.

Enfin Luxembourg arrêta son parti. Il décida qu'il serait fait un dernier effort pour emporter Neerwinde, et que cette fois les troupes invincibles de la maison du roi, les vainqueurs de Steinkerque, conduiraient l'attaque.

La maison du roi chargea en effet d'une manière digne de sa vieille et terrible renommée. Neerwinde fut pris une troisième fois; une troisième fois Guillaume essaya de le reprendre. A la tête de quelques régiments anglais, il chargea les gardes de Louis avec une telle furie, que pour la première fois, de mémoire du plus vieux militaire, ces bandes fameuses plièrent sous le choc '.

Les vigoureux efforts de Luxembourg, du duc de Chartres et du duc de Bourbon purent seuls rétablir leurs rangs brisés. Mais, à ce moment, le centre et la gauche de l'armée alliée avaient été tellement éclaircis pour soutenir la lutte qui avait lieu dans le village de Neerwinde, qu'il fut impossible de défendre plus longtemps les retranchements sur les autres points. — Un peu après quatre heures de l'aprèsmidi, la ligne entière céda. Tout n'était que désordre et con-

1 Les paroles de Saint-Simon sont remarquables. « Leur cavalerie, dit-il, y lit d'abord plier des troupes d'élite jusqu'alors invincibles. » Il ajout*' : « Les gardes du prince d'Orange, ceux de M. de Vaudemont et deux régiments anglais en curent l'honneur. »

Page 1