CHAPITRE II
de barbares assassinats. Les Jacobites firent courir le bruit que le gouvernement avait résolu de faire tort aux défenseurs de l'Etat de la solde qu'ils avaient si bien gagnée, et ces calomnies eurent tant de succès qu'une foule considérable de femmes, venues de Wapping et de Rotherhite, assiégèrent Withehall en demandant à grands cris ce qui était dû à leurs maris. La reine eut le bon sens et la bonté de faire entrer quatre de ces importunes pétitionnaires dans l'appartement où elle était en conseil avec ses ministres. Elle écouta leurs plaintes et leur assura elle-même que le bruit qui les avait alarmées était sans fondement '. Cependant la Saint-Bartélemy approchait, et cette grande foire annuelle qui fait le délice des apprentis paresseux et l'horreur de nos Aldermen puritains s'ouvrit dans Smithfield avec son cortège habituel de nains, de géants, de chiens savants, avec l'homme qui mangeait du feu et l'éléphant qui chargeait et tirait un mousquet. Mais de tous les spectacles, celui qui attirale plus la foule fut une représentation dramatique qui, pour la conception, sinon pour l'exécution , offrait une grande ressemblance avec ces chefsd'œuvre immortels où le spirituel et mordant Aristophane livrait à la risée publique les Cléon et les Lamachus. Deux comédiens ambulants jouaient les personnages de Killegrew et de Délavai. Les amiraux étaient représentés fuyant avec toute leur flotte devant un petit nombre de corsaires français et se réfugiant sous les canons de la Tour. Le rôle du chœur était rempli par un paillasse qui exprimait fort librement son opinion sur l'administration navale. Une foule immense se porta à cette étrange farce. Les applaudissements furent vifs, la recette considérable, et les saltimbanques, qui d'abord n'avaient osé attaquer que le malheureux et impopulaire Conseil de l'Amirauté, enhardis ensuite par l'impunité et le succès, encouragés probablement et récompensés par des personnes d'un rang beaucoup plus élevé que le leur, se mirent à lancer des traits contre les autres branches du gouverne-
1 On a conservé une affiche adressée à tous ceux de messieurs les marins qui sont las de la vie, ainsi qu'une ballade où l'on accuse le roi et la reine de cruautés envers les marins. « Chaque jour, on les voit accorder généreusement des pardons à des voleurs, à des filous, à des traîtres. Quant aux pauvres marins qui seuls lus maintiennent sur le trône de leur père, ils ne leur témoignent aucune compassion. »
Narcisse Luttrell raconte la scène de Whitehall.