‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 70 sur 246 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

pensées pouvaient errer sur des choses n'ayant aucun rapport avec le manuscrit qui était devant lui. 11 est incontestable qu'il peut ne pas y avoir de crime à imprimer ce qu'il serait un grand crime d'écrire. Mais c'est là évidemment un de ces cas où l'on ne saurait poser une règle générale. La question de savoir si Anderton avait, comme une pure machine, contribué à répandre un ouvrage dont il ne soupçonnait point la tendance, ou s'il avait sciemment prêté les mains à une tentative d'insurrection, cette question appartenait au jury, et le jury pouvait raisonnablement inférer de son changement de nom, du secret dans lequel il s'était enfermé pour travailler, de la garde si bien faite par sa mère et sa tille, de la violence avec laquelle , même dans les mains des messagers d'Etat, il avait insulté le gouvernement ; de toutes ces circonstances, disons-nous, le jury pouvait inférer qu'Anderton n'était point l'instrument aveugle, mais le complice intelligent et actif de traîtres qui l'employaient. Les douze jurés, après avoir passé un temps considérable en délibération, informèrent la Cour que l'un d'entre eux avait des doutes. Les arguments de Treby et de Powell dissipèrent ces doutes, et un verdict de culpabilité fut rendu.

Le sort du prisonnier resta quelque temps en suspens. Les ministres espéraient qu'il chercherait peut-être à sauver sa tête aux dépens de celles des pamphlétaires qui s'étaient servis de lui. Mais son courage naturel fut soutenu par les stimulants spirituels que les prêtres qui avaient refusé le serment savaient si bien administrer. Il souffrit la mort avec courage et continua jusqu'à son dernier soupir à injurier le gouvernement. Les Jacobites déclamèrent avec violence contre la cruauté des juges qui l'avaient condamné et de la reine qui l'avait laissé exécuter; mais par une contradiction assez bizarre, ils représentèrent Anderton à la fois comme un pauvre artisan ignorant qui ne connaissait ni la nature ni la tendance de l'acte pour lequel il avait souffert la mort et comme un martyr qui avait héroïquement donné sa vie pour le roi banni et l'Eglise persécutée '.

' La plupart des détails qui sont parvenus jusqu'à nous sur l'affaire d'Anderton se trouvent dans les Procès d'Etat d'Howell.

Ecrits et manœuvres des Jacobites.

Les ministres se trompèrent singulièrement s'ils crurent que le sort d'Anderton en détournerait d'autres d'imiter son exemple. Son exécution donna naissance à plusieurs pamphlets qui ne le cédaient guère en virulence à ceux pour lesquels il avait été livré au bourreau. Collier, dans ce qu'il appelait « Remarques sur la Gazette de Londres, » poussa des cris de joie cruels au sujet du carnage de Landen et de l'immense désastre qui avait frappé les marchands anglais sur la côte d'Espagne », D'autres écrivains firent tous leurs efforts pour exciter des troubles parmi les classes ouvrières. Car les Jacobites proclamaient celle doctrine que le désordre en quelque lieu et de quelque façon qu'il commençât conduirait vraisembablement à une Restauration. Une phrase qui, si on n'y joint un commentaire, fait l'effet d'un pur galimatias, mais qui, au fond, était pleine de signification, se trouvait alors fréquemment dans leur bouche et leur servait de mot de passe au moyen duquel les membres du parti se reconnaissaient entre eux : « Box a oui, il irill corne to mij fathcrl » Le sens caché de ce baragouin était celui-ci. « Jeter le pays dans la confusion, il faudra bien à la longue avoir recours au roi Jacques 2. » Le commerce souffrait et bien des individus laborieux étaient sans ouvrage. Aussi voyait-on circuler parmi les classes que cet état de choses réduisait à la misère des chansons composées par les poètes mécontents de la rue. On découvrit dans la maison du Quaker qui avait imprimé la Déclaration de Jacques une grande quantité d'exemplaires d'une ballade où l'on exhortait les tisserands à se révolter contre le gouvernement. On mit tout en œuvre pour souiller le mécontentement dans une classe beaucoup plus redoutable, celle des marins, et malheureusement les vices de l'administration navale ne fournissaient aux ennemis de l'Etat qu'un trop bon choix de matières inflammatoires. Des matelots désertèrent, d'autres se mutinèrent, puis vinrent des exécutions, puis de nouvelles ballades où l'on représentait les exécutions comme

' Ces remarques existent et méritent d'être lues. * Journal de Narcisse. Lutircll. « Mtitez-le hors la boite : il reviendra à mon père. « Ou bien : Frappez à tort et à travers, etc., etc.

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