CHAPITRE II
Emotion à Londres.
Jamais, de mémoire d'homme, on n'avait vu à Londres une tristesse, une agitation semblable à celle qui s'empara de la Cité le jour où arriva la nouvelle de la rencontre de la baie de Lagos. On vit des marchands, dit un témoin oculaire, sortir de la Bourse aussi pâles que s'ils avaient été condamnés à mort. Une députation de négociants qu'avait frappés cet immense désastre se rendit auprès de la reine avec une adresse dans laquelle ils avaient formulé leurs griefs. La reine les admit dans la chambre du conseil où elle présidait l'assemblée des ministres. Elle ordonna à Somers de répondre en son nom aux membres de la députation, et celui-ci leur adressa un discours propre à calmer leur irritation. Sa Majesté, leur ditil, éprouvait pour leur malheur une vive sympathie, et déjà elle avait chargé un comité de son Conseil-Privé de faire une enquête sur le récent désastre et de chercher les moyens les plus efficaces pour en empêcher à l'avenir ue semblables1.
Cette réponse leur causa tant de satisfaction que le Lord- Maire se rendit bientôt après au palais pour remercier la reine de sa bonté, pour lui assurer que dans toutes les vicissitudes Londres lui serait fidèle, à elle ainsi qu'à son époux, et pour l'informer que si rude qu'eût été le coup qui venait de frapper un grand nombre d'importantes maisons de commerce, le Common Council (conseil municipal de Londres) avait résolu à l'unanimité d'avancer tout ce qui pourrait être nécessaire pour subvenir aux besoins du gouvernement2.
116; Gazette de Londres, 17 juillet 1693; Monthly Mercury de juillet; Lettre de Cadix, du 4 juillet 1693.
' Journal de Narcissus Lutlrell; Baden aux États-Généraux, 14 (94) juillet. Sa juillet (4 août). Parmi les manuscritsde Tanner que contient la Bibliothèque deBodley, se trouvent des lettres qui décrivent l'agitatiou de la Cité. «Je souhaite, dit un des correspondant jacobites de Sancroft, que ceci ouvre nos yeux et change nos esprits. Mais, d'après les récils que j'ai vus, la compagnie de Turquie a quitté la reine et le conseil pleine de satisfaction et de bonne humeur.»
■ Gazelle de Londres, SI août 1693; L'Herraitage aux Etats-Généraux, 38 juillet (7 août). Comme dans ce chapitre et dans ceux qui suivent je mettrai largement à contribution les dépêches de L'Herrnitage, il est bon que je dise ici quelque chose de ce personnage. C'était un réfugié français, et il résidait à Londres en qualité d'agent des Vaudois. Une de ses occupations avait été d'envoyer à Heinsius des nouvelles à la main, dont on trouve d'intéressants extraits dans l'ouvrage du baron Sirtema de Grovestins. Ce fut probablement par suilc des recommandations du Grand Pen-
Libelles jacobites. — William Anderlon.
Le mécontentement naturel que causaient les calamité publiques était attisé encore par les coupables manœuvra des partis. Jamais les pamphlétaires jacobites n'avaient poussé aussi loin leur sauvage licence que dans le cours de ce fatal été. En conséquence, la police déploya plus d'activité que jamais pour découvrir les repaires d'où sortaient leurs perfides publications. Ce n'est qu'avec des peines inouïes et après de longues recherches qu'elle parvint à mettre la main sur la plus importante de toutes les presses clandestines. Cette presse appartenait à un Jacobite nommé William Anderlon, que son intrépidité et son fanatisme avaient désigné à son parti comme propre à ces sortes de services auxquels répugnent les gens prudents et scrupuleux. Pendant deux ans, les agents du gouvernement l'avaient surveillé; mais où exerçait-il son industrie? c'était là pour eux un mystère impénétrable. A la lin, il fut traqué dans une maison près de Saint- James street, où il n'était connu que sous un faux nom et où il se faisait passer pour un ouvrier joaillier. Un messager de la presse s'y rendit avec plusieurs aides et trouva la femme et la mère d'Anderton postées en sentinelles à la porte. Les femmes reconnurent le messager, se jetèrent sur lui, lui arrachèrent les cheveux en criant : Au voleur 1 à l'assassin ! et donnèrent ainsi l'alarme à Anderlon. Celui-ci cacha aussitôt les instruments de sa profession, se présenta d'un air assuré et brava le messager, le censeur, le secrétaire et tous les agents
sionnaire que les Étals-Généraux, par une résolulion en date du 24 juillet (3 août) 1693, exprimèrent le désir que L'Hermitage rassemblât et leur transmit des rapports sur tout ce qui se passait en Angleterre. Ses lettres abondent en détails curieux et précieux qu'on ne trouve nulle part ailleurs. Ses comptes-rendus des travaux du Parlement ont un prix tout particulier et semblent avoir été considérés ainsi par ceux qui I employèrent. La Bibliothèque du Hritisli Muséum possède aujourd'hui ou ne tardera à posséder des copies des dépêches de LHermitage, ou plutôt dis dé] de tous les ministres et agents employés par les États-Généraux eu \ terre depuis ie règne d'Elisabeth jusqu'à nos jours. C'est à lord Palmerston que le pays est principalement redevable de cette précieuse addition aux richesses de ce grand établissement national, vaste dépôt des connaissances humaines Mais il 661 ait injuste de ne pas ajouter que ses instn; onl été iv :utées avec un zèle digne d'éloges par feu sir Edward l>.sbr iwne, aidé d'ailleurs en cela par la coopération toute cordiale <\v< perses éclairés auxquels est conliée la belle collection des archives do La Haye.