‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 64 sur 246 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

fusion. Solrae avait reçu une blessure mortelle, et tomba, vivant encore, entre les mains de l'ennemi. — Les soldats anglais, qui avaient son nom en horreur, l'accusèrent d'avoir, dans ses souffrances, montré un pusillanimité indigne d'un soldat. Le duc d'Ormond fut renversé dans la mêlée, et, dans un autre moment, il eût péri sans un riche diamant qu'il portait à son doigt et qui attira les regards d'un soldat français. Celui-ci pensant avec raison que le possesseur d'un tel bijou ne pouvait être qu'un prisonnier précieux, épargna ses jours, et le duc ne tarda pas à être échangé contre Berwick. Ruvigny, animé par une véritable haine de réfugié contre le pays qui l'avait rejeté de son sein, fut pris au plus épais de la mêlée. Ceux au pouvoir desquels il était tombé le reconnurent; mais sachant que s'ils l'emmenaient dans leur camp, il payerait de sa tête la trahison à laquelle la persécution religieuse l'avait entraîné, par un trait de générosité admirable, ils tirent semblant de ne point le reconnaître, et le laissèrent échapper à la faveur du tumulte.

C'était dans des circonstances comme celle-ci que le caractère de Guillaume apparaissait dans toute sa grandeur. Dans le désordre de la déroute, tandis que les soldats éperdus jetaient leurs armes et leurs drapeaux, tandis que la multitude des fugitifs encombrait les ponts et les gués de la Gette ou périssait dans les eaux, le roi, après avoir donné l'ordre à Talmash de surveiller la retraite, se mit lui-même à la tête d'un petit nombre des braves régiments, et, par des efforts désespérés, réussit à arrêter les progrès de l'ennemi. Il était plus exposé que tout autre, car il ne voulut jamais consentir soit à charger son corps déjà si frêle du poids d'une cuirasse, soit à cacher les insignes de la Jarretière. L'étoile qui brillait sur sa poitrine était, disait-il, un excellent signe de ralliement pour ses troupes, et il se contentait de sourire quand on lui disait que c'était au contraire un but qui le désignait aux coups de l'ennemi. Une foule de braves tombèrent à ses côtés. Deux chevaux de main, qui le suivaient toujours en campagne, furent emportés par des boulets. Une balle traversa les boucles de sa perruque, une autre son habit, une troisième lui froissa le côté et mit en pièces son ruban bleu. Bien des années plus tard, les vieux invalides pensionnaires blanchis par l'âge et les fatigues, qui se traînaient sous les arcades et

dans les allées de l'hôpital de Chelsea, aimaient à raconter comment Guillaume chargea à la tête de la cavalerie de Galway, comment il mit quatre fois pied à terre pour encourager son infanterie, comment il rallia un corps qui paraissait prêt à plier : « Ce n'est pas comme cela qu'on se bat, Messieurs, leur criait-il. Serrez l'ennemi de près ! Comme ceci, Messieurs, comme ceci 1 » — « Il aurait fallu le voir, écrivait quatre jours seulement après la bataille un témoin oculaire, l'épée à la main et se précipitant sur l'ennemi. Dans un moment surtout, Guillaume, à la tête de deux régiments anglais, en chargea sept à la vue de toute l'armée, et les chassa devant lui plus d'un quart d'heure. Loué soit Dieu qui a préservé ses jours! » L'ennemi le serra de si près à la fin, qu'il eut de la peine à se frayer un passage sur l'autre bord de la Gette. Pendant qu'il traversait le pont, une poignée de braves gens qui partagèrent ses dangers jusqu'au bout, continrent avec peine ceux qui le poursuivaient «.

Jamais peut-être le changement que le progrès de la civilisation a apporté dans l'art de la guerre n'a été plus vivement mis en lumière que dans cette journée. Ajax renversant le chef des Troyens avec un roc que deux hommes ordinaires auraient peine à soulever, Iloratius Coclès défendant seul un pont contre toute une armée, Richard Cœur-de-Lion caracolant le long des lignes des Sarrasins sans trouver un adversaire qui ose se mesurer avec lui, Robert Bruce fendant d'un seul coup le casque et la tête de sir Henri Bohun à la vue des deux armées d'Angleterre et d'Ecosse, tels sont les héros des âges barbares. A ces époques, la force du corps est la

' Berwick ; Saint-Simon; Burnet, I, 113; Feuquières; Gazette de Londres, 27 juillet, 3 août 1093; Relation officielle française; Relation adressée par le roi de la Grande-Bretagne à Leurs Hautes-Puissances, 2 août 1693; Extrait d'une lettre de l'adjudant des dragons de la garde du roi d'Angleterre, 1er août; Lettre de Dykvelt aux Étals-Généraux, 30 juillet, à midi. Les quatre derniers documents se trouvent dans les Munthly Mercury de juillet et d'août 1793. Voir aussi l'Histoire de la dernière compagne dans les Pays-Base spaQ noh, par Edouard d'Auvergne, dédiée au duc d'Ormond, 1693. — Les Français rendirent justice à Guillaume : « Le prince d'Orange, écrivit Racine à Boileau, pensa être pus, après avoir fait des merveilles. » Voir aussi la Description animée de Sterne, qui sans doute avait entendu oien des fuis raconter cette bataille par de vieux soldats. C'est dans cette circonstance que le caporal Trim resta blessé sur le champ de bataille et que la Béguine lui servit de garde-malade.

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