‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 73 sur 246 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

tracla des engagements avec l'un des deux rois tout en mangeant le pain de l'autre. Mais cette opinion ne repose point sur des preuves suffisantes. Les trahisons de Shrewsbury, de Russell, de Godolphin, de Marlborough nous sont attestées par une masse de preuves tirées de sources différentes et embrassant une période d'années. Mais toutes les informations que nous possédons sur les relations de Caermarthen avec Jacques se réduisent à une seule note de quelques lignes écrite par Melfort le 16 octobre 1693. Ce document établit parfaitement qu'il était parvenu au roi banni et à ses ministres des avis qui les conduisirent à regarder Caermarthen comme un ami; mais rien ne prouve qu'ils l'aient jamais considéré comme tel, soit avant ce jour, soit après1. En somme, l'explication la plus probable, selon nous, de ce mystère, c'est que Caermarthen avait été sondé par quelque émissaire jacobile moins adroit que lui, et que, pour pénétrer la nouvelle combinaison politique imaginée par Middleton, il avait laissé entrevoir des dispositions favorables pour la cause du roi exilé, qu'un récit exagéré de ce qui s'était passé avait été envoyé à Saint-Germain et qu'on s'y était fort réjoui d'une conversion qui n'était qu'une feinte, ainsi que la suite ne tarda pas à le démontrer. Il semble étrange qu'on ait pu croire un seul instant à la sincérité d'une pareille conversion. Il était évidemment de l'intérêt de Caermarthen

' Le document auquel nous nous référons fait partie des Manuscrits de Nairne, et se trouve dans la Collection de Macphersun. Un excellent écrivain, M. Hallam, est tomlé sur ce sujet dans une erreur d'une espèce bien rare chez lui. Il prétend que le nom de Caermarthen est perpétuellement cité au nombre de ceux que Jacques comptait parmi ses amis. Je crois que les témoignages contre Caermarthen se bornent à la lettre de Melfort dont j'ai parlé. Il y a, il est vrai, parmi les Manuscrits de Nairne, imprimés par Macpherson, une lettre sans date et sans signature dans laquelle Caermarthen est mis au nombre des amis de Jacques. Mais cette lettre ne mérite aucune considération. L'auteur était évidemment un jacobile exalté et sans esprit, qui ne savait rien de la situation et du caractère des personnages politiques dont il parlait. 11 tombe dans des erreurs grossières sur le compte de Marlborough, de Godolphin, de Uussell.de Snrewsbury et de la famille Beaufort. Sa lettre n'est, à proprement parler, qu'un tissu d'absurdités.

11 faut faire remarquer encore que, dans la Vie de Jacques, qui fut composée d'après les papiers laissés par lui, les assurances dedévouement qu'il a reçues de Marlborough, de Russell, de Godolphin, de Shrewsbury et d'autres personnages marquants sont reproduites avec de très-grands détails. Mais il n'y a pas un mot qui indique que Jacques ait jamais reçu de pareilles assurances de Caermarthen.

de rester fidèle aux souverains en possession du trône. Il était leur principal ministre et ne pouvait espérer d'être le principal ministre de Jacques. On ne peut guère supposer qu'un vieillard rusé dont l'ambition et la convoitise étaient insatiables se soit laissé beaucoup influencer dans sa conduite politique par un sentiment d'affection personnelle. Mais s'il était une personne à laquelle il portait de rattachement, c'était Marie. Qu'il se fût sérieusement engagé dans un complot ayant pour but de la déposer, au risque de perdre sa tête s'il échouait, et avec la certitude de perdre, s'il réussissait, un grand pouvoir et une immense fortune, c'était là une fable absurde à laquelle des exilés pouvaient seuls se laisser prendre.

Caermarthen avait justement alors des raisons d'une force toute particulière pour être satisfait de la position qu'il occupait dans les Conseils de Guillaume et de Marie. Nous ne sommes que trop fondés à croire qu'il réalisait à ce moment des bénéfices énormes et illicites avec une rapidité qui le surprenait tout le premier.

Nouvelle charte accordée à la compagnie des Indes orientales.

La lutte entre les deux Compagnies des Indes orientales fut, pendant l'automne de 1693, plus violente que jamais. La Chambre des Communes, voyant l'ancienne Compagnie s'obstiner dans son refus d'accepter un compromis, avait, un peu avant la fin de la dernière session, prié le roi de dénoncer trois ans à l'avance, ainsi que le prescrivait la Charte, l'expiration du privilège. Childet ses associés commencèrent alors à concevoir de sérieuses alarmes. Ils s'attendaient chaque jour à recevoir l'avis fatal. De plus, ils n'étaient pas sûrs que leur monopole exclusif ne leur serait pas enlevé sans qu'on leur donnât la peine de les prévenir; car ils s'aperçurent qu'en oubliant par inadvertance de payer à l'époque voulue parla loi la taxe récemment imposée sur leur fends, ils avaient manqué aux obligations de leur charte. Dans dis circonstances ordinaires, on aurait regardé comme un acte de cruauté de la part du gouvernement de prendre avantage de celte infraction; ntta le public n'était pas disposé à laisser l'ancienne Compagnie s'écarter en rien de la lettre de son contrat. Tout était donc perdu si la charte n'était point renou-

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