‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 74 sur 246 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

veîée avant la réunion du Parleraent.il n'y a point à douter que la conduite de la corporation ne fût encore inspirée en réalité par Child. Mais comme il s'était aperçu que son impopularité avait compromis les intérêts confiés à ses soins, il ne voulut point, dans cette circonstance, se mettre en avant et irriter davantage le public. Sa place fut remplie ostensiblement par son proche parent, sir Thomas Cooke, l'un des plus gros marchands de Londres et membre du Parlement pour le bourg de Colchesler. Les directeurs mirent à la disposition de Cooke les trésors immenses de la Compagnie, pour en faire ce qu'il voudrait, et en peu de temps celui-ci employa près de cent mille livres à exercer la corruption sur une échelle gigantesque. On ne sait dans quelle proportion celte somme énorme fut distribuée parmi les personnages influents de Whitehall, ni combien il en entra dans les poches des agents intermédiaires. La chose est encore pour nous un mystère. Mais ce que l'on sait d'une manière certaine, c'est que Seymour et Caermarthen en eurent chacun leur bonne part.

Le résultat de cette corruption fut que l'Attorney général reçut l'ordre de rédiger une charte qui renouvelait les privilèges de l'ancienne Compagnie. Toutefois, après ce qui s'élait passé dans le Parlement, aucun ministre ne pouvait prendre sur lui de conseiller à la couronne de renouveler le monopole sans conditions. Les directeurs comprirent qu'ils n'avaient pas le choix, et consentirent forcément à accepter la nouvelle charte, dont les clauses étaient en substance les mêmes que celles qu'avait sanctionnées la Chambre des Communes.

Il est probable que deux ans plus tôt le compromis aurait apaisé la querelle qui mettait en feu la Cité. Mais une longue lutte dans laquelle les deux partis ne s'étaient point épargné la satire et la calomnie, avait échauffé les esprits. Le cri de Dowgale contre Leadenhall redoubla de violence. Une opposition s'organisa, on signa des pétitions, et dans ces pétitions se formula hardiment une doctrine qu'on avait tenue jusqu'alors avec soin sur l'arrière-plan. Quand on ignorait de quel côté pencherait la prérogative royale, cette prérogative n'avait point été mise en question. Mais dès qu'on vit que l'ancienne Compagnie obtiendrait vraisemblablement le re-

nouvellement de son monopole sons la sanction du grand Sceau, la nouvelle Compagnie commença à soutenir avec violence qu'il ne pouvait être créé de monopole que par un Acte du Parlement. Le Conseil Privé, que Caermarthen présidait, après avoir entendu les avocats des deux partis discuter à fond devant lui la question, rendit son arrêt en faveur de l'ancienne Compagnie et ordonna que la charte serait revêtue du grand Sceau ».

Retour de Guillaume en Angleterre. —Succès militaires de la France.

L'automne était alors fort avancé, et les armées des Pays- Bas avaient pris leurs quartiers d'hiver. Le dernier jour d'octobre, Guillaume débarqua en Angleterre. Le Parlement était à la veille de se réunir, et l'on s'attendait à une session plus orageuse encore que la précédente. Le peuple était mécontent, et non sans cause. L'année avait été désastreuse sur tous les points pour les alliés, non-seulement sur terre et dans les Pays-Bas, mais encore en Servie, en Espagne, en Italie et en Allemagne. Les Turcs avaient contraint les généraux de l'Empire de lever le siège de Belgrade. Un nouveau maréchal de France avait envahi la Catalogne et pris la forteresse de Rosas. Un autre maréchal de nouvelle création, l'habile et vaillant Catinat, était descendu des Alpes en Piémont et avait, à la Marsaille, remporté une complète victoire sur les îorces du duc de Savoie. Cette bataille est mémorable à plus d'un titre. C'est la première d'une longue suite de batailles où les Irlandais recouvrèrent l'honneur qu'ils avaient perdu par leurs malheurs ou leur mauvaise conduite dans la guerre civile. Quelques-uns des exilés de Limerick déployèrent dans cette journée, sous les étendards de la France, une valeur qui les fit remarquer parmi des milliers de braves. Un fait non moins remarquable, c'est que l'on vit dans la même journée un bataillon de ces Huguenots que la persécution avait chassés de France tenir ferme, au milieu du désordre général, autour de l'étendard de Savoie, et tomber après avoir combattu jusqu'à la lin avec le courage du désespoir.

Le duc de Lorges avait envahi le Palatinat déjà dévasté deux

' Journal de plusieurs événements remarquables relatifs au commerce des Indes orientales, 1693.

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