‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 75 sur 246 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

fois et trouva queTurenne et Duras lui avaient encore laissé quelque chose à détruire. Heidelberg qui commençait à se relever de ses ruines, fut de nouveau saccagé, les citoyens paisibles massacrés, leurs femmes et leurs filles exposées aux plus odieux outrages. Le chœur même des églises fut souillé de sang; les calices et les crucifix furent arrachés des autels, les tombeaux des anciens électeurs brisés, et l'on traîna dans les rues leurs cadavres dépouillés de leurs linceuls et de leurs ornements. Le crâne du père de la duchesse d'Orléans fut mis en morceaux par les soldats d'un prince à la cour duquel elle tenait le premier rang.

Et cependant un œil exercé aurait pu découvrir que quelque malheureux qu'eussent été les alliés, l'avantage restait réellement de leur côté. La lutte avait un caractère financier tout autant que militaire. Le roi de France avait dit quelques mois auparavant que la victoire définitive serait pour la dernière pièce d'or, et il commençait à sentir à ses dépens la vérité de [ ses paroles.

L'Angleterre, il est vrai, gémissait sous le poids des charges publiques, mais elle se tenait encore droite et ferme. La France, au contraire, s'affaiblissait à vue d'œil. Les efforts qu'elle venait de faire avaient dépassé la mesure de ses forces et l'avaient réduite à l'épuisement. Jamais son gouvernement ne s'était montré plus ingénieux à imaginer de nouvelles taxes et plus rigoureux dans la perception de ces taxes, mais tout l'art, toutes les rigueurs de la fiscalité devaient être impuissants à procurer les sommes nécessaires pour une autre campagne comme celle de 1693. En Angleterre, la récolte avait été abondante; en France, le blé et le vin avaient manqué encore une fois. Le peuple, selon son habitude, s'en prit au gouvernement, et le gouvernement, dans son ignorance honteuse des vrais principes ou par une déloyauté plus honteuse encore, essaya de détourner l'indignation publique contre les marchands de grains. Des décrets parurent qu'on aurait dit conçus dans le but de faire dégénérer la disette en famine. On y déclarait à la nation que ses inquiétudes étaient sans fondement, qu'il y avait des vivres en quantité plus que suffisante et que la disette dont on se plaignait avait pour causes des manœuvres odieuses de misérables qui enfermaient leurs grains dans l'espoir de réaliser d'énormes bénéfices.

Le gouvernement nomma des commissaires chargés d'inspecter les greniers, et on leur donna pouvoir d'envoyer sur les marchés tout le blé qui n'était point nécessaire à la consommation personnelle des propriétaires. Une intervention de cette nature accrut naturellement les souffrances qu'elle était destinée à soulager. Mais au milieu de la détresse générale, il était dans le royaume une ville favorisée qui jouissait d'une abondance artificielle. Le prince le plus absolu doit toujours éprouver un sentiment de crainte en voyant une population amassée dans le voisinage de son palais. Des appréhensions semblables à celles qui avaient engagé les Césars à tirer de l'Afrique et de l'Egypte les moyens d'assouvir les besoins de la populace de Rome engagèrent Louis à aggraver la misère de vingt provinces pour maintenir la tranquillité dans une seule grande cité. Il fit distribuer dans toutes les paroisses de la capitale du pain à moitié prix de ce qu'il valait sur les marchés. Les Jacobites anglais eurent la stupidité d'exaiter la sagesse et l'humanité d'une telle mesure.

La récolte, disaient-ils, avait été bonne en Angleterre et mauvaise en France, et cependant le pain était moins cher à Paris qu'à Londres. Selon eux, l'explication de cette anomalie était bien simple : c'ectque la France avait un souverain dont le cœur était français et qui veillait aux besoins de son peuple avec la sollicitude d'un père, tandis que les Anglais étaient affligés d'un tyran hollandais qui envoyait leur blé en Hollande. La vérité est qu'une semaine d'un gouvernement paternel comme celui dont jouissait la France aurait soulevé toute l'Angleterre du Northumberland au Cornouailles. Tonique l'abondance régnât à Paris, la population de la Normandie et de l'Anjou était réduite à se nourrir d'orties. Pour que la tranquillité régnât à Paris, les paysans se battaient avec les mariniers et les troupes tout le long de la Loire et delà Seine. Des multitudes entières s'enfuyaient des caïupag où le pain coûtait cinq sous la livre et se précipitaient vers ee paradis où on L'avait pour deux sous la livre. .Mais il fallait repousser par la force, loin des barrières, celte foule affamée et décréter les peines les plus sévères contre ceux qui ne s'en retourneraient pas chez eux pour y mourir tranquillement de faim »,

* Voir le Monthly Mercury et la Gazette de Londres de septembre à

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